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Espace pédagogique d'établissement

"La libération des camps nazis, le retour des déportés angevins" ( 2015)

Des familles de résistants face à la "Nuit et au Brouillard"

Publié le jeudi 19 mars 2015 12:42 - Mis à jour le mardi 24 mars 2015 22:45

Des familles de résistants face à la « Nuit et Brouillard »


 

        A partir de 1939, la répression s'abat sur toute l'Europe occupée par les nazis. Ainsi on note un nombre important de déportés politiques dans les camps de concentration allemands. En France près de 89 000 personnes sont déportées pour des raisons politique dont plus de 40 % sont morts ; dans le Maine et Loire, on a recensé 1 040 déportés politiques dont 414 sont revenus.

Les déportés politiques sont principalement des résistants : personne qui s'oppose à l’occupation allemande durant la seconde guerre mondiale.En traitant notre sujet, nous allons évoquer les familles de résistants dans l'attente d'un retour d'un de leur proche confronté à la directive allemande «  Nuit et Brouillard »

        Tout d'abord définissons « Nuit et Brouillard » (en allemand Natch und Nebel) est un nom de code des « directives sur la poursuite pour infractions contre le Reich ou contre les forces d'occupations des les territoires occupés ». Elles sont l'application d'un décret signé en 1941 par le maréchal Keitel et ordonnant la déportation de tous les ennemis et opposant du Troisième Reich.En application de ce décret, toute personne représentant un « danger pour la sécurité de l'armée allemande » tels que les saboteurs, les résistants, les opposants ou non adhérent à la politique allemande sont destinées à être transportées en Allemagne  sans que les familles ou l'administration française ne reçoivent aucune information sur la destination ou le sort des déportés.

Ensuite, le concept "Nuit et Brouillard" pour les familles, c'est l'attente d'informations pour la plupart des familles ; 99% des familles ne savent rien et n'ont pas de correspondances écrites mais nous avons réussi à recueillir le témoignage d'une fille de déporté qui a  réussi à envoyer des lettres de façon clandestine ou officielle. Ne pas savoir où sont déportés et comment se portent leurs proches, c'est une douleur et une épreuve supplémentaire après le choc de l'arrestation. Le processus de recherches pour les familles continue même après la guerre dans l'espoir de retrouver leur proche sur le territoire français (par exemple dans un hôpital, ou recueilli chez un habitant…) jusqu'à la confirmation de la  mort. Le lieu d'inhumation parfois inconnu fut aussi l'objet de recherches souvent complexes après la guerre.

       A la libération, aux destructions matérielles s’ajoute le désastre humain que représente la guerre : 20 % des prisonniers de guerre ne regagnent pas leur foyer  et  40 %  déportés pour faits de résistance  ont payé leur engagement de leur vie ainsi que 97 % des déportés pour raisons raciales.

 

Dès la fin de la guerre, une affiche publiée par le Mouvement national des prisonniers de guerre et déportés (MNPGD) donnait le ton : elle représentait un travailleur requis par le STO, un prisonnier de guerre et un déporté :

La légende précisait : "Ils sont unis. Ne les divisez pas."

        Nous avons rencontré des familles de résistants qui étaient confrontées à la directive « Nuit et Brouillard » et recueilli leurs témoignages. Comment ont-elles vécu l'absence d'un ou plusieurs proches ? L'espoir d'un retour était-il toujours présent ? Et après la guerre, comment les familles se sont reconstruites ? C'est à ce genre de questions que nous nous proposons de répondre ici.

 

I) Angers est " allemande"

        A l'époque, Angers est une capitale régionale pour le gouvernement de Vichy et une capitale provinciale ayant autorité sur  17 départements pour l'armée allemande ; 6000 occupants Allemands se sont installés à Angers durant l'occupation avec les services de l'armée, de la justice militaire, de la Gestapo … En 1941, la ville d’Angers est « allemande ». On a pu recenser un nombre  de 1040 déportés angevins pour faits de résistance ;en France, Jean Moulin est un des symboles de la répression subie par la résistance : fondateur du Conseil National de la Résistance (CNR), torturé et mort lors de sa déportation en 1943.Par ailleurs, un convoi de plus de 800 juifs venant du Grand Ouest  fut directement envoyé au camp d’Auschwitz, le convoi N° 8.

 

II) Une famille en partie déportée pour faits de résistance : la famille de madame Chombart de Lauwe

 

         Nous pouvons aussi prendre l'exemple d'une résistante que nous avons rencontré : madame Chombart de Lauwe, ancienne résistante française, emprisonnée à Angers, déportée à Ravensbrück puis transférée à Mauthausen dont le père et la mère furent aussi déportés.
 

 

Marie-José Chombart de Lauwe est née le 13 Mai 1923 de Suzanne et Adrien Wilborts. Résistante dès l'age de 17 ans, elle fut déportée en selon la directive "Nuit et Brouillard" (sans laisser de traces). Quand elle fut libérée, elle fut transportée vers la Suisse par la Croix-Rouge internationale où elle retrouve sa mère puis à l'hôtel Lutetia, où elle retrouvera son identité et sera soignée. Elle apprend alors que son père est décédé au camp de concentration de  Buchenwald en Février 1944. Elle décide par la suite d'écrire un manuscrit qu'elle publie en 1998 pour laisser un témoignage de ce qu'elle a vécu. Il est intitulé "Toute une vie de résistance". Elle est aujourd'hui la présidente de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation. Cette fondation fut créée en 1990 et s'est fixé comme objectif de perpétuer la mémoire de la déportation au-delà des générations qui ont assistées à cette horreur. Elle est Grand Croix de la Légion d'Honneur.

 

Voici une photo de notre rencontre avec Mme Chombart de Lauwe.

 

III) La famille de Louis Legendre, un résistant déporté à Buchenwald


         En premier lieu, présentons qui est Louis Legendre. Il est né à Breteil (35), un petit village situé à 17 km à l'ouest de Rennes, à la limite de l'Ile et Vilaine et du Morbihan. Il fut arrêté par la Gestapo le matin du 1er septembre 1943 car il faisait partie du réseau de résistance "Honneur et Patrie".

        Louis Legendre est une des rares personnes ayant pu envoyer des lettres à sa famille clandestinement. Comme expliqué précédemment, la directive "Nuit et Brouillard" ne permettait aucune correspondance, aucun écrit ni aucune information du prisonnier à sa famille. On dit que 99% des familles n'ont pas de correspondance écrite avec leurs proches déportés ni aucune nouvelle de quelconque manière ; Louis Legendre fut donc entre guillemets "privilégié".

        Ce fut dès la capitulation allemande, en mai 1945, que sa famille est partie à la recherche de son histoire. En effet, c'est le 8 mai 1945, que sa femme sollicita alors le Ministère des anciens combattants afin d'obtenir des nouvelles sur son mari. Elle reçoit alors plusieurs témoignages qui lui annonce la mort de leur proche durant la Marche de la mort, c'est à dire l'évacuation du camp de Buchenwald vers le camp de Mauthausen suite à l'avancée des alliés à l'Ouest.  En revanche, en ce qui concerne la date et lieu de décès, ils restent incertains : pour certain il serait mort fin avril à Prague, pour d'autres le 25 avril à Bochov, alors qu'un dernier prétend qu'il serait mort durant l'évacuation de Buchenwald (dans lequel il a été déporté) entre le 16 avril et le 6 mai. C'est au Ministère des anciens combattants que deux actes de décès sont proposés avec des preuves : le 2 mai à Lubenec et entre le 20 et le 30 avril à Karlovy Vary. Le Ministère garde alors la première version, mais maintenant la famille a la certitude qu'il est mort le 25 avril 1945, ce qui laisse la famille dans l'ignorance de la vérité pendant 63 ans. Il a été enterré dans une fosse avec 204 déportés, se trouvant au pied du mur qui sépare le cimetière juif au cimetière chrétien à Drahovice.

        Pour maintenir le souvenir de leur père, les enfants de Louis Legendre ont décidé de retracer son histoire à travers un livret s’intitulant « Sur les traces de papa » dans lequel se trouve tous les témoignages et toutes leur recherches pour retrouver leur père. Ils ont créé aussi un site qui parle du monument dédié à leur père, dans le but d'un deuil personnel et aussi dans un but national d'un devoir de mémoire des résistant et victimes du parti nazi durant la Seconde guerre mondiale.

Lien vers le site sur Louis Legendre : louis-legendre.com/

 

IV) Mme Rousseau-Raimbault, fille d'un résistant mort au camp de Mauthausen

 

Suite a un entretien avec cette dernière, nous avons pu recueillir son témoignage.

Il y a eu 40 % de non retour des camps de concentration dont son père. Son frère décida de partir en Savoie afin d'éviter la déportation et donc de se protéger. Elle resta donc seule avec ses parents. Alors qu'elle était âgée seulement de 8 ans, en août 1943, la Gestapo arriva chez elle pour arrêter son père, pour savoir où se trouvait les armes de son  réseau de résistance. Elle nous explique alors, que cette arrestation  fût  très violente : sa mère et elle furent ligotées sur une chaise et menacées de mort. Cela marqua la petite fille qu'elle était et elle  en voulut  énormément à son père. Lors de cette « prise d'otage », son père lui dit une phrase dont elle se rappellera toujours : « Ne t'inquiète pas, ils ne voudraient pas faire de mal à une jolie petite fille comme toi. », puis la Gestapo emmena celui-ci. C'est à partir de ce jour qu'elle eut la certitude qu'il était mort alors que sa mère vivait dans l'attente et l'espoir, même si cet espoir diminuait de jour en jour. Suite à la libération des camps par les Anglo-Américains et les Soviétiques, sa mère essaye de savoir si son mari se trouve à l'Hôtel Lutetia. Malheureusement sa mère apprend sa mort par les autorités, et en l'annonçant à sa fille, celle-ci lui répondit qu'elle le savait déjà.

        Depuis cette période, madame Rousseau-Raimbault est entre temps devenue proviseure du lycée Du Bellay dont l'ancienne directrice était elle-même une ancienne déportée. Depuis qu'elle est à la retraite, elle a décidé  de témoigner devant des classes. Pourtant, elle avait décidé de renier cette période afin de se reconstruire moralement. Elle nous dit aussi que refaire sa vie sans père fut  une chose très difficile, car pour une adolescente, un repère paternel est indispensable.

Suite à cette rencontre, nous sommes parus dans le journal de Angers Télé du 27 janvier. Voici ci-joint le lien de la vidéo : http://angers-tele.fr/le-journal/?video=2651 .

 

         

        Pour conclure cette partie, nous pouvons dire que l'attente des familles était insupportable : elles étaient partagées entre le sentiment de savoir la vérité, d'apprendre la mort de leur proches, et de refaire leur vie sans eux ; et celui de vivre dans l'espoir d'un retour afin de combler un manque.

Alors pour aider ses familles à faire leur deuil et leur devoir de mémoire, la ville d'Angers a créé un lieu de recueillement : le "monument à la mémoire des Fusillés de la Résistance".

Ce monument, inauguré le 28 septembre 1952 à Belle-Beille (œuvre du sculpteur angevin René Guilleux). Il fut créé à la demande des familles des résistants, mort lors de la Seconde guerre mondiale, qui n'avait jusque là aucun lieu de recueillement. Il est situé à Belle-Beille. Entre le 21 février 1942 et le 7 juin 1944, 45 hommes ont été sortis de la prison du Pré-Pigeon pour être fusillés. La ville d'Angers a également le souhait d'honorer les résistants mort durant la déportation et dans les camps de concentration. Sur ce lieu de recueillement se trouve deux petits coffres contenant des cendres qui ce situaient dans des camps de concentration. Aujourd'hui, deux fois par an, les Angevins viennent se recueillir sur ce lieu afin de perpétuer la mémoire des résistants exécutés, torturés… De plus le dernier dimanche d'avril est la journée nationale de la déportation en France.

Afin de conclure notre sujet qui concerne les familles de résistants, les familles ont voulu que personne ne reste dans l'ignorance de cette barbarie c'est pour cela que certains lieux d'Angers montrent à travers différents monuments et rues les violences, les souffrances afin de faire preuve de respect et appellent aussi à la vigilance. « Quiconque ferme les yeux devant le passé ne voit pas le présent et quiconque refuse de se souvenir de la barbarie se trouve exposé à de nouveaux risques. » Donc pour nous, il est important de retracer le parcours de ses résistants à travers ce sujet pour leur rendre hommage.

Sources utilisées:

  • Brochure "Angers se souvient" de 2005
  • Témoignage de Marie-José Chombart de Lauwe
  • Témoignage de Madame Rousseau-Raimbault
  • Témoignage de Hélène Cabrillac et son site internet : louis-legendre.com/
  • Article de 2011, panneau N°16: "Répression de la Résistance et déportation politique : 4 longues années noires en Anjou"

 

Travail réalisé en Accompagnement Personnalisé par Quentin Eustache, Amélie Macé, Manon Papin et Aubin Gandji

1ère ES. Lycée Henri Bergson, 2014-2015

 

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