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"La libération des camps nazis, le retour des déportés angevins" ( 2015)

Auschwitz, camp d'extermination pour les tziganes

Publié le lundi 16 mars 2015 20:25 - Mis à jour le mardi 24 mars 2015 22:45

Auschwitz, camp d'extermination pour les tziganes

  

 

L'histoire de l'extermination des Tziganes dans l'Europe nazie est moins connue que celle des Juifs. Pourtant, eux aussi furent poursuivis et martyrisés. Sur un million de Tziganes recensés en Europe en 1939, au moins un tiers furent victimes de cet autre génocide.

D'abord incertains de la place à leur assigner dans la hiérarchie des races, les nazis les considèrent comme des asociaux et les rassemblent dans des camps. Puis très vite en Europe de l'est, la guerre et l'idéologie nazie font rentrer une partie des  tziganes du Grand Reich ou des balkans  dans le processus génocidaire. Ils subissent des massacres systématiques, et trois mille d'entre eux sont gazés à Auschwitz dans la nuit du 2 au 3 août 1944. En Europe de l'ouest, ils connaissent l'enfermement et parfois la déportation  comme en 1944 en  Belgique, administrée directement par l'armée allemande.

            Dans une première partie nous aborderons le chemin parcouru d'une famille Belge déporté à Auschwitz ; dans une seconde partie nous étudierons les conditions de vie de ces martyrs dans les camps.

 

 

I Une famille tzigane belge, internée à Montreuil -Bellay, libérée, de retour en Belgique et déportée

Tout d’abord, l’appellation « Tzigane » désigne un ensemble de groupes, parmi lesquels sont présents : les Roms, les manouches et les gitans. De nos jours, nous les appellerions les gens du voyage, c’est-à-dire les personnes nomades.

Les tziganes, sont originaires d’Inde et font partie à l’origine de la race aryenne. Néanmoins, les scientifiques allemands, trouvaient cela inconcevable. Ils sont donc arrivés à l’idée que ces derniers avaient tellement mélangés leur race, en se métissant avec les plus basses classes sociales, qu’ils ne pouvaient donc plus être considérés comme aryens. Par conséquent, ils devaient être exterminés.

A travers ce travail, nous avons décidé de nous attarder plus particulièrement, sur la famille Toloche, une famille belge. Celle-ci est composé d’un père Joseph, le chef de famille et de ses deux enfants : Marguerite l’ainée et Bernard, le plus jeune. Internée dans le camp de Montreuil-Bellay près de Saumur dans le Maine et Loire, la famille entreprend de rentrer en Belgique en faisant valoir leur nationalité belge.

Voir ci-dessous : « l’Etat nominatif des internés de nationalité belge ou se réclamant de la dite nationalité »Sources Archives Départementales du Maine et Loire

Ces derniers y arrivèrent et quittèrent donc la France pour se rendre dans leur pays d'origine. Or, ce qu’ils ne savaient pas, c’est que depuis octobre 1943, les Allemands y arrêtaient les Tziganes pour  les déporter à Auschwitz. C’est ainsi que le 15 janvier 1944, cette famille fut  arrêtée et déportée dans le convoi « Z » (« Z » car le mot tzigane se dit « Zigeuner » en allemand) avec 351 autres tziganes. On estimera en 1945 une dizaine de survivants dont Joseph Toloche. Ses enfants, quant à eux, sont malheureusement morts. Peut-être ont-ils été gazés lors de cette fameuse nuit du 2 au 3 août 1944 après avoir séjourné quelques mois dans des conditions atroces, dans « le camp des familles ».

 

En effet, nous ne pouvons pas être sûrs de ce qui est arrivé à ces enfants car tout d’abord il y a eu énormément de morts. De plus, les tziganes contrairement aux juifs, ont une tradition orale. Cela signifie qu’ils ont transmis par la parole et le discours aux générations (et ainsi de suite) de ce qu’ils leurs est arrivé pendant cette guerre. Il y a donc peu de documents écrits pour ces derniers, nous relatant ce qu’ils ont vécu. Il y tout de même des témoignages tel que celui d’André Rogerie par exemple, que nous étudierons dans la seconde partie.

                     

II :Auschwitz, un camp comportant un sous-camp pour les tsiganes

La famille Toloche comme dit précédemment fût déportée à Auschwitz.
Auschwitz est un camp de concentration et d’extermination. Il fut construit en 1940 par les nazis et libéré en 1945 par l’armée russe. Il aura causé au total plus d’1 millions de morts. Le camp est séparé en trois parties, trois sous-camps.
Le 1er : Auschwitz I ; le camp principal.
Le 2e : Auschwitz II aussi appelé Birkeneau ; le camp d’extermination.

Le 3e : Auschwitz III aussi appelé Monowitz ; le camp de travail.

Les tziganes étaient internés dans le camp de Birkenau. Ils étaient à 80% germaniques puis pour les 20% restants : Autrichien, Tchèques, Belges... Rappelons que le 16 décembre 1942, Heinrich Himmler ordonne par décret leur déportation à Auschwitz. Ce décret concernait les Tziganes de tous les territoires du grand Reich – la France n’en faisait pas partie – et pas uniquement les Tziganes allemands.

Les tziganes étaient regroupés par famille dans ces camps. Ils étaient moins maltraités que les juifs. Ils n’allaient pas travailler et leurs enfants bénéficiaient d’écoles et de jardins d’enfants. Ils n’étaient pas tondus et avaient gardé leurs vêtements de civils. Ils avaient cependant autant de nourriture que les juifs, mais même si elle était insuffisante, comme ils ne travaillaient pas, cela leurs « suffisaient » plus par rapport aux juifs. Le soir des orchestres tziganes jouaient de la musique.

Il n’y avait pas spécialement de haine entre les S.S et les tziganes, du moins les S.S en avaient moins pour eux que pour les Juifs (jamais des insultes étaient hurlées à leurs égards comparés aux juifs, qui se faisaient constamment insultés). Les S.S prenaient les Tziganes pour des « rigolos qui riaient tous le temps et jouaient de la musique ». Il est même arrivé qu’il y ait des liaisons entre des jeunes filles tziganes et des S.S « j’ai vu des S.S se balader avec des filles tziganes dans l’allée du champ bras dessus, bras dessous », comme nous le rapporte l’encyclopédie multimédia de la Shoah.

Cependant, cela n’empêche pas le fait qu’à Auschwitz par exemple, des enfants et femmes tziganes ont été soumis à des expériences médicales par les nazis, en particulier par le docteur Josef Mengele. De plus, comme nous l’expliquait Madame Chombard De Lauwe, lorsqu’elle est venue le 30/01/15 au lycée pour nous témoigner de son histoire : à Ravensbruck en particulier, des femmes tziganes ont été stérilisées, pour qu’elles ne puissent plus continuer à mettre au monde des enfants de « basses classes ». De cette manière, les nazis pensaient éliminer les tziganes de la surface de la Terre.


La nuit du 2 au 3 août 1944, tous les tziganes qui restaient furent emmenés à la chambre à gaz pour être tués. "Nous sommes couchés comme à l’accoutumée quand tout à coup le bruit de camions roulant sur la route éveille notre attention. Nous percevons distinctement maintenant les camions pénètrent dans le camp voisin, appelé camp des tziganes. Là, des familles entières viennent de nous faire comprendre le sort qui leurs est réservé. Hommes, femmes, enfants, tout entièrement dépouillés de rations nous parviennent très nettement. Les S.S hurlent, les femmes ont des crises de nerfs, les enfants pleurent, et les camions pleins à craquer de leur butin, partent maintenant à toute vitesse vers les fours crématoires. Dans quelques instants seront consumées toutes ces vies humaines qui, aux yeux de l’Allemagne ont commis le crime immense et impardonnable d’être tziganes." Voilà comment Andé Rogerie , déporté durant la seconde guerre et survivants de sept camps de concentration, témoigne de la violence des Nazis subie par les Tziganes à Auschwitz.

Dans son livre, Rogerie illustre ses propos par un dessin de four crématoire de Birkeneau, réduisant de cendre les tziganes et les juifs.

Comme André Rogerie et Léo Bergoffen, Henri Borlant à lui aussi écrit un livre témoignant de la nuit atroce de 1944 : " C'est dans cette école de destruction d'humanité que j'ai côtoyé les Tziganes. A Birkenau, il y avait un camp qui leur était réservé. A la différence des autres camps que j'ai connus, les Tziganes s'y trouvaient en famille. C'était pour nous un spectacle très insolite. Nos camps réciproques n'étaient séparés que par une rangée de fils barbelés électrifiés. A ma connaissance, ils y ont vécu tout le temps de leur détention, sans sortir. Pas comme nous qui allions travailler en Kommando à l'extérieur du camp. A Birkenau, il y a eu entre vingt mille et vingt et un mille Tziganes. Il en restait environ quatre mille 1er août 1944. Plus de huit cents tziganes furent évacués vers le camp de Buchenwald. Il s'agissait de jeunes gens « aptes au travail ». La nuit suivante, tous les furent « exterminés ». "

D'après les témoins de cette nuit, les tziganes savaient ce qui allait leurs arriver, ils avaient compris que leur mort était imminente. André Rogerie cite  Chateaubriant: "La lune prêta son pale flambeau pour cette veillée funeste" dans le documentaire " Témoins de la Nuit" 2012. Conseil général du Maine et Loire

Conclusion :

Au final, pourrait-on parler d’un génocide tzigane ? Tout dépend de la définition que l’on prête à ce mot. Mais les tziganes ont été exterminés sur le fait même qu’ils étaient tziganes. Ils ont été exterminés pour ce qu’ils étaient et non ce qu’ils avaient fait ! Donc nous pouvons considérer que oui, il y a malheureusement eu génocide.

« Le racisme c'est ce qu'il y a de plus terrible,

parce que les gens sont d'une autre société, on les condamne,

faites attention, c'est très important. »

(documentaire "Témoins de la nuit". conseil général du Maine et Loire. 2012.)

 

Sources :

  • p.109 : Henri Borlant ; «  Merci d'avoir survécu »
  • p.73-74 : André Rogerie ; « Vivre c'est vaincre »
  • Témoignage de Léo Bergoffen
  • Archives Départementales de Maine-et-Loire             
  • Le site du Mémorial de la Shoah
  • Encyclopédie multimédia de la Shoah
  • Témoignage de Marie-Jo Chombard De Lauwe

Travail réalisé en Accompagnement Personnalisé par Morgane Boudy et  Clément Gady,

1ère ES. Lycée Henri Bergson, 2014-2015

 

Article suivant sur André Rogerie, un témoignage pour l'Histoire dès 1945

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