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Espace pédagogique d'établissement

"La libération des camps nazis, le retour des déportés angevins" ( 2015)

La libération d'Auschwitz et son rôle dans la connaissance de l'univers concentrationnaire

Publié le vendredi 13 mars 2015 13:59 - Mis à jour le jeudi 7 mai 2015 13:45

La libération d'Auschwitz et son rôle dans la connaissance

de l'univers concentrationnaire de 1945 à 2015.

     « Même un paysage tranquille, même une prairie avec des vols de corbeaux, des moissons et des feux d’herbe, même une route où passent des voitures, des paysans, des couples, même un village pour vacances, avec une foire et un clocher peuvent conduire tout simplement à un camp de concentration. Le Struthof, Orianenbourg,  Auschwitz, Neuengamme, Belsen, Ravensbruck, Dachau...furent des noms comme les autres sur des cartes et des guides… »

 

     Aout 1944, l'Armée rouge est à 200 km d'Auschiwtz, et le 27 Janvier 1945, le grand complexe, où 1,1 millions d'hommes, de femmes et d'enfants trouvèrent la mort, est enfin libéré. La libération d’Auschwitz, puis des camps de l’Ouest, est un choc dont rendent compte la presse écrite et les actualités cinématographiques en diffusant  rapidement les premiers témoignages et les premières images. Toutefois, ces affirmations ne sont réellement valables que pour la libération des camps de l'Ouest. Les informations et autres documentations sur les  camps à l'Est sont plus difficiles d'accès après la guerre; Auschwitz a été libéré le 27 janvier 1945  par l'armée rouge.Il n'y restait que quelques milliers de juifs malades dont Primo Lévi. De plus , la considération pour la vie humaine des soviétiques,  n'était pas similaire à celle des anglo-américains et des autres occidentaux. Les images des soviétiques ne furent diffusées en France qu'en 1961, lors du procès d'Adolf Eichmann en Israël.  Cependant nous pouvons nous poser les questions suivantes : Quel est le rôle d'Auschwitz dans la connaissance de l'univers concentrationnaire ? Et aujourd'hui, quel regard portons-nous sur l'horreur sans nom ? Quels témoignages rendent compte de cette barbarie, et comment ? Puis quelles études ont été menées de 1950 jusqu’à nos jours ?

 

I-La découverte de l’horreur.

     Comme nous l’avons dit précédemment, le complexe fut libéré le 27 janvier 1945 par les Soviétiques. Mais il intéressant de revenir tout d’abord sur une autre journée marquante de cette fin de guerre.

     Le 18 janvier 1945, alors que les Alliés se rapprochent à grands pas, les SS décident à la hâte d'évacuer le camp. C'est alors le début de ce qui sera appelé plus tard la "marche de la mort". 60.000 déportés encore en vie furent contraints à ce départ d'Auschwitz en plusieurs convois vers d'autres camps de concentration plus à l'ouest tel que Buchenwald, à 600  kilomètres. Si la plupart des déportés effectuaient le chemin à pied, d'autres ont fait tout ou une partie du trajet en train dans des wagons ouverts où beaucoup mouraient de froid. Parmi les quelque 300 survivants français encore en vie, certains ont témoigné, racontant ces marches qui ressemblaient à tout sauf à un retour à la liberté après plusieurs semaines ou mois, enfermé derrière les barbelés d'Auschwitz. Ils racontent ainsi le froid de l'hiver polonais, la faim, la soif, les maladies, les nazis qui tuaient en cours de route les plus faibles qui n'arrivaient pas à suivre la cadence... Nous pouvons citer Simone Veil qui a fait partie d'un convoi de 2000 personnes, dont seulement la moitié arriva à destination à Gliwice, non loin du camp de Buchenwald. A l’arrivé des Russes, ils découvrirent dans le complexe, 7650 personnes sur 200000 avant l'évacuation tous tatoués à vie. Ils interceptent aussi des trains de déportés. Les Nazis continuent en effet à donner la priorité à ces trains de la mort, même sur les convois de munitions. Ils roulent vers la centaine de camps de concentration toujours en activité début 1945. Le témoignage du général soviétique Petranko rend bien compte de l’ambiance général des troupes de l’Armée Rouge : « Des détenus émaciés, en vêtements rayés s'approchaient de nous et nous parlaient dans différentes langues. Même si j'avais vu bien des fois des hommes mourir au front, j'ai été frappé par ces prisonniers, transformés par la cruauté jamais vue des nazis, en véritables squelettes vivants. J'avais bien lu des tracts sur le traitement des juifs par les nazis, mais on y disait rien de l'extermination des enfants, des femmes et des vieillards. Ce n'est qu'à Auschwitz que j'ai appris le destin des juifs d'Europe. […]. Deux femmes se sont approchées de moi, m'ont embrassé. Ces gens pouvaient encore sourire, mais il y en avait qui ne pouvaient plus que tenir debout en silence : des squelettes vivants, pas des hommes. […] J'ai aussi vu des enfants… c'était un tableau terrible : ils avaient le ventre gonflé par la faim, les yeux vagues, des jambes très maigres, des bras comme des cordes et tout le reste ne semblait pas humain – comme si c'était cousu. Les gamins se taisaient et ne montraient que les numéros qu'on leur avait tatoué sur le bras. Ces gens n'avaient pas de larmes. J'ai vu comment ils essayaient de s'essuyer les yeux, mais ils restaient secs. »

Enfants à la libération du camp d’Auschwitz.

Pologne, janvier 1945.

National Archives and Records Administration, College Park, Md.

 

II- Les témoignages des déportés, Primo Levi et Henri Borlant.

A )Henri Borlant, un déporté angevin

     Henri Borlant, déporté à 15 ans d'Angers à Auschwitz en 1942,   a perdu son grand frère, sa grande soeur et son père dans les camps, et a vécu 3 années dans les camps nazis dans des conditions désastreuses et atroces.

Il raconte dans ses nombreux interview la vie dans les camps. Atteins de la dysenterie dans un premier temps puis du typhus, il doit travailler dans des conditions mortifères : avec un climat continental  très chaud en été  et très froid en hiver,  il doit courir en portant des poids lourds.Avec les appels qui duraient des heures et la peur des sélections Henri Borlant aurai pu ne pas tenir mais il a tenu dans l'espoir de revoir sa mère un jour . « Très vite, on en prend un au hasard, on le tue devant tout le monde pour nous montrer que notre vie n'a aucune valeur. »

 
Les marches de la mort, le camp d'Ordhruf puis la fuite du camp

     Henri Borlant a été évacué d'Auschwitz avec les marches de la mort puis il réussira à s'évader du camp d'Ordhruf, un camp annexe de Buchenwald , en 1945 lorsqu'il a appris l'avancée des Américains.Profitant de la désorganisation du camp à ce moment là, son ami Polonais et lui ont décidé de s'évader une nuit du 3 ou 4 avril et de se réfugier dans une boucherie de la ville, la veille de l'arrivée des soldats américains. La première chose qu'Henri Borlant dit avoir fait une fois libre c'est d'aller raconter. Raconter aux premiers Américains qu'il croisait ce qu'il avait vécu,quitte à passer pour un fou ; il ne pouvait pas supporter qu'on ne sache pas ce qui s'était passé dans ses camps de concentration et d'extermination.

 

L'après guerre: une réintégration difficile dans un premier temps
     Après-guerre, Henri Borlant tente de reprendre ses études, la réintégration s'avère dans un premier temps difficile ; les difficultés scolaires vont constituer un réel handicap pour le jeune homme. Par persévérance il réussi à s’inscrire dans un établissement et à rattraper en très peu de temps ses 3 années scolaires perdues. Il passe son bac et il parvient à poursuivre dans des études de médecines, il s'installe donc en 1958, 13 ans après sa libération à Paris en tant que médecin.
 
L'après guerre : une famille qui veut oublier ...

     Côté familial , lorsqu'il rentre, il retrouve sa mère et ses autres frères et sœurs mais passe sous silence tout ce qui s'est passé pendant sa vie dans les camps. Sa mère a réussi par miracle à échapper avec ses enfants à la déportation en se faisant cacher ,seulement en France aussi la vie n'a pas été très facile entre la peur de se faire rafler et la faim. Henri Borlant n'était pas opposé au fait de parler et raconter ce qui c'était passé , mais sa famille ne supportait pas d'entendre parler de ça.

 

 

Quelques années  plus tard : une réintégration réussie et un retour en Allemagne

     Henri Borlant a réussi à se réintégrer dans la société ; en effet, il s'est installé dans son propre cabinet depuis maintenant deux ans. C'est le 17 octobre 1960 qu'il se marie avec une allemande, Hella Holst. Il l'a rencontre démunie et malade et l'a soigne gratuitement. Quelque temps plus tard il l'a reçoit comme jeune fille au pair dans son cabinet quelques heures par jour. Il se mariera et aura des enfants avec elle. Ensemble, ils décident de retourner à la boucherie ou Henri Borlant se souvenait avoir été caché lorsqu’il s 'est enfui du camp de concentration. Bien  que cette boucherie soit devenue un magasin de chaussures, il réussit à retrouver cet endroit grâce à la façade en mosaïque qui portait encore le nom du boucher puis il retrouve l'une des fille du boucher pour la remercier , ce qu'il souligne était très important pour lui. Il apprit par celle-ci que l'ami Polonais avec qui il s'est évadé était  devenu très riche, il est même devenu sénateur. Il décide d'aller le rencontrer deux fois mais sans suite, il faut dire que les deux hommes ont pris des chemins biens différents dans la vie.

 

70 ans après guerre : un homme engagé

     En 1992 un professeur d'histoire demande à Henri Borlant de l'accompagner lui et ses élèves à  Auschwitz comme devoir de mémoire. Même si il s'était juré de ne plus y retourner il se laisse  convaincre et c'est ici qu'il commencera à s'engager. Henri Borlant est devenu l'un des dernierss survivants de la Shoah à s'engager dans des causes ayant pour but la mémoire des déportés juifs et la préservations des témoignages poignants des victimes de la guerre. Il veut apprendre aux élèves et au maximum de personnes l'histoire , son histoire dans les camps. Il considère cela comme un devoir de « citoyen » que de raconter jusqu'où l'humain a pu aller dans ces camps de concentration. C’est une certaine façon pour lui de prévenir contre le retour du racisme de la xénophobie et de l'antisémitisme dans le monde. Vous pouvez retrouver dans son livre « Merci d'avoir survécu » qu'il a publié en 2011:

" C'est très impressionnant de se dire que sur six mille enfants, on est le seul à pouvoir parler, je n'ai donc pas le droit de me taire. "

" Quand je vais à Auschwitz, je suis très agacé de voir que c'est devenu un lieu de tourisme qui enrichit les Polonais des environs. Tous ces cars alignés dans les parkings. Je le supporte mal. Je suis allé aux toilettes là-bas. On m'a demandé de payer ! Toute ma colère est ressortie et j'ai envoyé promener le personnel avec les quelques mots pas très polis qui me restaient du polonais. Je n'ai pas payé. "

Henri Borlant devant nos élèves

au Mémorial de la Shoah , le 06 janvier 2015

Voir extrait vidéo

 

B) Primo Levi , auteur de l'une des plus grandes oeuvres littéraires du XX siècle:

     L’œuvre de Primo Levi, "Si c’est un homme", est l’une des plus grandes œuvres littéraires du 20e siècle. En  témoignant sur l'une des plus grandes expériences criminelle de l’histoire.Les occupants du Lager se répartissaient en trois catégories : les prisonniers de Droit commun, les prisonniers politiques, et les juifs.Enfin, ce récit est automatiquement un témoignage historique. Le récit tout au long du livre raconte des faits historiques, tels qu’ils ont eu lieu.Nous pouvons par exemple citer le passage de l’évacuation du camp d’Auschwitz le 18 et 19 janvier 1945, la « marche de la mort », dans laquelle mourut le meilleur ami de l’auteur.Au moment de la libération des camps, Primo Levi attrape la scarlatine .Le 11 janvier 1945 et est hospitalisé au "K.B. Infektionabteilung" avant sa libération le 27 janvier par l'armée soviétique.

 

III- L'époque des deux grands procès d'Auschiwtz et la poursuite des études sur le complexe des années 1950 à nos jours.

 

A/ Premier Procès d'Auschwitz en 1947.

 

     Auschwitz est le lieu emblématique de la Shoah avec plus d'un million de victimes. Mais c'est aussi celui de l'extermination de 23 000 tsiganes, de 15 000 prisonniers de guerre soviétiques et de 25 000 personnes de diverses nationalités. C'est enfin le plus meurtrier des camps pour les victimes polonaises indépendamment du génocide juif : environ 150 000 polonais y ont laissé la vie.

     Plus de 8 000 officiers, gardes, médecins et auxiliaires féminines SS y ont servi entre 1940 et 1945 ; l'effectif courant de la garnison SS passe de 700 hommes en 1941 à plus de 3 000 en août 1944. Les 40 accusés du procès d'Auschwitz de 1947 ne représentent qu'une fraction des poursuites engagés contre le personnel du camp : 673 personnes sont poursuivies au total par les tribunaux polonais entre 1946 et 1953. D'autres sont jugés par les tribunaux alliés, comme Franz Hössler et Joseph Kramer au procès de Bergen-Belsen en 1945. Certains ne sont jugés que beaucoup plus tardivement, dans les années 1960 en RFA notamment lors du procès de Francfort ou en RDA.

     Le cadre légal des procès polonais est fixé par la déclaration de Moscou adoptée en octobre 1943 par les Alliés. Elle décide que les criminels nazis seraient « renvoyés dans les pays où ils perpétrèrent leurs actes abominables afin qu'ils puissent être jugés et punis selon les lois de ces pays libérés et des gouvernements libres qui y seraient formés ».

     Le Tribunal suprême de Pologne est créé en janvier 1946 pour juger les principaux auteurs de crimes  commis en Pologne sous l'occupation allemande. Il mène sept procès entre 1947 et 1948, dont celui d'Auschwitz, sur la base du décret du 31 août 1944 du gouvernement provisoire polonais sur le châtiment des traîtres à la nation et des criminels nazi coupables de meurtres et de tortures sur des civils ou des prisonniers. Ce procès tranche par sa sévérité avec les nombreux autres procès polonais du personnel d'Auschwitz.

 

B/ Second Procès d'Auschwitz 1963-1965.

     Ce procès a duré vingt mois devant cent cinquante journalistes du monde entier. Il y eut 183 jours d’audience et 360 témoins dont 211 survivants d’Auschwitz parmi lesquels trois anciens membres des Sonderkommandos : Milton BUKI, Filip MÜLLER et Dov PAISIKOVIC.

     L’une des particularités essentielles de ce procès, outre sa durée et donc la quantité d’informations qu’il contient, était que des Allemands y jugeaient d'autres Allemands.

    C’est un document extrêmement précieux et un travail considérable, presque inimaginable. En effet, outre les minutes du procès lui-même, il contient quantité d’autres pièces.

     Les accusés prévus étaient vingt-quatre : Richard BAER (commandant du camp de concentration de Dora), Stefan BARETZKI (SS envoyé à Auschwitz), Emil BEDNAREK (représentant du peuple allemand à Auschwitz), Heinrich BISCHOFF (SS envoyé à Auschwitz), Wilhelm BOGER (« Le Tigre d'Auschwitz) , Arthur BREITWIESER (SS envoyé à Auschwitz), Perry BROAD (SS envoyé à Auschwitz), Victor CAPESIUS (SS envoyé à Auschwitz et à Dachau) ect...

 

Conclusion :

     Auschwitz libéré par l'Armée rouge, c'était il y a 70 ans. En cet anniversaire historique, les représentants de 38 pays se rendirent dans l'ancien camp  pour commémorer cette date et rendre hommage aux victimes des nazis. Une série de commémorations furent également prévues en France.

     Symbole de l'horreur nazie, plus d'un millions de personnes y ont trouvé la mort dans des atrocités extrêmes. En 1945, il ne restait que sept mille détenus dans le camp, les autres avaient tous été exterminés ou évacués. Aujourd'hui, beaucoup de choses sont restées intactes dans le camp libéré par l'Armée Rouge : des ruines de chambres à gaz, des fours crématoires, etc.

     "Auschwitz ne constitue pas un cas d'exception, tel un corps étranger qui se trouverait à l'extérieur de l'Histoire normale du monde occidental, mais bien l'illustration de l'ultime vérité sur la dégradation de l'Homme dans la vie moderne".

(écrit Imre Kertész, écrivain hongrois rescapé.)

 

Que ceci ne soit jamais oublié.

Camp d'Auschwitz, février 2015

Sources : " Si c'est un homme " de Primo Lévi;" Merci d'avoir survécu" d'Henri Borlant.

Travail réalisé en Accompagnement Personnalisé par des élèves de 1ère ES.

 GHEBRAOUI Sarah, DOUZEAU Jean-Charles, GUERIF Kévin, ATTA Melissa, DUPONT Victor et DELAUNAY Victoria

Lycée Henri Bergson 2014-2015.

 

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