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Espace pédagogique d'établissement

"Des lieux d'Histoire et de Mémoire de la Résistance et de la Shoah de l'Anjou à Cracovie "( 2014)

Le pont de Pruniers : lieu clé de la libération d'Angers.

Publié le mercredi 16 avril 2014 09:50 - Mis à jour le mercredi 23 avril 2014 18:14

Des lieux de mémoire : le pont de Pruniers.

Un pont de chemin de fer...

Le pont est situé sur la commune de Bouchemaine, dans le département du Maine et Loire, à l'ouest d'Angers. Cet ouvrage a été construit en 1908 afin de permettre le franchissement de la Maine par la ligne de chemin de fer reliant Angers à Candé (au nord-ouest d'Angers) surnommée le « petit Anjou » voir photo ci-dessous).

 

Le pont est à la « frontière » entre deux communes: Bouchemaine (sur la rive droite) et Sainte Gemmes (sur la rive gauche). Ce pont mesure 150 mètres de long et s'élève à environ 7 mètres de hauteur. Il est constitué d'acier et de pierres taillées.

Le pont aujourd'hui vu depuis la rive droite de la Maine, commune de Bouchemaine (photo J.Naud).

De nos jours, ce pont est très apprécié des habitants de l'agglomération angevine. Lieu de balades, de pêche ou encore de pique niques, il est un lieu de passage très fréquenté aux beaux jours.

Seulement les gens qui fréquentent ce lieu de nos jours sont-ils tous au courant de son passé et du rôle déterminant qu'il a eu dans l'histoire locale?

 

...lieu majeur de l'histoire locale.

Après avoir débarqué en Normandie le 6 juin 1944, les troupes américaines mettent deux mois pour atteindre le Maine et Loire. Les soldats arrivent le 7 août 1944 à Saint Jean de Linières, une commune à l'ouest de Bouchemaine. Les environs sont aux aux mains des Allemands. Ces derniers ont fait sauter ou ont miné tous les ponts enjambant la Maine, afin d'empêcher les Américains de la traverser pour libérer Angers. Les troupes américaines sont devant une impasse. Elles ne peuvent pas accéder à Angers à moins d'effectuer un détour énorme par le nord-est (et traverser La Sarthe, le Loir et la Mayenne). A ce moment, les Américains ne connaissent pas l'existence du pont évidemment.

Apprenant le problème rencontré par les troupes américaines, deux jeunes français, Louis Bordier et Pierre-Yves Labbe se rendent à Saint Jean de Linières, à l'ouest d'Angers, où sont stationnés les libérateurs pour informer les Américains de l'existence du pont, information capitale. Il est à noter que si les Américains n'avaient pas eu connaissance du pont, le seul moyen de libérer Angers aurait été de soumettre la ville à un intense bombardement aérien, ce qui aurait inévitablement impliqué de désastreuses pertes, tant humaines que matérielles.

(sur la carte, le village de St Jean de Linières est modélisé par un carré rouge entouré d'une bordure blanche.)

 

Le 8 août, le lieutenant Dilwith arrive le premier en reconnaissance avec une cinquantaine d'hommes ainsi que trois chars légers. Un soldat allemand était placé au niveau du pont avec un détonateur qui était sensé déclencher l'explosion d'un wagon rempli d'explosifs sur le pont. Les Allemands avaient prévu l'éventualité où les Américains tenteraient de passer par cet itinéraire. Le soldat allemand est rapidement éliminé et les Américains prennent position sur le pont. Si le pont est rapidement maîtrisé les combats qui suivent sont acharnés et meurtriers pour chacun des belligérants.

Les Allemands se sont préparés aux combats. Aussi se sont-ils organisés en se regroupant dans des lieux stratégiques dans la commune de Sainte Gemmes, tels que le château du Fresne, Chateaubriant (voir photos page suivante).

Pendant la nuit du 8 au 9 août, les Américains résistent à deux contre attaques allemandes. Les pièces d'artilleries américaines sont installées à Pruniers, petit village aux abords du pont ; elles « arrosent » la rive gauche fin de causer un maximum de dégâts aux troupes allemandes. Ces derniers sont quant à eux installés à Chateaubriant (grande propriété qui surplombe les prairies de la Baumette) et font feu sur les Américains également. Le 9 août est une journée marquée par les violences, les Américains s'emparent du Fresne dans la matinée, lors de combats extrêmement intenses, par certains moments à l'arme blanche ! Dans l'après midi, après les combats, les Américains s'emparent de Châteaubriant et de la butte de la Baumette, elle aussi tenue par les Allemands auparavant.

Les combattants américains ayant participé à ces combats appartenaient à la 5ème division d'infanterie, surnommée « Red Diamond » ; 108 des leurs sont tombés durant ces affrontements. Le nombre d'Allemands morts dans ces affrontements est incertain mais est en tout cas bien supérieur. Deux habitants de Sainte Gemmes ont également péri lors de ces affrontements. Les pertes matérielles dans les environs sont importantes puisqu'on dénombre une cinquantaine de bâtiments détruits ou endommagés, 79 habitants de Sainte Gemmes se déclarent sinistrés en 1945.

 

photos de troupes américaines sous le feu dans le secteur de Saintes Gemmes; source: ouest-france.fr)

 

Saintes Gemmes, bastion allemand.

Avant l'arrivée des troupes américaines, la commune de Sainte Gemmes et ses environs sont une réelle place forte allemande. Ces derniers se sont installés dans divers lieux comme par exemple Châteaubriant, qui a été occupé par une centaine de S.S venus de La Rochelle, les combles de la demeure servant de poste d'observation. Des trous individuels et des abris de mitrailleuses ont été creusés le long des murs de Chateaubriand, regardant vers Bouchemaine.

Le château du Fresne a lui aussi été occupé, mais cette fois ci par des soldats et non des S.S.

Enfin le château du Hutreau était le siège de la Gestapo ainsi que des S.S jusqu'au 8 août 1944, avant qu'ils ne fuient devant l'avancée des troupes américaines. Ce lieu a réellement été un poste de commandement majeur pour l'armée allemande.

D'autres lieux ont bien évidemment été occupés, tels que des fermes par exemple, mais de manière hâtive ou épisodique.

Le rôle essentiel joué par la Résistance.

Bien que l'Anjou ne puisse pas prétendre avoir été un haut lieu de la résistance, l'action des résistants des environs a été déterminante et salutaire quant à l'issue des affrontements.

L'action « phare » de la résistance en Anjou est bien évidemment liée au pont de Pruniers puisqu'il s'agit de celle menée par Louis Bordier et Pierre-Yves Labbe comme nous avons pu le voir plus haut. Pierre-Yves Labbe en particulier a été un réel héros de la résistance. Il était scout à l'époque des faits et faisait partie de la section scout de la 3eme Marine d'Angers dont il est rapidement devenu commandant. Il est rentré dans la résistance dès 1940 avec sa section sous le pseudonyme de Jean Castor, au « Bureau central de renseignement allié ». C'est notamment eux qui ont réussi à repérer que la Kriegsmarine (marine allemande) avait établi des services de radio à Angers ( au château de Pignerolles plus précisément, (en photo page suivante) pour sa flotte sous-marine.

 

Photo du château de Pignerolles de nos jours (source: wikipédia)

Il a également participé à une autre action qui a été de conduire les pilotes d'avions alliés abattus et blessés sur une petite île sur la Loire (de nuit) où ils étaient récupérés par des avions légers. Pour déjouer la vigilance de l'occupant, sa troupe était dissimulée sous le nom de « l'union de navigation et de camping de l'Anjou ».

Non seulement il a averti les Américains de l'existence du pont de Pruniers comme nous l'avons vu plus haut, mais il les a aussi conduits en personne sur les lieux, en prenant donc de gros risques.

En remerciement de toutes ces actions importantes et dans le cas du pont de Pruniers décisives, la 3eme Marine Angers a été décorée de la « Croix de Guerre ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Photo de Pierre-Yves Labbé, source ; scouts-europe.com

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Photo de Louis Bordier, source ; ouest-france.com

 

Des GI's accueillis avec enthousiasme par la population.

Quand les Américains arrivent dans les villages pour les libérer, les batailles ne sont pas encore terminées, aussi sont-ils quelque peu « embarrassés » en voyant ces hordes de civils accourir alors que le danger est toujours là, en particulier dans la journée du 9 août 1944. Les soldats sont accueillis en héros. D'après des témoignages, des poires leurs sont offertes par les habitants. les Américains de leur côté offrent des bonbons, des cigarettes et des chewing-gum.

A partir du 11 août, quand les lieux sont totalement pacifiés, des photos sont prises avec les Américains. On pose sur les chars en leur compagnie, devant des maisons libérées, avec des enfants... On voit encore aujourd’hui la trace du passage des Américains car certains ont gravé leurs noms où leurs matricules dans les murs de certains bâtiments.

Stèle à l'extrémité du pont de Pruniers, rive gauche rendant hommage aux forces américaines (photo J.Naud)

 

Le pont aujourd’hui, un lieu de mémoire.

Aujourd'hui encore, tout est fait pour que l'on n'oublie pas cette période de notre histoire locale. Ainsi, des commémorations ont lieu sur le pont afin de rendre hommage à ces hommes qui se sont battus pour que nous puissions aujourd'hui vivre tel que nous le faisons.

Ainsi, dans un discours prononcé le 10 août 2004 Paul Mareau, à l'époque maire de Saintes Gemmes, à l'occasion des 60 ans des événements rendit hommage aux combattants.

« Vous tous qui êtes tombés ici.

Dont le dernier parfum perçu fut celui de l'herbe couchée sur votre corps brisé.

Dans nos chemins creux et les prés de la Baumette.

Vous dont le dernier regard emporta le même paysage que celui sous nos yeux aujourd'hui.

Vous pour qui notre sol fut la dernière couche.

Vous qui désormais errez dans ces endroits sans uniformes et sans armes.

Vous nous montrez l'avenir avant que de se souvenir,

Un avenir de mains tendues vers d'autres mains,

Un avenir de regards échangés dans l'amitié,

Un avenir de sourires esquissés...

Quant à nous, nous avons compris la leçon, pesé le poids de la liberté retrouvée et le prix de ce que nous vous devons.

Nous, les Européens réunis avec les femmes et les hommes d'outre Atlantique,

Ensemble tendus vers l'horizon d'un monde meilleur pour nos enfants.

Ce frôlement que nous sentons, est-ce seulement celui du vent ou bien celui de vos ombres, à la recherche de cette part du cœur dont nous vous sommes redevables.

Il suffit d'un peu de silence pour pouvoir entendre les cœurs qui battent au même rythme, loin des haines et des spectres d'aujourd'hui qui menacent nos terres de liberté...

Il suffit d'un peu de recueillement pour ne plus distinguer, dans le soleil couchant, sur le pont des Américains ou dans les bas-prés, la silhouette du promeneur attardé, de celle des hommes qui ne cesseront jamais de hanter ces lieux. Cette terre est aussi la leur, puisque acquise au prix de leur sang. »

 

Sur le pont, une inscription rappelle les combats qui ont eu lieu en août 1944 (photo J.Naud).

 


Stèle rendant hommage à l'action de la Résistance, sur la rive droite de la Maine.(photo J.Naud)

 

Bibliographie:

Pour les informations, la plupart ont été trouvées dans l'ouvrage « Saintes-Gemmes-Sur-Loire ; des origines à nos jours » ainsi que sur wikipédia et le site internet de Ouest-France.

Un article réalisé par FRANC Manuel, FLOCHLAY Ewen et BLOND Valentin de la classe 1ère ES/L.

Article suivant sur "l'avenue Patton et les voies de la liberté"

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