En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies à des fins statistiques anonymes.
En savoir plus sur la gestion des cookies

Espace pédagogique d'établissement

"La libération des camps nazis, le retour des déportés angevins" ( 2015)

Deux déportés angevins "parmi d'autres" à Auschwitz : Léo Bergoffen et Lazar Moscovici.

Publié le vendredi 13 mars 2015 12:21 - Mis à jour le mardi 12 mai 2015 23:04

Deux déportés angevins "parmi d'autres" à Auschwitz : 

Léo Bergoffen et Lazar Moscovici.

 

Durant la seconde guerre mondiale entre 1942 et 1945, plus de 70 000 personnes de religion juive ont été déportés de France jusqu'aux camps de la mort. Au cours de ces années, Léo Bergoffen et Lazar Moscovici, deux jeunes hommes vivant dans le Maine et Loire, ont subi l'horreur de l'antisémitisme et du nazisme. Malgré cela, ils ont réussi physiquement et mentalement à surpasser toutes ces épreuves, et sont devenus des rescapés de ce génocide.

 

Quelles ont été les étapes de leur libération en 1945?

Que sont-ils devenus après leur retour?

 

 

I) Lazar MOSCOVICI, un angevin rescapé d'Auschwitz grâce à son statut de médecin

 

A) D'Auschwitz à Ebensee puis  libéré par les Américains

Lazar Moscovici est un médecin  juif habitant Vernoil près de Saumur, déporté avec ses deux frères à Auschwitz en juillet 1942. Au début, durant l'été 1942 , il a survécu dans un premier temps au camp de la mort avec l'aide de  ses deux frères. Après avoir perdu les  membres de sa famille, Lazar,  est resté en vie grâce à son rôle de médecin permanent au sein du camp. Il est resté dans le camp d'Auschwitz-Birkenau jusqu'au 8 janvier 1945. Ensuite, il a subi pendant trois jours et trois nuits les marches de la mort, durant lesquelles il marcha jusqu'à la gare, en direction du camp de concentration de Mauthausen, situé au nord de l'Autriche. Au final,  Lazar Moscovici a été transféré dans le camp d'Ebensee où il fut libéré début mai 1945 par les américains.

 A son retour, Lazar Moscovici a apprit qu'il était le seul survivant des six membres déportés de sa famille. Un peu plus tôt avant sa libération, les neveux de ce dernier étaient rentrés dans leur maison à Vernoil. Ils attendaient avec impatience le retour du reste de la famille. Cependant, un jour ils reçurent une lettre de leur oncle Lazar disant: « Je suis par miracle, un des rares survivants du camp d'Ebensee, et libéré maintenant, je compte bientôt rentrer ». Ils comprirent alors que Lazar était le seul survivant des marches de la mort et qu'ils ne reveront plus jamais aucun des cinq  autres membres de la famille Moscovici. Quelques semaines plus tard, Lazar fut de retour à la maison familiale. Il était très affaibli.

 

B) Un témoignage et les engagements  de Lazar Moscovici dès son retour en Anjou

Dès son retour en 1945, Lazar Moscovici a témoigné devant tous les habitants de son village du Maine et Loire, afin que personne n'oublie la cruauté des actes nazis perpétrés dans les camps mais également dans le but  de faire réagir : un tel crime ne doit pas se reproduire. En effet, avec son statut de médecin il a pu observer, analyser et enregistrer différemment des autres déportés tous les événements et tous les actes émis par les Allemands. Ainsi, grâce à ces témoignages, l'humanité a été au courant très rapidement, de la barbarie nazie. Personne ne l'oubliera. Son témoignage a été publié par la suite, en 2010, "1942, Convoi n°8".  Cet ouvrage regroupe deux témoignages de deux médecins. Celui du Dr André Lettich et celui du Dr Lazar Moscovici, tous deux déportés le 20 juillet 1942, depuis Angers vers Auschwitz par le convoi n°8. Ce récit évoque la place des médecins déportés à Auschwitz et décrit avec précision les expériences médicales réalisées sur les déportés. Grâce à la mémoire intacte des deux médecins déportés, les hommes et les femmes ont connu au fur et à mesure la vérité et la cruauté subie dans les camps en particulier les expériences médicales sur des cobayes humains.


A son retour, il a élévé, comme ses propres enfants, sa nièce Liliane et son neveu Jean-Claude,  dont le père est mort lors de la déportation. Par la suite, plus âgé, Jean-Claude Moscovici a  écrit lui aussi un témoignage. Son livre s'intitule "Voyage à Pitchipoï". Pitchipoï était le surnom que donnaient les juifs français aux camps tels que Auschwitz Birkenau. Cela désignait une destination inconnue, mystérieuse mais  redoutée des convois de déportés.

        

 Extrait du roman Voyage à Pitchipoï :

"On parlait souvent d'un endroit où nous irions peut-être après Drancy, qui s'appelait Pitchipoï. Peut-être y retrouverions-nous nos parents ? C'était un lieu mystérieux où certains étaient déjà partis, mais dont personne ne semblait avoir de nouvelles. C'était à la fois la promesse de la liberté et l'angoisse de l'inconnu. Pitchipoï revenait souvent dans la conversation. On était toujours un peu en partance pour Pitchipoï. De temps en temps, dans la grande cour, on assistait au suicide de personnes qui se jetaient du quatrième étage sur l'avancée en béton surplombant le rez-de-chaussée. On venait tout de suite les prendre sur une civière. On s'habituait à assister à de tels spectacles."    - Jean-Claude Moscovici, Voyage à Pitchipoï, éd. L'École des Loisirs, coll. « Medium », Paris. Autobiographie d'un enfant interné au camp de Drancy, pendant l'Occupation. Il n'avait que 6 ans en 1942.

 

 

 

II) Léo BERGOFFEN, un jeune angevin déporté à Auschwitz

A) Après les marches de la mort, il est libéré par les soviétiques

Léo Bergoffen est un juif né à Berlin.Réfugié à Prague puis à Angers, il sera arrêté durant l'été 1942 en zone "libre" en tant que juif étranger et remis aux allemands.  Ancien déporté par le convoi n°27, il a subi l'horreur dans les camps nazis dans un sous-camp autour d'Auschwitz puis durant l'été 1944 dans le camp d'Auschwitz proprement dit. Du 18 janvier 1945 au 11 mai 1945, Léo a connu les marches de la mort. Lui et les déportés ont marché un millier de kilomètres au total, soit 20 à 30 kilomètres par jour sans quasiment rien manger. Suite à l’avance des troupes soviétiques à l’Est, Léo Bergoffen a été évacué vers l’Ouest. Le 18 janvier 1945, un rassemblement avec tous les survivants a eu lieu devant l'entrée du camps. Les Allemands ont évacué les juifs des camps et entassé les hommes et les femmes qui étaient affaiblis dans des wagons. De plus, des soldats SS ont mitraillé des individus pour ainsi réduire le nombre de prisonniers. Selon eux, ces derniers étaient trop " lents ". Léo Bergoffen dit:  « Les Allemands voulaient nous envoyer à Buchenwald. Physiquement impossible pour certains. Les SS nous ont mitraillé pour diminuer le nombre ». Lors des marches de la mort, les déportés ont dormi dans une mine abandonnée. Cependant, de nombreuses personnes ont été asphyxiées à cause de gaz présents dans celle-ci. Le lendemain matin, les survivants se sont retrouvés sous une pile d'hommes morts. Cette pile avait une forme de "cloche". Malgré ce nombre important de morts, quelques personnes ont réussi à s'enfuir car la sécurité n'était pas toujours rigoureuse en cette période de chaos. Léo Bergoffen a été libéré par les soviétiques, le 11 mai 1945.

B) Affaibli, il rentre à Prague puis en France

A son retour, Léo Bergoffen est très affaibli. Il pesait à peine 40 kilos. Il est donc par la suite hospitalisé d'urgence en Allemagne. Après quelques jours de repos à l'hôpital, il s'est rendu avec d'autres déportés, à Prague, et fit la rencontre de l'officier responsable de la mission militaire, avec qui il rentra à Paris. En France, il a obtenu des papiers provisoires, et une chemise propre. Il a également subit un contrôle médical à l'hôtel Lutécia. Léo Bergoffen prenait 1 kg/jour. Pour se reposer dans sa chambre, il prenait en général un pain de six livres et un pot de confiture. Lorsque Léo Bergoffen est rentré à Angers, il apprit la mort de ses parents, Jacob et Tilly Bergoffen. Ces derniers ont été arrêtés le 20 juillet 1942, puis déportés à Auschwitz par le convoi n°8, parti directement d'Angers. Selon Léo Bergoffen, sa connaissance des langues est l'élément principal qui l'a sauvé.  En comprenant les ordres, il a évité les coups des tortionnaires et la mort. Sa première langue d'usage était l'allemand car ce dernier est né à Berlin le 30 octobre 1922.

 

C) Léo BERGOFFEN et Lazar MOSCOVICI, liés par le passé

Léo Bergoffen a tout au long de son parcours été aidé par son ancien patron. Ces derniers se sont rendus à Mouliherne, lieu où Léo a rencontré Odette Blanchet lors de la conférence du Docteur Lazar Moscovici, frère du mari de Louise Moscovici : Ephraïm Moscovici. Comme on le disait précédemment Lazar a lui aussi été déporté à Auschwitz par le convoi n°8. Cela va donc créer un lien entre les deux hommes: Lazar Moscovici et Léo Bergoffen. Il a épousé par la suite, Odette Bergoffen le 26 février 1946. Cette dernière était une résistante. Elle a été nommée chevalier de la légion d'honneur et "Juste parmi les Nations" après avoir sauvé trois membres de la famille Moscovici: Madame Louise Moscovici, et ses deux enfants Liliane et Jean Claude Moscovici. Odette était la voisine des Moscovici. Elle leur a été d'une aide très importante et vitale. Elle les a caché et les a hébergé chez elle et ses parents.

 


Liliane, Jean-Claude Moscovici et Odette Blanchet durant l'été de 1944.

collection privée Mme Blanchet-Bergoffen

 

Après leur mariage, Léo Bergoffen et Odette Blanchet ont tenu un commerce à Angers.

Léo Bergoffen considère toujours qu'il a eu beaucoup de chance. Cependant il a décidé de provoquer une rupture avec sa religion juive, car en tant que juif, épouser une catholique était considéré comme un crime.

 

Les paroles de Léo Bergoffen:  " Il n'est pas question pour moi de changer de religion, je ne peux renier mes origines, mais je ne crois plus en l'existence d'un Dieu, après avoir vécu toutes ces années.


       Mr et Mme Bergoffen en 1946.

collection privée de M.et Mme Bergoffen

Odette et Léo Bergoffen, sont maintenant des retraités et habitent à  Avrillé. Depuis plusieurs années, ces derniers racontent à travers de nombreux témoignages leur parcours pendant la seconde guerre mondiale. De collèges en lycées, ou bien encore à la synagogue d'Angers, le 23 juillet 2014, Léo et Odette ont fait part de leur histoire de façon pudique, mais également en y ajoutant une légère pointe d'humour.

 

Quelques paroles d'Odette Bergoffen:

«Nous avons mis longtemps avant de témoigner. Peut-être 20 ou 30 ans. Avant cela, nous tenions un commerce et personne n'a jamais su ce qui était arrivé à Léo, nous a dit Odette Bergoffen. En 1992, un ancien déporté est venu nous rendre visite, le docteur Hafner, et nous a dit qu'il allait témoigner au grand séminaire d'Angers, rue Barra. C'est à partir de ce moment là, grâce au docteur Hafner, que nous avons commencé à raconter. Avant, juste après la guerre, nous pensions que les gens ne voudraient pas y croire, c'était tellement impensable..

Lycée Henri Bergson , le 28 avril 2015

Jean Claude Moscovici, Mme Chantal Lazarus,M.Bernard Maingot et Mme Michelle Rousseau

M.Jean-Claude Moscovici, Mme Lazarus, M.Maingot et Mme Rousseau-Raimbaud

Mme Odette Blanchet-Bergoffen

et M.Léo Bergoffen

M.Maingot Bernard (déporté à Mauthausen pour faits de résistance),

M. Léo Bergoffen ( né à Berlin, déporté à Auschwitz en 1942 pour raisons raciales) ,

Mme Odette Blanchet-Bergoffen (résistante et Juste parmi les nations pour avoir sauvé Jean-Claude , Liliane Moscovici  et leur mère),

M.Jean Claude Moscovici (interné à Drancy à 6 ans, sauvé par Mme Odette Blanchet, auteur de "Voyage à Pitchipoï"),

Mme Lazarus ( cachée à Tours puis Paris dans une famille juive et résistante),

Mme Rousseau Raimbaud (fille d'un résistant-déporté à Mauthausen et  mort en déportation).

Sources :

  • Lien vers le panneau biographique sur Léo Bergoffen réalisé en 2011
  • Lien vers le panneau sur la famille Moscovici réalisé en 2011
  • lien vers le panneau sur le témoignage de   Lazar Moscovici réalisé en 2012
  • Henri Borlant, "1942, Convoi n°8 "préface d’Henri Borlant, édition du retour, David Moscovici, 2009, 248 pages, 940.53 LET
  •  Léo Bergoffen et Odette Blanchet-Bergoffen lorsque les fils de l'histoire du 20ème siècle s'entrecroisent de Berlin à Vernoil en passant par Prague, Tours, Angers, Paris, Auschwitch, Morannes et Avrillé, source blogs des années précédentes du lycée Henri Bergson, juin 2014, 26 pages, 940.53 COC
  • Document sur la vie de M.Bergoffen et Mme Blanchet-Bergoffen, source blogs des années précédentes du lycée Henri Bergson, 32 pages, 940.53 COC
  • «Témoins de la nuit» documentaire du conseil général du Maine et Loire réalisé en 2012.

 

Travaux réalisés en Accompagnement Personnalisé par

Barault Chloé, Bertheloteau Louise, Bouamama Aliya, Cadeau Manon, Dupont Messie. 

élèves de 1ère ES . Lycée Henri Bergson 2014-2015.

 

Article suivant sur La libération d'Auschwitz et son rôle dans la connaissance de l'univers concentrationnaire de 1945 à 2015.

Sommaire

 

Pièces jointes
Aucune pièce jointe