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"Des lieux d'Histoire et de Mémoire de la Résistance et de la Shoah de l'Anjou à Cracovie "( 2014)

Le grand Séminaire, lieu d'histoire et de mémoire.

Publié le mardi 1 avril 2014 11:29 - Mis à jour le vendredi 25 avril 2014 00:01

Le grand séminaire


Le grand séminaire, actuellement Centre diocésain à Angers est situé au 36-38 rue Barra, dans le quartier des Capucins à Angers sur la rive droite de la Maine (voir plan ci-dessous).Il fut construit au début du XXe siècle .Celui-ci fût le centre de regroupement des convois juifs d'Anjou lors des rafles de l'été 1942.C’est le 18 juin 1942 qu’il est pour la première fois question de faire partir un convoi de Juifs depuis Angers. Alors que la rafle du Vel d’hiv à Paris débute le 16 juillet, la rafle angevine se déclenche 24 heures plus tôt, le 15 juillet. On attribue à ces deux opérations qui n'en font qu'une le nom de code «vent printanier».

On désigne alors Angers, la capitale de l’Anjou, pour rassembler les convois de Juifs en raison du rôle important qu’elle joue dans l’administration de la partie occupée de la France. En effet, c’était le centre régional à partir  duquel les Allemands dirigeaient une grande partie de l’ouest et du sud-ouest du pays. Le grand séminaire devient ainsi en 1942 le passage obligatoire des Juifs déportés d'Anjou. Pendant cette période Angers devient donc le centre de regroupement des autres convois constitués dans le grand Ouest.

Les rafles débutent à la demande des autorités allemandes et commencent le 15 juillet 1942. Dans la soirée à partir de 19 heures jusqu’à minuit et le lendemain, dès l’aube à 5 heures et jusqu’à 8 heures dans la matinée la plus importante rafle de guerre a été opérée à Angers et dans sa proche banlieue. Dans tout le département 43 opérations sont menées et 93 personnes arrêtées. Lors des arrestations, les policiers donnaient peu d’informations aux familles, ils ne répondaient pas à leurs questions et les forçaient à se dépêcher. Toutes les personnes arrêtées devaient se munir d’un certain nombre d’effets et d’objets dont la liste était :


 

·

1 paire de chaussures pour le travail (montante et solide)

·2 paires de chaussettes

·2 chemises

·2 paires de caleçons

·2 couvertures de laine

·2 paires de draps et 2 taies d’oreiller

·1 gamelle

·1 gobelet d'étain

·1 cuillère

·1 pull

Et des ustensiles les plus nécessaires, savon, peigne, essuie-mains etc

Elles devaient se munir de ravitaillement pour tenir 5 jours,et n'étaient autorisées à prendre qu’une pièce de bagage, une petite caisse ou bien un sac à dos.

Ainsi, cette liste (voir photo) laissait à penser qu'ils partaient pour un séjour long et actif car elle avait quelque chose de rassurant. Ils ne se doutaient donc de rien et pensaient être déportés pour travailler en Allemagne. Ils n’auraient jamais imaginé que c’était dans le but d'être exterminés.

En effet les autorités compétentes avaient le souci de cacher leur but final et essayaient d’atténuer la méfiance des victimes pour faciliter l'opération.

Les juifs de Saumur ont été raflés dans les mêmes conditions, après leur arrestation, ceux-ci ont été rassemblés dans l’école de cavalerie de la ville avant d’être transportés vers Angers.

Parallèlement, à la gare St Laud arrivent 18 personnes venant de Tours, 94 prisonniers venant de Nantes, 314 arrivants de nouveau de Tours et 230 de Laval et du Mans. On place alors la gare sous surveillance policière.Un rapport de policier déclare : «A chaque arrivage (sic) nous avons fait évacuer la cour de la gare et les environs». Ensuite ces nouveaux arrivants étaient amenés vers le grand séminaire par autobus de la compagnie des tramways d’Angers. Ce trajet se déroulait également sous surveillance policière. Rien n’était laissé au hasard pour éviter toute fuite. Toutes ces personnes feront ainsi partie du convoi n°8.

Ainsi le grand séminaire a accueilli provisoirement les 824 juifs qui partiront pour Auschwitz le 20 juillet 1942.

Comme le rapporte un témoin des événements qui se sont déroulés là-bas, seuls les Juifs qui avaient entre 15 et 50 ans y étaient emmenés ; ils étaient alignés sous le croître, le dos tourné à la murette, puis étaient regroupés dans l’aile gauche du bâtiment. Les hommes et les femmes furent séparés et enfermés dans des chambres où les hommes ne pouvaient bouger et avaient de la paille pour unique litière. Celui-ci assure aussi que les soldats allemands s’emparaient du maigre contenu des valises, se partageaient le butin et brûlaient ce qu’ils ne voulaient pas.

Le docteur André Lettich, a été raflé à Tours et rapporte que lors de son passage à Angers «ils sont dépouillés de leurs objets de valeurs et on les entasse comme un troupeau dans de petites chambres, portes fermées à clef». Les hommes étaient une trentaine par chambre et les femmes étaient à 8. En tout ils y resteront durant 5 jours avant d’être conduit quai du Maroc, à proximité de la gare, pour quitter Angers.

Les circonstances du départ d’Angers du convoi n°8 sont surtout connues grâce à des sources policières. A 20h30 le convoi n°8 part pour Auschwitz, il emporte 824 Juifs, dont 201 de nationalité française. Sur le total, 136 furent arrêtés en Maine-et-Loire. Parmi eux se trouvait 4 membres de la famille Borlant (Henri, son père, son grand frère et sa grande sœur), les parents de Léo Bergoffen, le père et 2 oncles de Jean-Claude et Liliane Moscovici. Seulement 14 reviendront de cette aller vers la mort dont 2 femmes.La rafle de juillet 1942 fut la plus importante du Maine et Loire cependant du 9 au 16 octobre 1942 une seconde vague d’arrestation conduit 114 nouvelles victimes vers le séminaire, dont 50 arrêtées dans le Maine et Loire. Épargnés en juillet, les enfants et les vieillards sont cette fois nombreux et souvent ils suivent les adultes de leur famille. Le 16 octobre ces nouvelles victimes partent de la gare dans un nouveau convoi dont Jean-Claude et Liliane Moscovici.

 

Pendant longtemps, ce terrible épisode de l'histoire angevine, fut passé sous silence. C'est lors du cinquantième anniversaire de la déportation qu’une stèle fut apposée en mémoire de ces 824 juifs déportés grâce à Henri Borlant et son compagnon de déportation le Dr Désiré Hafner qui ont demandé que celle-ci se trouve à l'entrée du grand séminaire.

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Photographies M.Cochennec

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Plaque de commémoration, devant le grand séminaire.

Ici, en 1942 et 1943 des hommes, des femmes, des enfants furent parqués par les Nazis avant d'être déportés vers les camps de la mort.

Le 20 juillet 1942, 430 femmes et 394 hommes partaient de ce lieu pour le camp d'Auschwitz parce qu'ils étaient juifs. 14 hommes sont revenus. N'oublions jamais.

Depuis, des commémorations sont organisées, la dernière en date fut celle des 70 ans «des rafles 1942 à la déportation», en 2012. Cette dernière fut organisée par l'Organisme National des Anciens Combattants et victimes de guerres, le Ministère de la Défense, le diocèse d'Angers, l'Association cultuelle et culturelle israélite, et le Mémorial de la Shoah de Paris. Un tel devoir de mémoire semble primordial étant donné que 60% des 18-30 ans ignorent ce qu'est la rafle du Vel d'hiv.


Photo du préfet Richard Samuel lors de la commémoration devant le grand séminaire, le 22 juillet 2012 : Rafle de 1942, à Angers : « En mémoire de ce qui n’aurait jamais dû arriver » ( source: http://www.ouest-france.fr/rafle-de-1942-angers-en-memoire-de-ce-qui-naurait-jamais-du-arriver-279382 )

Lien vers le panneau biographique sur Henri Borlant réalisé en 2011 par des élèves du lycée Henri Bergson

Lien vers le panneau biographique sur Léo Bergoffen réalisé en 2011 par des élèves du lycée Henri Bergson

Lien vers le panneau biographique sur la famille Moscovici réalisé en 2011 par des élèves du lycée Henri Bergson


Bibliographie :

- Borlant, Henri. Merci d'avoir survécu. Seuil, 2011. 185 p. ISBN 978-2021044713

- Jacobzone, Alain. L'éradication tranquille. Ivan Davy, 2002. 252 p. Faits et gestes. ISBN 978-2867500343

- Moscovici, Jean-Claude. 1942, Convoi n°8 . Editions du retour, 2011. 263 p. ISBN 978-2952676939

-http://www.ouest-france.fr/rafle-de-1942-angers-en-memoire-de-ce-qui-naurait-jamais-du-arriver-279382


Article rédigé par BOUESNARD Lauriane, DIALLO SORY-Djouldet, BEULAY Andréa 1ère ES/L.

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