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Espace pédagogique d'établissement

"La libération des camps nazis, le retour des déportés angevins" ( 2015)

Des familles juives face à la "nuit"

Publié le jeudi 19 mars 2015 17:41 - Mis à jour le mardi 24 mars 2015 22:48

 

Des familles juives face à la « nuit »


 

En 2015, plus de 70 ans après le début de la Shoah, les premières ES du lycée Henri Bergson à Angers ont décidé de se pencher sur le souvenir de la déportation pour faits de résistance ou pour raisons raciales. Accompagnés de nos enseignants, nous avons été sensibilisés à travers des témoignages, des romans, la visite au Mémorial de la Shoah, celle aux Archives Départementales etc…

Parmi tous les événements de cette sombre période, nous nous sommes intéressés à la question de l’attente des familles juives  de déportés en Anjou.

Nous nous sommes alors posés de nombreuses questions : Les familles cachées savaient-elles que leurs proches partaient dans les camps et les centres de mise à mort ? Avaient-ils espoir de les retrouver un jour ? Avaient-ils parfois perdu tout espoir ? etc…

Pour répondre à nos questions, nous avons écouté, lu, et découvert, de nombreux témoignages des vies de ces personnes en attente, avec espoir, de leur famille déportée.


 

Deux familles, deux destins, deux combats


 

I) La famille Borlant

Madeleine Borlant et Henri Borlant sont issus d’une famille d’origine russe juive non pratiquante nombreuse (9 enfants). Leur père est tailleur à domicile  tandis que leur mère couds, livre les vêtements et s’occupe des enfants. A la veille de l’entrée en guerre, les autorités obligent des familles populaires, dont la famille Borlant, du 13ème arrondissement, à quitter la capitale pour le Maine-et-Loire. Les membres de la famille trouveront alors refuge à Saint-Lambert-du-Lattay où ils vivront en campagne.

Madeleine n’a que 6 ans lorsque, le 15 juillet 1942, la moitié de sa famille est arrêtée, dont Henri Borlant (15 ans), puis déportée vers Auschwitz. Quelques temps après, sans savoir où est le reste de leur famille, Madeleine, ses trois autres sœurs, son frère Roger et sa mère doivent se cacher, risquant d’être arrêtés à leur tour par les Allemands.

Ils ne recevront, qu’une nouvelle d’Henri dans un petit mot jeté du train à Versailles et transmis par un cheminot anonyme. Dans ce billet, Henri  les rassurait en leur disant qu’il pensait partir  pour faire des moissons en Ukraine.

En 1943, ils sont alors aidés par des habitants de Saint-Lambert-du-Lattay ,prévenu de leur arrestation imminente par un  gendarme puis aidé clandestinement par le maire ,  l’épicier ou encore une châtelaine qui leur trouve une petite maison perdue au milieu de la forêt.

Rapport de gendarmerie suite à la fuite de la famille Borlant en 1943.

Archives Départementales du Maine et Loire.

Peu de temps avant la libération, toujours sans nouvelle de son mari et de ses trois aînés, sa mère décide de rentrer à Paris.

Cette dernière et le reste de la famille ne retrouveront à la fin de la guerre qu’Henri, revenu seul du camp d’Auschwitz.

Madeleine relate pour la première fois son histoire dans le film Témoins de la nuit. Quant à Henri Borlant, il a écrit un livre sur sa vie (Merci d’avoir survécu), et, nous avons eu l’honneur de le rencontrer et de l’écouter.

A Paris, Henri Borlant nous raconta qu’il n’eut qu’un seul moyen de donner de ses nouvelles à sa famille: «  j’ai écrit « Maman chérie il parait que nous partons en Ukraine pour faire les moissons, etc », avec son adresse. […] J’ai plié la feuille, mis un élastique autour et balancé le tout par la lucarne » (extrait de son livre).

Il nous avoua aussi que ce bout de papier fut le seul espoir pour sa mère qu’il revienne, ; elle le gardait toujours sur elle dans son porte-monnaie.C'est la seule fois où il put donner de ses nouvelles avant la libération.


II La famille Moscovici

                                            
                                             

Voyage à Pitchipoï (1995) raconte la tragédie de la famille juive Moscovici, en France, pendant la guerre.

Dans la nuit du 15 au 16 juillet 1942, Ephraïm, Léon et Lazar sont arrêtés. Ils seront déportés vers Auschwitz par le convoi n° 8 parti d'Angers le 20 juillet 1942. Le 1er septembre 1942, alors que les autorités allemandes viennent arrêter Louise Moscovici (la mère de l’auteur), celle-ci parvient à s'enfuir avec l’aide de sa voisine et amie Odette Blanchet (aujourd’hui une femme considérée comme étant Juste parmi les nations ). Quant à Jean-Claude, 6 ans, et Liliane, 2 ans, ils sont confiés à des voisins. Louise rejoint alors des membres de sa famille en zone dite "libre". Mais le 9 octobre 1942, les enfants sont à leur tour arrêtés par les autorités d'occupation. Emmenés d'abord dans une prison, Jean-Claude et Liliane sont internés au Camp de Drancy.

Sortis miraculeusement du camp, ils retrouvèrent, quelques mois plus tard, leur mère qui avait réussi à s'échapper de son arrestation malgré les portes qui s'étaient souvent fermées lorsqu'elle avait demandé de l'aide.

A la fin de la guerre, en 1945, Louise Moscovici et ses enfants retrouvèrent leur maison à Vernoil-le-Fourrier et attendirent le retour du père, Ephraïm. Ils reçurent une lettre de Lazar, le frère d'Ephraïm : "Je suis par miracle, un des rares survivants du camp d'Ebensee, et libéré maintenant, je compte bientôt rentrer". Quelques semaines plus tard, il rentra, très affaibli. Louise Moscovici, Jean-Claude et Liliane comprennent très vite qu'ils ne reverront plus jamais leur père, leur oncle Léon et leurs grands-parents, assassinés à Auschwitz.


 

Dans le roman nous pouvons voir qu’ils ne savaient rien des camps: "On parlait souvent d'un endroit où nous irions peut-être après Drancy, qui s'appelait Pitchipoï. Peut-être y retrouverions-nous nos parents ? C'était un lieu mystérieux où certains étaient déjà partis, mais dont personne ne semblait avoir de nouvelles »

La famille dans l’attente ne peut que vivre dans l’isolement, la discrétion et le mensonge :

« Du jour au lendemain, en même temps que de lieu, nous avons changé d'identité. Nous avons emprunté à la fiction d'autres origines, un autre passé et même une autre religion. »


 

« Cette vérité était un secret entre nous. A aucun moment, malgré notre jeune âge, malgré les questions et situations imprévisibles, nous n'avons failli à la règle de discrétion que nous savions être vitale. Nous étions censés venir d'une région sinistrée, et notre père était, comme tant d'autres, prisonnier en Allemagne. »

La famille vit alors ainsi, dans l’attente et l’espoir d’une quelconque nouvelle.

« Un après midi, quelqu'un est arrivé en courant pour dire à ma mère qu'on l'attendait au téléphone. Celui qui l'appelait était un médecin d'une région éloigné de la nôtre, qui venait d'être rapatrié et avait vu soit mon père, soit un de mes oncles, l'un deux, mais dont il ignorait le prénom. […] Pour qu'il puisse l'identifier, il fallait lui envoyer une photo. Ma mère lui en fit parvenir une sur laquelle les trois frères étaient ensemble.

On a attendu la réponse avec impatiente et émotion. Elle arriva peu de temps après. Sur la photo retournée, mon plus jeune oncle était entouré d'un cadre tracé au crayon. Alors on a commencé à l'attendre… »

Puis, après le retour de leur oncle, la famille comprend…

« Très vite, sans que cela me fût dit, je compris que mon père ne reviendrait jamais, ni mes autres oncles, ni mes grands-parents. Plus tard seulement, je sus qu'il (mon oncle Lazar) revenait de ce lieu que nous appelions Pitchipoï, et dont le véritable nom était Auschwitz Birkenau. »


 


 

III) Témoins de la nuit

Témoins de la nuit est un film /documentaire pédagogique créé par le conseil général des jeunes du Maine et Loire. Il parle des convois utilisé pour les déportés, de la résistance, de l’extermination… Il s'appuie sur 8 témoignages, tous différents les uns des autres (témoignages de juste, de déportés juifs, de déportés résistants non-juifs…): Léo Bergoffen, Henri Borlant, Jacques Chupin, Bernard Maingot, Clément Quentin, André Rogerie et Madeleine Borlant et Odette Blanchet. Lien

Seuls face à la caméra, tous livrent les souvenirs poignants de cette sombre période. "Arrestation, convois, vie inhumaine dans les camps, retour, aide aux juifs, attente de la famille du déporté


 

Madeleine Borlant

Madeleine est née le 15 août 1936 à Paris, tout comme Henri Borlant, son frère, elle est issue d'une famille juive modeste de neuf enfants. Son père est tailleur tandis que sa mère, couturière, et, femme au foyer.

Madeleine était alors âgée de 6 ans lorsque sa famille fut arrêtée. Durant l'attente du retour de sa famille, Madeleine a sans cesse dut se cacher accompagnée de sa mère, de son frère Roger ainsi que de ses sœurs, avec pour aide les habitants de saint Lambert-du-Lattay.

Outre les informations de la famille Borlant (voir article famille Borlant), concernant Madeleine nous n'avons pas pu avoir beaucoup d'information sur sa vie, car, Madeleine, traumatisée par cette période, a voulu se protéger et a attendu 2011 pour témoigner lors d'une réunion au lycée puis en 2012 dans le documentaire " Témoins de la nuit ".

Madeleine attendait désespérément le retour de sa famille, elle retrouva seulement Henri, qui rentra seul du camp d'Auschwitz.

Elle témoigne : « je m’empêche de voir cet instant où le camion était en bas de chez nous pour emmener ma famille, je me suis toujours interdit de me rappeler ça ! »


 

Conclusion

En résumé, nous pouvons dire que les familles juives non déportées et restées en France devaient à tout prix se cacher. Elles devaient alors se créer une nouvelle identité pour survivre et ne pas se faire arrêter à leur tour.

Leur vie se faisait dorénavant dans le silence et dans l’isolement.

Ils ne savaient pas vraiment où étaient les déportés à l'Est, du moins, ils ne pensaient pas qu’ils  étaient partis pour ne pas revenir.

Les familles gardaient espoir grâce à la moindre nouvelle puisqu’ il n’y avait que ce moyen pour les rassurer, et, pour se dire que ceux arrêtés allaient forcement revenir ; qu’ils étaient juste partis dans des camps de travail ou autre (moissons en Ukraine etc..).

Mais des rumeurs circulaient, les familles savaient qu’ils se passaient quelque chose d’étrange. Malheureusement rien n’était certain, et ces dernières étaient dans l’incapacité d’agir.

Les nouvelles étaient le seul espoir pour ces familles en attente : sans nouvelles, des familles sombraient dans le désespoir et, ne croyaient plus.

Sources :"Voyage à Pitchipoï" de Jean-Claude Moscovici et "Merci d'avoir survécu " d'Henri Borlant

"Témoins de la nuit", documentaire du conseil général du Maine et Loire . 2012.

Travail réalisé en Accompagnement Personnalisé par des six élèves de 1ère ES.

Lycée Henri Bergson.2014-2015.

 

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