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Espace pédagogique d'établissement

"La libération des camps nazis, le retour des déportés angevins" ( 2015)

Le camp d'internement de Drancy, à travers l'histoire de Jean-Claude Moscovici

Publié le mardi 10 mars 2015 13:54 - Mis à jour le lundi 4 mai 2015 16:24

     Le camp d'internement de Drancy,

à travers l'histoire de Jean-Claude Moscovici

 

Le camp d'internement de Drancy,  se trouve en Seine-Saint-Denis, dans la cité de la Muette conçue en 1932, à 4 km de Paris. Moderne pour l’époque, la cité comprend cinq tours de quatorze étages, démolies en 1976, associées à des bâtiments bas, et à une construction de quatre étages en U, restée inachevée. Elle a été réquisitionnée par l’armée allemande le 14 juin 1940. Puis en été 1940, elle a été transformée en camp d’internement pour les prisonniers de guerre et des civils étrangers, de rassemblement et de déportation des Juifs vers les camps d’extermination, pendant quatre ans, de 1941 à 1944. A partir de cette date, l'habitation est appelée "le camp de Drancy". On peut alors se demander en quoi Drancy est-il l'antichambre de la mort ? Pour répondre à cette problématique nous nous appuierons, en particulier, sur le témoignage de Jean-Claude Moscovici, originaire de Vernoil près de Saumur.


                                                           Le camp de Drancy en forme de "U".
 

Le camp connaît trois périodes :
* 1941-1942, le camp est sous l’autorité d'un allemand, chef de l’administration anti-juive de France, Theodor Dannecker,mais  le commandement local et la vie quotidienne sont  organisés par des gendarmes français.
* 1942-1943, sous l’autorité de Heinz Röthke, après la « rafle du Vél’ d’Hiv ’ », des femmes et des enfants sont aussi internés. Des « MS » (membres du service de surveillance intérieure), issus des services du gouvernement de Vichy, sont créées pour contrôler les détenus.
* 1943-1944, sous l’autorité d’Alois Brunner, le camp est alors directement administré par les nazis. Les gendarmes sont relevés de leurs fonctions, ils assurent la garde extérieure du camp.

 

20 aout 1941-1942 : Un camp désorganisé et dirigé directement par les français.

      En août 1941, rien n’était prêt à Drancy pour recevoir les premiers internés sinon un règlement préparé par le chef de l’administration anti-juive de France, Dannecker, et signé du Préfet de Police et du Général de Gendarmerie de Paris.
    Entre le 20 et 25 août 1941, les premiers internés juifs sont amenés au camp de Drancy, ce sont essentiellement des hommes : la première rafle a concerné 4 230 hommes dont 1 500 Français.
      Les Juifs sont internés dans le long bâtiment en «U», le « fer à cheval », qui a été entouré d’une double rangée de barbelés c'était un gigantesque « bâtiment gris [neuf], inachevé, en forme de fer à cheval à angle droit, avec beaucoup d'entrées d'escaliers et de hautes fenêtres qui ressemblaient, les unes sous les autres, à des cheminées sombres montant tout au long des quatre étages. Au milieu, il y avait un terrain noir avec de la poussière et des flaques d'eau quand il pleuvait. Tout autour, deux rangées de fil de fer barbelé formaient des barrières infranchissables entre lesquelles passaient des sentinelles » nous comte Jean-Claude Moscovici, interné à Drancy,et qui habitait la petite commune de Vernoil-le-Fourrier (Maine et Loire), dans son livre : Voyage à Pitchipoï (pages 77-78). Un bâtiment en brique rouge, appelé le « château rouge », sert de toilettes. Jean-Claude Moscovici, interné à Drancy, en 1942, à l’âge de 6 ans avec sa sœur de 2 ans, témoigne dans son livre Voyage à Pitchipoï  que « Le jour, pour se soulager, on pouvait aller dans un long pavillon en brique qu’on appelait  "le Château rouge". Il y avait une planche sur toute la longueur avec plein de trous dedans, sur lesquels on s’asseyait, et tout le monde se voyait » (pages 83-84). Au bout de quelques semaines, les fenêtres des chambrées sont peintes en bleu pour éviter toute communication avec l’extérieur surtout avec les familles. Pour se laver, un seul robinet sur un évier en forme d’auge ouvrait plusieurs orifices d’où l’eau sortait en petits jets, et éclaboussait le sol en permanence mouillé.
Les premiers morts sont enregistrés fin octobre 1941. Jean Claude Moscovici écrit  dans son livre : « De temps en temps, dans la grande cours, on assistait au suicide de personne qui se jetaient du quatrième étage sur l’avancée en béton surplombant le rez-de-chaussée » (pages 83-84-86). « C’était misérable » rajoute-t-il dans le documentaire  Drancy 1941-1944 un camp aux portes de Paris. En effet, les déportés étaient dans des états de panique, certains se suicidaient en se jetant par les fenêtres, par désespoir, ensuite ils étaient cachés pour ne pas que les nouveaux déportés se rendent compte de la misère.
      Tous les détenus vivent alors dans la peur des représailles allemandes qui, à partir de décembre 1941, font des exécutions d’otages et des annonces de déportations « vers l’Est ».

 

 
Le "château-rouge".


                                                           Livre de Jean-Claude Moscovici.                                                                      

                                                                     Les internés au travail.

       Le camp était d'abord là pour exclure les juifs de la société, il n'y avait pas de déportation immédiate, mais les déportations massives vont commencer à partir de juin 1942.     

 

Juin 1942-1943 : Drancy devient le camp de rassemblement et de départ pour Auschwitz : c'est une « plaque tournante »

      A partir du juin 1942, les Juifs de plus de 6 ans ont l'obligation de porter l'étoile juive sur eux. C'est alors à ce moment-là, qu' une grande partie de la population française a pris pleinement  conscience de la persécution organisée par le régime de Vichy et les allemands.
      Très vite les détenus, dans le camp, manquent de tout, n’ayant pu emmener de bagages. L’alimentation est très réduite : 250 grammes de pain, trois soupes peu consistantes, bues dans de la vaisselle que les internés doivent partager ; de plus les colis alimentaires sont interdits. Jean Claude Moscovici raconte : « On mangeait surtout de la soupe aux choux avec du pain, qui était apportée dans de grandes bassines, et que nous essayions de boire dans de vieilles boîtes de conserves récupérées » (page 82). Une partie de l’organisation interne du camp est confiée aux détenus : la corvée la plus adorée des détenus était d'éplucher les légumes pour pouvoir les voler et en manger en toute discrétion. Aussi, très vite, la famine est là, la dysenterie, les poux se propagent et l’hygiène devient absurde, ce qui donnait lui a des maladies, des épidémies (jaunisse, rougeole…). Jean Claude Moscovici, dans son livre, dit « On avait toujours faim et fréquemment mal au ventre. Il y avait sur le palier un seau hygiénique qui souvent débordait et répandait une odeur nauséabonde, mais les petits enfants n’avaient pas le temps d’y aller. » Il y avait une mauvaise odeur, puisque personne ne se lavait et de plus la "pissotière" étaient parfois trop fréquenté, ainsi, les déportés ne pouvaient se retenir. Leur condition de vie était alors malheureuse, misérable et désastreuse.
      Couchés sur des planches, ou à même le ciment, sans paillasses ni couvertures, les Juifs sont internés à 50 voire à 60 par pièce où ils doivent rester, sans rien faire, et ne peuvent sortir qu’une heure par jour, Jean-Claude Moscovici raconte qu’ils occupaient « à un étage un des grands locaux informes, réservé aux femmes et aux enfants, et qui devait correspondre à une construction non encore cloisonnée. Nous étions très nombreux. Le sol en ciment était bosselé. Des fenêtres sales on voyait de très hautes tours qui nous dominaient, où habitaient les gardes mobiles. Ça sentait mauvais. On était les uns sur les autres » (page 81).

                                                                La cour du camp d'internement.

      Ensuite, le camp de Drancy peut être qualifié comme un lieu d'angoisse, en effet les témoignages recueillies d'internés comme Charles Palant, Michel Muller, Jean Claude Moscovici, Jean Angel, Marceline Loridan-Ivens, Victor Parahia, Alain Benveniste ou encore l'infirmière à Drancy, Françoise Mothon, dans Drancy 1941-1944 un camp aux portes de Paris, nous livre que Drancy était un lieu "absurde", où les conditions d'internement et d'hygiène étaient horribles ; l'un des témoins confie qu'il n'a pas pu se laver avant 77 jours, donc pas avant qu'il soit libéré du camp. Aussi, la séparation  de familles provoquait une atmosphère de grande tristesse .
      Puis, le 17 juillet 1942, on fait partir pour Auschwitz, les deux premiers convois du nouveau programme de déportation systématique de l’ensemble des Juifs d’Europe de l’Ouest. A l’arrivée du second, et pour la première fois, 375 Juifs de France sont gazés après une sélection. Plus de 37000 Juifs partent ainsi de France de mi-juillet à début novembre 1942.

                                                         Cité de la Muette, Drancy, aujourd'hui

      C’est la «rafle du Vel’ d’Hiv’», le 16 et 17 juillet 1942, en région parisienne, qui fournit l’essentiel des premiers groupes à déporter. Les enfants, sont séparés de leurs mères et beaucoup arrivent à Drancy durant la deuxième quinzaine d’août, Jean Claude et Liliane Moscovici sont arrêtés eux, le 9 octobre 1942. Aussi, dans son témoignage, Léon Zyguel évoque avoir été déporté à Drancy en août 1942, il n’avait que 15 ans, où il retrouve son père interné depuis 1941, suite à la rafle. « Il m'a fait monter sur la région parisienne au camp de Drancy, puisque c'était le camp qui regroupait tous les Juifs qui devenaient des déportés, et qui étaient déportés directement en partant de Drancy dans les camps de la mort, les camps d'extermination ».
      Le camp est alors surpeuplé, les installations sont insuffisantes et les nouveaux arrivants manquent de tout. Au plus fort des rafles, le camp compte environ 7 000 détenus alors que sa capacité théorique est de 5 000 places. Le comble de la détresse est atteint dans la deuxième quinzaine d’août 1942. Une atmosphère de terreur permanente règne à Drancy, les larmes, les crises de nerfs sont fréquentes et l’on assiste à plusieurs suicides par défenestration. Toutefois, les conditions de vie s’améliorent.

      

        Malgré un camp populeux, les nazis ont mieux organisé  la vie quotidienne du camp.

 

Janvier 1943-1944 : un camp qui se vide petit à petit.

    

        En janvier 1943, Jean Claude Moscovici et sa petite sœur, sortirent du camp, par l’aide de leur oncle maternel, retrouvé dans le camp, qui leur donna un papier avec écrit l'adresse de leur tante. Leur oncle prit comme prétexte que Liliane et Jean-Claude étaient  malades. Mais aussi grâce à la « Société d'aide Juive » qui leur ont permis de s'enfuir. Ensuite Odette Blanchet les récupéra à Paris et les hébergea chez ses parents, puis ils retrouvèrent leur mère, Louise. De là, Monsieur Moscovici affirme : « Très vite, sans que cela me fût dit, je compris que mon père ne reviendrait jamais, ni mes autres oncles, ni mes grands-parents. Plus tard seulement, je sus qu'il (mon oncle Lazar) revenait de ce lieu que nous appelions Pitchipoï, et dont le véritable nom était Auschwitz-Birkenau.»


Photo collection privée d'Odette Blanchet avec Liliane et Jean-Claude Moscovici

      Gabriel Benichou, interné lui aussi à Drancy, en mai 1943, témoigne dans le documentaire Drancy 1941-1944 un camp aux portes de Paris, de Philippe Saada, « On est entassés, on dort par terre ».
       A l'intérieur du camp, deux parties se faisaient ressentir et étaient antagonisme, d'un côté se trouvait l'espace "Champs Elysées" où se trouvait les Juifs français aisés, et de l'autre  "Belleville" qui représentait les Juifs émigrés.


        Le camp de Drancy est placé à un endroit stratégique puisqu'il est campé près de deux gares (gare du Bourget-Drancy et gare de Bobigny), afin que le départ pour la Pologne soit plus simple et moins visible. En effet, la Cité de la Muette est le dernier lieu avant le départ en Pologne. Les déportés voyageaient alors pour une destination inconnue qu’ils appelaient « Pitchipoï ». « C'était un lieu mystérieux où certains étaient déjà partis, mais personne ne semblait en avoir des nouvelles. C'était à la fois la promesse de la liberté et l'angoisse de l'inconnu », raconte Jean Claude Moscovici (pages 84-85). Dans le documentaire visionné, certains disent « on sait qu'on ne part pas dans des lieux agréable », mais « on ne veut pas croire que l'on part pour la mort ». Effectivement, le camp de Drancy était un camp de "transit": les déportés juifs y étaient rassemblés, en attendant d’être envoyés vers des camps d’extermination. Les anciens internés disent que les portes de Drancy c'est comme les « portes de l'enfer », c'était le bout de la route : la fin.
       Des personnes passaient juste à côté du camp, comme s’il n’existait pas. Pendant ce temps dans les journaux, ils publiaient que Drancy était un camp modèle et très bien organisé. Ainsi, il y avait une certaine ignorance, indifférence des Français : Paris ignorait tout !
      Le dernier convoi important de la « solution finale » à destination d’Auschwitz est, à Drancy, le 31 juillet 1944 avec près de 1 300 Juifs, dont 330 enfants. Le 17 août, Brunner quitte la France à destination de l’Allemagne en emmenant en otage avec lui les 51 derniers déportés de Drancy, dont 39 personnes réussiront à s’échapper avant l’entrée en Allemagne. Le lendemain, le camp est libéré : il n’y reste qu’environs 1 400 internés. Jusqu’au bout de l’occupation donc, c’est Drancy qui sert de camp de transit pour les Juifs déportés et exterminés dans ce que les nazis ont appelé la « solution finale de la question juive». Une exception parmi les convois partis de province, le  fameux convoi n°8 parti directement d'Angers pour aller à Auschwitz en juillet 1942. Au total, environ 80 000 personnes ont été internées à Drancy. Plus des trois quarts des Juifs de France sont encore en vie à la fin de l’occupation, mais plus de 74 000 ont été déportés depuis la France occupée, dont 67 000 de Drancy. 58,8 % ont été gazés à l’arrivée et seulement 3,5 % sont revenus des camps.

 Le convoi N°8 partant d'Angers à destination d'Auschwitz

(Photo prise au camp de concentration d'Auschwitz I)

 

Un lieu de Mémoire :

      Des commémorations ont lieu dès l’après-guerre, à la cité de la Muette, à l’emplacement de l’ancien camp. Une première plaque commémorative est posée en 1947. C’est à Paris que se déroulent depuis 1945 les principales cérémonies commémorant le souvenir de la déportation des Juifs de France. En 1963 le maire de Drancy, fait adopter le projet de construction d’un « monument à la mémoire des victimes du nazisme mortes en déportation après leur internement au camp de Drancy », le sculpteur est Shlomo Selinger.
       En 1988, le Comité de soutien, devenu le Comité national du Mémorial du camp de Drancy, installe un wagon témoin. Protégé depuis 1990 au titre des Monuments historiques. Aussi, le tunnel d’évasion des déportés est classé Monument historique le 6 mai 2002. Le  Mémorial de la Shoah dans le centre de Paris est ouvert depuis le 27 janvier 2005 ; les fonds documentaires et les compétences sont au service de la transmission et de l’histoire sur la Shoah.
Dans la continuité de cette mission, le Mémorial de la Shoah à ouvert à Drancy un nouveau lieu d’histoire et d’éducation situé face à la Cité de la Muette. Réalisé à l’initiative et grâce au soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, ce centre a pour vocation de présenter l’histoire du camp de Drancy.

 Mémorial de la Shoah

      Nous pouvons alors conclure, que Drancy est l’antichambre de la mort, de par l’atmosphère horrible, le lieu insalubre, l’hygiène immonde, la famine, un traitement barbare venant des autorités allemandes et l'ignorance de leur destination finale. Le camp de Drancy fut libéré le 18 août 1944, plus de 67 000 Juifs auront été déporté de Drancy, entre mai 1941 et août 1944, seulement 2 500 sont revenus en 1945. Ce sont près de 65 000 personnes envoyées vers les camps d'extermination, principalement vers le camp d'Auschwitz-Birkenau, en seulement 3 ans.

Aujourd'hui à quelques dizaines de kilomètres de Drancy, ont eu lieu des attentats contre un journal satirique et un magasin juif. La lutte contre le racisme, l'antisémitisme et l'intolérance restent toujours d'actualité, étant donné les récents événements de janvier, à Paris,  et ceux de février 2015 à Copenhague.

Jean Claude Moscovici, Mme Chantal Lazarus,M.Bernard Maingot et Mme Michelle Rousseau

Jean Claude Moscovici,Chantal Lazarus,Bernard Maingot et Michelle Rousseau-Raimbaud Odette Blanchet-Bergoffen et Léo Bergoffen

M.Maingot Bernard (déporté à Mauthausen pour faits de résistance),

M. Léo Bergoffen ( né à Berlin, déporté à Auschwitz en 1942 pour raisons raciales) ,

Mme Odette Blanchet-Bergoffen (résistante et Juste parmi les nations pour avoir sauvé Jean-Claude , Liliane Moscovici  et leur mère),

M.Jean Claude Moscovici (interné à Drancy à 6 ans, sauvé par Mme Odette Blanchet, auteur de "Voyage à Pitchipoï"),

Mme Lazarus ( cachée à Tours puis Paris dans une famille juive et résistante),

Mme Rousseau Raimbaud (fille d'un résistant-déporté à Mauthausen et  mort en déportation).


Sources:
Travaux 2011 et 2013
Voyage a Pitchipoï de Jean Claude Moscovici
Drancy 1941-1944, un camp aux portes de Paris de Philipe Saada
http://www.cercleshoah.org/
http://archives.seine-saint-denis.fr/
http://www.enseigner-histoire-shoah.org/
http://www.memorialdelashoah.org/index.php/fr/memorial-de-drancy/le-memorial-de-la-shoah-a-drancy

Travail réalisé en Accompagnement Personnalisé par Lamour Lise,Boisseau Lorène et Bréchu Germain.
1ère ES . lycée Henri Bergson 2014/2015

 

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