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"La libération des camps nazis, le retour des déportés angevins" ( 2015)

Le rôle de la presse dans la découverte des camps nazis de 1933 à 1939 puis de 1939 à 1945

Par Maxime THAREAUT, publié le jeudi 19 mars 2015 17:28 - Mis à jour le mercredi 25 mars 2015 09:50

Le rôle de la presse dans  la découverte des  camps nazis 1933-1945

Dans ce dossier nous allons traiter du rôle de la presse dans la connaissance des camps en général et en particulier du camp de concentration de Dachau. Le camp de Dachau est un camp de concentration mis en place par le régime nazi le 21 mars 1933 sur le site d'une ancienne fabrique de munitions à 17 km du nord-ouest de Munich dans la région de Bavière. Il fut tout d'abord le lieu d'internement des opposants politiques, mais il accueillit par la suite des Juifs de Bavière, des prisonniers de guerre soviétiques et des femmes ainsi que des homosexuels et Tziganes. 31951 détenus périrent dans ce camp qui ne ferme qu'en avril 1945

Un camp de concentration est un un lieu fermé de grande taille créé pour regrouper et pour détenir une population considérée comme ennemi, généralement dans de très mauvaises conditions.

Dans un premier temps nous verrons le rôle de la presse avant la guerre puis dans une seconde partie comment la population était globalement dans l’ignorance malgré la presse clandestine. Puis la découverte de l'horreur par la presse occidentale à la libération.

 

I-1933-1939. Le presse allemande montre le camp de Dachau comme un bagne pour les opposants.

Les premiers camps de concentration en Allemagne furent créés peu après la nomination de Hitler au poste de chancelier en janvier 1933. Dans les semaines après l'arrivée au pouvoir des Nazis, la SA (Sturmabteilung ou Sections d'assaut), la SS (Schutzstaffel, escadron de protection, garde d'élite du Parti nazi), la police et les autorités civiles locales mirent en place de nombreux camps de détention pour incarcérer les opposants politiques, réels ou supposés, à la politique nazie.

Les baraques et l'usine de munitions dans l'une des premières photos du camp de concentration de Dachau (Allemagne) mars ou avril 1933.

Son ouverture est annoncée par Heinrich Himmler le 21 mars 1933 et des prisonniers y sont amenés dès le lendemain, et jusqu’en 1945 à l’arrivée des Américains.

Dans toute l'Allemagne, les autorités allemandes établirent des camps, sans base légale, afin de gérer les très nombreuses arrestations d'opposants politiques. Des grands camps furent créés à Orianenburg au nord de Berlin, à Esterwegen près de Hambourg, à Dachau au nord-est de Munich et à Lichtenburg en Saxe. Mais aussi à Berlin, le camp de concentration de Columbia.

Janvier 1935, la SS devint le seul organisme autorisé à créer et à gérer les centres qui prirent officiellement le nom de camp de concentration. En 1937, il ne restait que quatre camps de concentration : Dachau à côté de Munich, Sachsenhausen près de Berlin, Buchenwald près de Weimar ainsi que le camp de femmes de Lichtenburg près de Merseburg en Saxe.

Dès les années 1930, des informations sont diffusées à propos des premiers camps de concentration ouverts par le régime nazi.

En France, en mai 1933, le magazine Vu publie un reportage photographique sur le camp de Dachau.

Les images sont diffusées pour faire de la propagande et non pour dénoncer. Ils montrent les camps comme des bagnes avec une discipline intransigeante ; cependant, dans certains journaux antinazis, la vérité est dénoncée : la violence arbitraire, le mépris ; comme le témoigne Gerhart Seger dans son livre La sinistre geôle de l'enfer hitlérien.

Malgré cela, les journaux n' en parlaient  pas durant la guerre. Les gens pensaient que les déportés juifs, tziganes et politiques partaient travailler dans d'autres pays comme par exemple pour faire les moissons en Ukraine. Tout était censuré et les habitants de la Pologne ou de l'Allemagne n'étaient pas informés par la presse de l'extermination ou des conditions très difficiles dans ces camps

 

 

II-1939-1944. Une population dans l'ignorance malgré une presse clandestine qui dénonce le système nazi:

Une réalité floutée. Pendant la guerre, le système concentrationnaire a été caché par les nazis, même les Allemands ne savaient pas tous ce qu'il se passait exactement dans les camps. Le système nazi utilisait donc la censure et la propagande afin de cacher au mieux le système concentrationnaire. Ils pouvaient utiliser à la fois le cinéma et les affiches pour endoctriner la population allemande. Face aux camps de concentration mis sous silence, la population pouvait éventuellement envisager ou faire quelques hypothèses sur ce qu'il se passait à l'intérieur. Mais personne ne pouvait réellement imaginer l’horreur et les conditions de vies des déportés. Le philosophe Raymond Aron explique dans son mémoire très bien ce phénomène : « Les chambres à gaz, l 'assassinat industriel d'êtres humains, non, je l'avoue, je ne les avais pas imaginés et, parce que je ne pouvais pas les imaginer, je ne les ai pas su »

Cependant,  des journaux clandestins voient le jour en France afin de montrer l'horreur des camps nazis. C'est le cas notamment du journal clandestin « Défense de la France » daté du 30 septembre 1943. Il publie des photos que nous pouvons voir ci dessous de prisonniers, d'enfants et de personnes innocentes meurtries par la barbarie allemande. Ces photos auraient  réellement été prises par un prisonnier un an avant leur publication.

 

III-La découverte de l'horreur dans la presse occidentale en 1945

 

L'évacuation des camps par les nazis du fait de l'avance des armées alliées s'étala sur une période d'environ un an. Dès juillet 1944, les troupes soviétiques vont découvrir et libérer les premiers camps, mais sans prendre conscience de l'ampleur du phénomène. Le premier camp libéré fut Majdanek  situé à l'est de la ville de Lublin.  La majorité des camps vont être libérés par les troupes alliées au fur et à mesure de leur progression. Quant au camp de Buchenwald c'est assez particulier car en effet une partie des déportés vont en prendre le contrôle le 11 avril 1945 quelques heures avant qu'ils ne soient libérés par les Américains.

Les médias d'après la guerre étaient les radios, les journaux, télévision...

A la fin de la guerre, les troupes américaines découvrent avec horreur et effroi les camps de concentration et d'extermination.

Camp d'Ohrdruf, un des sous camps de Buchenwald, le 5 avril 1945.

Les troupes américaines pénètrent dans le camp de concentration de Buchenwald, situé en Allemagne, le 11 avril 1945, c'est à dire quelques jours avant l'évacuation des Allemands dans le camp. Ils vont alors y trouver 20 000 prisonniers. Mais le premier choc survient lorsque les Américains découvrent le camp d'Ohrdruf, un des sous camps de Buchenwald le 5 avril 1945. Eisenhower, accompagné par Patton et Bradley, s'y rend en personne le 12 avril, une semaine après la découverte du camp. Là-bas, il a pu examiner les instruments de torture, un billot de boucher qui servait à écraser les dents en or arrachées des bouches des morts, une salle où les cadavres s'empilaient jusqu'au plafond et les restes de centaines de corps que l'on avait brûlés au fond d'une fosse immense.

Ensuite les armées américaines vont libérer les camps de Dachau le 29 avril, de Mauthausen le 5 mai, et de Flössenburg le 7 mai 1945. Les armées américaines vont libérer les camps de Dachau le 29 avril, de Mauthausen le 5 mai, et de Flössenburg le 7 mai 1945.

Les Alliés découvrent en entrant dans les camps des cadavres empilés les uns sur les autres en plein air, et quelques survivants, mais ces derniers sont presque morts, des corps squelettiques, on ne dirait pas des Hommes. Parmi ces survivants restent certains rescapés des expériences médicales qui sont menées par les médecins nazis, ces rescapés ont été  torturés (brûlures au phosphore, injection du typhus, vivisections). Le camp de Dachau, à l'inverse accueille lors des derniers mois de la guerre des convois des autres camps du Reich. Le camp qui était alors conçu pour 5 000 prisonniers, en compte donc 30 000 lors de l'arrivée de l'Armée américaine.

Les généraux alliés, qui avaient pourtant combattu dans des batailles acharnées vont être profondément bouleversés par la découverte des camps. Eisenhower affirme à cet égard qu'il n'a "jamais de [sa] vie éprouvé un choc aussi profond".

Les reporters de guerre vont être alors chargés de recueillir le maximum de preuves et vont devoir filmer l'installation des camps, les rescapés et les charniers. C'est ainsi que si l'existence des camps de concentration et d'extermination était connue par les Alliés pendant la guerre, ce n'est qu'avec leur découverte au cours du premier semestre 1945 que ceux-ci réalisent l'ampleur des crimes qui ont été commis par les nazis. C'est pour cela que les médias après la guerre vont jouer un rôle très important.

Dès que les camps furent libérés la presse s'empara du sujet, cela va permettre de montrer le massacre qui a pu s'y passé, en effet même si le peuple savait qu'il y avait des camps il ne savait pas vraiment ce qu'il s'y passait.

Voici une photo d'un déporté Mourrany du camp de Buchenwald en avril 1945, cette photo devient rapidement un symbole de la déportation.

L'Humanité, 17-18 septembre 1944, reçoit les premières nouvelles des camps en provenance du front russe et les diffuse.
Le camp "près de Lublin" dont il est question est Maidanek, libéré en juillet 1944 par l'Armée Rouge. 

Mais il n'y a pas que l'Armée américaine qui a pu faire la découverte des camps, il y a également la population  qui ne pouvait alors qu'imaginer ce qui se passait dans ces camps. Mais avec l'ouverture des camps les journalistes vont faire des camps leur sujet principal. Cependant ce n'est que des images ou quelques textes, mais après plusieurs années, après que les déportés ont pu refaire leurs vies, ces derniers vont commencer à témoigner.

Après la guerre il y aura aussi des films, des livres mais également des documentaires et des interviews.

Lors de la libération des camps les cameramens des services cinématographiques des armées se sont mis à tourner spontanément. Les images  ont commencé à être vues petit à petit  vers 1946, 1947 en France, en Angleterre, dans des salles de cinéma. Mais seules  les images les moins dures de la réalité des camps étaient montrées. Si bien que beaucoup de ses images n'ont pas été connues du grand public jusqu'au film "Nuit et Brouillard" en 1955.

Côté anglais, il existe un film sur les camps de concentration, réalisé par Sydney Berstein en majeure partie lors de la libération du camp de Bergen-Belsen ; longtemps interdit, il est diffusé en 1985 sous le titre de Memory of The Camps (La mémoire meurtrie dans sa version française)

Pour les livres : de nombreux livres furent écrits par des déportés  tels que par exemple « Merci d'avoir survécu » de Henri BORLANT ou encore «STUCK 72889 COBAYE HUMAIN A DACHAU » de Clément Quentin qui nous raconte l'histoire d'un résistant, déporté à Dachau. Au camp de concentration de Dachau, il a connu souffrances et humiliations. Il y devient cobaye humain.  Clément Quentin est libéré le 29 avril 1945 par les Américains. C'est donc grâce à son livre qu'on peut ainsi alors s'imaginer l'horreur que certains déportés pouvaient vivre. En effet, Clément Quentin va être transféré dans le pire commando de Dachau et va travailler 14h par jour ce qui va vite expliquer qu'il va attraper la diphtérie (maladie contagieuse infectieuse). Donc par la suite il deviendra cobaye pour guérir la diphtérie, il va donc subir pendant plusieurs jours des piqûres de strychnine.  Quelques jours plus tard les officiers SS vont tester sur lui une machine qui envoie des décharges électriques pour donner des réflexes dans les jambes. Les expériences vont cesser le 15 décembre. Début janvier, il sera transféré dans le bloc des invalides pour être destiné à mourir. Mais il survivra à tout cet enfer. Après la libération du camp par les Américains, Clément Quentin est rapatrié. Au début il refuse de raconter à sa famille tout ce qui s'est passé là-bas. Son médecin va alors l'envoyer dans une maison de repos en Dordogne. En 1946 il va rencontrer sa femme qui va beaucoup l'aider à vivre avec ses souvenirs. Il va alors reprendre une vie normale petit à petit. Et en 2004 il va publier son livre autobiographique « Stück 72889 cobaye humain à Dachau »

 

Le camp de Dachau dans la presse occidentale 

 

 

Les soldats Américains vont libérer le camp de Dachau le 29 avril 1945. Les premières photographies de ce camp arrivent en France. Les Français vont alors découvrir les horreurs qui se sont passés dans ces camps.

 

Dachau
Une pile de corps dans le camp de Dachau nouvellement libéré.
(fin avril-début mai 1945) 

Dachau photo prise lors de la libération du camp.

Malgré des images d'horreurs et de morts, il y aura quelques images des quelques survivants et des images de la libération des camps

Dachau, Des déportés, parmi lesquels des enfants hongrois, saluent les Américains

 

IV) La reconstruction de la presse à  la Libération.

Le paysage médiatique français est profondément bouleversé à la Libération. Tous les médias, à l’exception de ceux qui avaient été interdits par les derniers gouvernements de la IIIe République ou par les forces d’occupation, sont considérés comme coupables de soumission aux ordres de Vichy et des Allemands, de collaboration avec l’ennemi, mais également d’avoir accepté trop facilement les règles du marché. Les directives qui ont été élaborées par le Comité général d’études de la Résistance sont reprises en un « cahier bleu » et transcrites dans la loi par les ordonnances du gouvernement provisoire de la République française. Elles instaurent la nationalisation du secteur radiophonique, qui devient alors la Radiodiffusion française (RDF), et de l’agence de presse Havas, qui devient donc l’Agence France-Presse (AFP). 

Pour ce qui est de la presse écrite: à l’époque le principal moyen d’information, c’est l’ensemble des titres politiques qui sont visés. Tous les journaux ayant continué de paraître quinze jours après le début de l’Occupation, soit le 25 juin 1940 pour la zone nord et le 26 novembre 1942 pour la zone sud seront interdits. Les entreprises qui les éditent sont placées sous séquestre en attente d’un jugement ou d’un non-lieu. Cette mesure concerne principalement les quotidiens mais elle affecte également des hebdomadaires et des mensuels. Le but, clairement annoncé dans le «cahier bleu», est «de faire table rase en matière de presse» et «d’obtenir des garanties efficaces contre la corruption des journaux et l’influence du capitalisme dans la presse». 

Retour par avion de déportés épuisés, printemps 1945

 

 

Nous pouvons conclure que ces faits se sont déroulés  sur 10 ans ce qui a perturbé la population car la presse désignait ces camps comme une sorte de bagne comme en 1933, et non comme dans des camps exploitant avec une extrème brutalité une main d'oeuvre toujours renouvelée par les nouvelles déportations ou, pour six camps, un centre de mise à mort. Avec l'occupation allemande la censure était omniprésente et et les journaux n'ont pas changé les images des camps : une image de propagande afin d'éviter tout soulèvement. Mais la réalité était tout autres chose. Car au fur et à mesure   les camps pour déportés pour faits de résistance ont évolué de camp de concentration aux camps de travail au service de l'effort de guerre allemand et ensuite en 1945 en camp pour tous les rescapés de l'Univers Concentrationnaire, juifs ou résistants ou tsiganes.

Mais certains savaient telle  que la presse anglo-saxonne car le 25 juin1942, le Daily Telegraph de Londres publie une série d'articles incendiaires. Le premier révèle : «Plus de 700.000 Juifs polonais ont été exterminés par les Allemands dans le plus grand massacre de tous les temps » et pourtant ils n'y a pas de réaction massive face à ce massacre. Mais aussi Anne Franck (13 ans), juive d'origine allemande, est cachée dans un appartement secret à Amsterdam, avec sa famille. Elle écrit dans son célèbre Journal à la date du vendredi 9 octobre 1942 : «Nous n'ignorons pas que ces pauvres gens seront massacrés. La radio anglaise parle de chambre à gaz. Peut-être est-ce encore le meilleur moyen de mourir rapidement. J'en suis malade... » Le vendredi 31 mars 1944, elle écrit encore : «La Hongrie est occupée par les Allemands ; il y a encore un million de juifs qui, sans doute, vont y passer, eux aussi. ».

En France de 1940 à 1944,  il y avait une presse clandestine mais seulement une petite partie de la population pouvait y accéder. La majorité de la population elle était ignorante. A la fin de la guerre avec l'avancée des troupes Alliés, la découverte des camps fut un choc. La presse eut alors un accès total afin de prendre des photographie de ces lieux de massacre et de désolation. La censure avait quasi disparue mais  afin d'éviter de trop choquer la population certaines images ont du attendre plusieurs années avant d'être publiées. Le premier film « Nuit et Brouillard » sans censure est sorti en 1955 par Alain Resnais. Ce qui fait tout de même 10 ans après.

Travail réalisé en Accompagnement Personnalisé

par 6 élèves de 1ère ES, Lycée Henri Bergson. 2014-2015

 

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