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"Des lieux d'Histoire et de Mémoire de la Résistance et de la Shoah de l'Anjou à Cracovie "( 2014)

Etre Juif en Anjou durant l'occupation.

Publié le mardi 22 avril 2014 10:09 - Mis à jour le mercredi 23 avril 2014 12:40

Être Juif  en Anjou durant l'occupation


 

En mai-juin 1940, la France est envahie pas les Allemands. La France, aux termes de l’armistice signé le 22 juin, est séparée en deux zones. C'est dans la zone Nord ou zone occupée, que se trouve l'Anjou. La présence de l'occupant y est massive, surtout à Angers, ce qui complique la vie des civils. Un contrôle permanent, tant des autorités d’occupation que des services français, vise à faire régner le calme et à empêcher toute désobéissance. Les armes ont été confisquées, un couvre-feu instauré. Les journaux paraissent sous la censure tandis que la propagande allemande diffuse tracts et journaux à la gloire du Reich.

Les occupants sont nombreux à Angers, étant donné que la ville est le siège de l'administration régionale. Les troupes armées, les forces de police, l'organisation politique, administrative et judiciaire enserrent les habitants, même si la situation est moins rude dans les campagnes que dans les villes. La vie quotidienne des Angevins est soumise à de nombreuses pénuries et restrictions. Face aux difficultés des solidarités s’organisent, on vit, on se distrait, malgré la censure.

Par conséquent, la vie des juifs a été bouleversée durant l'occupation.

Nous allons donc voir les différentes mesures antisémites mises en place par les occupants et le Régime de Vichy , ainsi que les répercutions qu'elles ont eu.

 

Le recensement.

 

Pour les Allemands, une personne est considérée juive, si elle a au moins trois grands parents juifs, ou un conjoint et deux grands parents juifs ou alors une personne pratiquant la religion.

Le recensement de la population a pour objectifs le dénombrement des logements et de la population résidant en France et la connaissance de leurs principales caractéristiques : sexe, âge, activité, professions exercées, caractéristiques des ménages, taille et type de logement, modes de transport, déplacements quotidiens. Institué en 1801, le recensement s'est déroulé tous les 5 ans jusqu'en 1936. Les informations recueillies intéressent les collectivités territoriales, les services de l'État. Ils étaient obligés de se faire recenser sous la menace de sanctions sévères
Le 27 septembre 1940, le Militärbefehlshaber (commandement militaire) publie la première ordonnance enjoignant impérativement aux Juifs de la zone Nord (français ou étrangers) de se faire recenser avant le 20 octobre.

C'est le 2 Octobre 1940, à Angers , qu'un cahier regroupant la totalité des juifs  de l'arrondissement qui viennent se faire recenser a été crée. Dans ce cahier, 48 pages ont été utilisé sur 90. Dans ce registre on observe la présence de 120 chefs de famille. Le premier juif a été recensé le 4 Octobre 1940. Puis le dernier recensement fut le 15 Novembre 1940.

 

La personne qui détient le registre est le chef de la première division. Ce cahier est composé de douze rubriques, qui sont :

-numéro de déclaration,

-nom,

-prénoms et surnoms,

-date et lieu de naissance,

-filiation,

-nationalité,

-profession,

-situation familiale,

-domicile,

-pièce d'identité produite,

--observation (religion, nombre de grands-parents juifs, pratiquant?)

-date de la déclaration et signature du déclarant.

@Archives Départementales du Maine et Loire

 

Cahier de recensement

 

@Archives Départementales du Maine et Loire

 

Stigmatiser.

Le port de l'étoile.

Lorsqu'une personne est mise à l'écart pour ses différences qui sont considérées comme contraires aux normes de la société on dit qu'elle est victime de la stigmatisation.

Tout d'abord, la stigmatisation commence par la distinction des individus. C'est le 3 juin 1942, qu'un article apparaît dans la presse sur le port de l'étoile juive. Le port de cette étoile est obligatoire à partir de 6 ans. L'étoile juive doit être portée par les Apatrides, les Roumains, les Belges, les Yougoslaves, les Croates, les Néerlandais, les habitants des Pays occupés de l'Est...

 

Article du « Petit Courrier », invitant la population juive à se mettre en conformité avec la loi (port de l'étoile jaune).@ ADML.

Lettre au préfet indiquant quelles sont les personnes concernées par le port de l'étoile (photo prise par Marine Belaachet avec l'autorisation des ADML).

 

De plus à partir du 11 décembre 1942 des tampons rouges sont obligatoires sur les cartes d'identité des juifs. Certains juifs refusent ces nouvelles lois et le font savoir au préfet. C'est le cas, ainsi de Georges Salomon (voir lettre ci-dessous et texte page suivante)

Plainte de Georges Salomon ( ADML).

 

M.Georges Salomon

Place de l'église

Seiches sur le Loir

Maine et Loire

 

Monsieur le Préfet,

Comme suite à l'annonce parue ce jour dans le Petit Courrier invitant les Israélites de l'arrondissement d'Angers à se rendre au commissariat de cette ville pour y retirer, avant le 6 juin, un insigne spécial, j'ai le regret de vous faire savoir ce qui suit.

Mes ressources actuelles ne me permettent pas de refaire à nouveau la dépense des frais de déplacement (soit 22 francs) que pour des raisons similaires j'ai dû faire à plusieurs reprises.

D'autre part, je vous prie de bien vouloir me dire si les anciens combattants de 14-18 et 39-40 sont tenus au port de l'insigne.

Pour votre information je vous indique ci-dessous quelques uns de mes services militaires :

-classe 1917, recrutement : Seine 6ème B

Matricule : 3708

Mobilisé le 12 août 1916

Blessé le 7 août 1917

Démobilisé en octobre 1919.

Mobilisé (à ma demande) le 11 novembre 1939.

Démobilisé le 31 juillet 1940.

De plus, mon frère, Adolphe Salomon, lieutenant au 104ème zouave, fait prisonnier à Dunkerque, est actuellement à l'oflag IV D.

Enfin, mon frère, Jules Salomon, demeurant à Paris, est né en 1864 (avant la guerre de 1870) à Obernai (Bas-Rhin) c'est à dire qu'il est né français. Il est en outre fils et petit fils de Français.

Je suis en droit dans ces conditions de me demander si cet arrêté me concerne.

Auquel cas, pour les raisons énoncées au début de la présente, je vous prie de me faire parvenir à mon adresse actuelle la fameuse étoile jaune.

Veuillez croire,Monsieur le Préfet, à ma haute considération.

Georges Salomon.

 

Réponse du préfet de Maine et Loire à Georges Salomon (photo prise par Marine Belaachet avec l'autorisation des ADML).

 

Le statut des juifs.

Cependant, le port de l'étoile n'est pas la première mesure prise à l'encontre de la communauté juive. En effet, le gouvernement de Vichy, dès 1940, décrète le statut des Juifs sans aucune pression allemande. L’Allemagne ne fut pas à l’origine de la législation antisémite de Vichy. Le 3 octobre 1940, les juifs de nationalité française perdent leur statut de citoyen à part entière qu’ils avaient obtenu après beaucoup de difficultés le 21 septembre 1791.

Ce statut du 3 octobre 1940 exclut les Juifs (français et étrangers) de tout poste dans la fonction publique (enseignement, fonctions judiciaires, grands corps de l’État...) du corps des officiers de toutes les armées, de la direction des entreprises publiques, de toute fonction dans la presse, la radio, le cinéma, exception faite pour les anciens combattants titulaires de la carte de combattant de 1914/18, cités à l’ordre du jour en 1939/40 ou titulaires de la Légion d’Honneur à titre militaire.

 


 

Le lendemain, le 4 octobre, le gouvernement de Vichy proclame une loi sur les ressortissants étrangers de race juive qui, pourront à dater de la promulgation de cette loi, être internés dans des camps spéciaux.
Dès l’été 1940, le gouvernement de Vichy décide, sans que les Allemands le lui demandent, de mettre en œuvre une politique antisémite, qui s’est appliquée sur l’ensemble du territoire, simultanément avec les mesures prises directement par les Allemands, qui s’appliquaient dans la seule zone occupée. Une telle politique n’était toutefois réalisable que dans la mesure où il existait une définition juridique des Juifs. Le droit français, fondé sur les principes de laïcité et d’égalité civile, interdisait toute définition de ce type. L’édiction d’un "statut des Juifs" constituait ainsi une innovation juridique considérable, en rupture avec le droit de la République.

 

L'exclusion des juifs s'est donc faite progressivement, en plusieurs étapes:

-Loi du 3 octobre 1940 qui définit le statut des juifs

-Loi de Vichy 1er Statut

-Loi de Vichy 2eme statut

-confiscation des TSF

-interdiction de quitter son domicile entre 20h et 6 h

-interdiction de posséder une bicyclette ni une auto

-interdiction de sortir sans porter l'étoile

-interdiction de changer de domicile sans autorisation

-interdiction de fréquenter certains établissement publics, accès aux magasins réglementé.

-interdiction d'utiliser une cabine téléphonique publique.

 

Exclusion économique et spoliation.

 

Après le recensement, la privation des moyens de subsistance constitue l'étape de la politique discriminatoire. L'autorité allemande engage "l'aryanisation économique". Ce terme d’origine allemande désigne l’ensemble des procédures tendant, selon la politique antisémite affichée, à priver les Juifs de toute influence sur la vie sociale et économique de la France.

La première interdiction avait concerné la fonction publique ,le 3 octobre 1940. Le 27 Septembre 1940,les commerces juifs seront marqués d'affichettes. Ils doivent déclarer leurs entreprises. Les Juifs sont également privés de leurs entreprises industrielles ou commerciales. Les propriétaires sont contraints de vendre leurs entreprises, lorsque la vente est impossible ou improbable , le bien sera mis en liquidation.


 

Affiche apposée sur la vitrine des commerces juifs angevins (photo J.Naud avec l'autorisation des ADML)

 

Les juifs sont victimes d'exclusion économique. Ils ont l'interdiction d'exercer dans la rue, ils doivent être séparés des autres. Il y a donc une distinction ainsi qu'une spoliations des biens.

Les commerçants se plaignent. Mais cela ne suffira pas à arrêter le gouvernement.

 

La rafle et la déportation aboutissements d'un processus mis en place par l'occupant avec la collaboration des autorités françaises.

 

En France comme en Anjou, le repérage des juifs suivi de leur exclusion économique et sociale les ont conduits à une exclusion physique.

En 1942, la persécution à l'encontre des Juifs prend une nouvelle ampleur, leur extermination est désormais planifiée. Ils doivent être pour cela arrêtés, rassemblés et déportés en masse. Une grande rafle est organisée le 16 et 17 Juillet 1942 à Paris, connue sous le nom de la Rafle du Vel d'Hiv.

En Anjou, les arrestations s'effectuent en deux grandes vagues, en juillet et octobre 1942. Les ordres sont donnés par la police allemande, mais exécutés par la police française.

Les rafles étaient au départ « réservées » aux personnes en état de travailler,c'est à dire de 15 à 50 ans, les enfants étaient confiés aux familles, amis ou voisins. Par la suite il n'y eu plus de distinction d'âge, tous pouvaient être déportés.

La première rafle, du 15 au 20 juillet, donne lieu au départ du convoi n°8, provenant d'Angers, transportait 824 juifs venant de différentes villes telles que : Cholet, Nantes, Saumur, Saint-Nazaire... La seconde se déroule le 9 octobre et rassemble 115 personnes acheminées vers Drancy, où elles sont réparties ensuite dans d’autres convois.

Le convoi n°8, photo prise au musée d'Auschwitz (photo J.Naud)

 

Parmi les 824 personnes du convoi n°8 répertoriées par les Allemands en fonction de leur nationalité figurent ; 337 Polonais, 201 Français, 68 apatrides, 42 indéterminés, 39 Allemands, 34 Roumains, 24 Russes, 14 Turcs, 13 Autrichiens, 8 grecs, 8 Hongrois, 4 Hollandais, 3 Suisses, 2 Américains, 1 Egyptien. Il y eut 21 survivants dont 2 femmes.

En Anjou comme dans le reste de la France, la population Juives n'a pas été épargnée. En effet elle a subi le recensement, la stigmatisation ainsi que la déportation.

 

 

Bibliographie :

Les informations recueillies auprès de Monsieur Laurent Ferron, des archives départementales du Maine et Loire, qui a mis à notre disposition, lors de notre séance de travail du 14 Janvier 2014, les documents qui ont permis la réalisation de ce dossier.

 

Travail réalisé par Camille LAUREC, Marine BELAACHET et Manon DUPONT (1ère ESL).

Article suivant sur "Le sort des  juifs de l'arrondissement d'Angers sous l'occupation"

SOMMAIRE

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