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Espace pédagogique d'établissement

"La libération des camps nazis, le retour des déportés angevins" ( 2015)

"Témoins de la nuit", un documentaire réalisé en 2012 avec les derniers témoins du Maine et Loire

Par Antoine FROGER, publié le mardi 10 mars 2015 13:47 - Mis à jour le mardi 12 mai 2015 23:07

"Témoins de la nuit",

un documentaire réalisé en 2012

avec les derniers témoins du Maine et Loire

    

     Le documentaire "Témoins de la nuit" a été réalisé en 2011, par les jeunes élus de la commission d'Angers du Conseil Général des Jeunes (CGJ). Ils ont choisi durant leur mandat, de se consacrer au souvenir de la déportation en travaillant sur  l'enfer concentrationnaire lors  de la seconde Guerre Mondiale. L'idée leur est venue de réaliser ce film pour retracer l'histoire de ces anciens déportés de l'Anjou  encore en capacité de témoigner en 2012. Par ailleurs, nous sommes sûrement la dernière génération à pouvoir bénéficier de leurs souvenirs en pouvant échanger, discuter avec eux, comme cela a été le cas pour nous le 6 janvier dernier au Mémorial de la Shoah avec Henri Borlant ou avec Mme Chombard de Lauwe le 30 janvier au lycée.

 

I) Présentation des déportations au départ de  la France ou du Maine et Loire

 

     Tout d'abord, ce documentaire s'intitule "Témoins de la nuit" car ces personnes ont été témoins d'une des périodes les plus sombres de l'Histoire.

Ce film retrace donc les histoires des anciens déportés, de part leur religion juive ou du fait de leur résistance à l'Occupation allemande et au gouvernement de Vichy.

En effet, les actes de Résistance se sont multipliés à travers toute la France de 1940 à 1944 même si le nombre de personnes reconnues officiellement comme  résistant   après la guerre a été évalué à 2 % de la population active. Par exemple, André Rogerie a jeté des clous sur la route quand les allemands passaient en 1940. Clément Quentin, lui, était dans un groupe de Résistance qui se nommait « Libération Nord »; Bernard Maingot distribuait des tracts, ...

 

La Seconde Guerre Mondiale a fait près de 60 millions de morts, civils et militaires compris.  La Shoah, dit "La Solution finale", est l'extermination par l'Allemagne Nazie de 6 millions de Juifs en Europe. Les Tziganes ont été, eux-aussi, persécutés pas les Nazis. Tout comme les Juifs, ils étaient considérés comme des êtres inférieurs. Environ 250 000 Tsiganes aurait été tués par les allemands, soit 25% de leur population.

  Ce DVD témoigne également des violences de cette guerre totale et d'anéantissement avec le génocide des Juifs, la Shoah ainsi que celui des Tsiganes. Il a donc pour objectif de témoigner des  souffrances de ces personnes revenues de l'enfer, afin de conserver leurs témoignages avant qu'ils ne disparaissent, comme avec André Rogerie un résistant témoin de la Shoah et du génocide tzigane et  décédé l'année dernière.

En Europe, 600 000 déportés, pour raisons politiques ou actes de Résistance, ont perdu la vie dans les camps.

En France, on déplore 85 000 déportés, politiques ou pour fait de Résistance. Seulement 60% reviendront de l'enfer.

De plus, 76 000 personnes, dont 11 000 enfants ont été déportés à cause de leur origine ethnique. Malheureusement, 97% des déportés juifs ne reverront plus jamais leurs proches.

En ce qui concerne l'Anjou, un tiers des 1300 personnes déportées survécurent. Sur 1024 Résistants, 40% d'entre eux reviendront, et sur plus de 240 juifs, 3% survivront. Sur les huit témoignages du documentaire, six concernent des déportés.

 

  II) huit Témoins dont six déportés

Les liens des biographies ci dessous mènent vers des panneaux réalisés par des élèves de 1ère ES en 2011, 2012 ou 2013.

     André Rogerie est né le 21 décembre 1921. Il a deux vocations, le militarisme et la religion ce qui l'aide pour sa survie durant son périple. Il a fait son premier acte de Résistance le 25 juin 1940, après la demande de capitulation du maréchal Pétain. Il est arrêté par la Gestapo le 3 Juillet 1943 après avoir tenté de rejoindre les alliés d'Afrique du Nord. Il est par la suite emprisonné dans différents lieux. A Compiègne, il est déporté au mois d’octobre 1943. Ensuite, il connaît tour à tour différents camps, ceux de Buchenwald, Dora, Maidanek et Auschwitz-Birkenau où il est arrivé le 18 avril 1944. Durant cet été, il assiste aux exterminations des Juifs hongrois et tziganes. Le 18 janvier 1945, il part du camp au cours des marches de la mort, traversant les camps de Gross-Rosen, Nordhausen, à nouveau Dora et pour finir Harzungen. Il a connu ainsi 8 camps dont 2 camps d'extermination. C’est au cours de cette dernière évacuation, en mai 1945, qu’il commence la rédaction de "Vivre c’est vaincre" qu’il achève de rédiger en octobre. Il a besoin de témoigner rapidement pour dénoncer l'atrocité de la guerre. De retour en France, il rentre à l’école de St Cyr afin d'entamer une carrière de militaire où il deviendra Général.

 

Clément Quentin est né le 18 Septembre 1920 dans le Maine-et-Loire. Après la poignée de main entre  Hitler et Pétain à Montoire en octobre n 1940, il décide de rentrer dans la Résistance. Avec son réseau Libération Nord, il participe à la formation d' une Armée Secrète dans l'attente du débarquement des alliés. La Gestapo l'arrête le 26 avril 1944 et il est torturé dans la  prison d' Angers, puis  déporté au camp de concentration de Dachau. Il attrape la diphtérie et sert de cobaye humain. Destiné à mourir, il ne pèse que 30 kilos lors de sa libération par les Américains le 26 avril 1945. Il décide de témoigner pour faire part de son parcours.

     Jacques Chupin est né à la Pommeraye le 29 mai 1921. Il multiplie les actes de Résistance autour de son village après la capitulation de la France en juin 1940. Avec un de ses amis, ils refusent le Service du Travail Obligatoire en 1943 et  décident de rejoindre les Forces Françaises Libres mais ils se font arrêter le 27 Février à Bayonne.  Il est emprisonné à Biarritz, au Fort du Hâ à Bordeaux puis à Compiègne pour enfin être déporté au camp de Sachsenhausen, à Oranienburg. Lors de l’évacuation du camp, le 21 avril 1945, il connaît les marches de la mort. Après cette terrible ultime épreuve, il rentre dans son village où il reprend l’entreprise de maçonnerie de son père. Il révélera son histoire dans l’ouvrage "Face à l’inimaginable" pour témoigner, résister.


 

     Bernard Maingot est né le 20 mai 1925. Afin de résister, il distribue des tracts dans lequel Le Général De Gaulle fait un appel aux jeunes pour s'engager. Le 19 Février 1944, la Gestapo l'arrête et est emmené en prison avec son père à Angers. Son père est relâché mais lui est interné dans le centre de regroupement à Compiègne pour finalement être déporté au camp de Mauthausen. Il est ensuite transféré à Ebensee, dernier camp libéré par les Américains le 6 mai 1945. Il échappe de justesse à l’extermination des derniers témoins, organisée par les Nazis dans une des galeries souterraines remplis d’explosifs. A son retour, après un séjour de convalescence à Chalonnes, il travaille dans la boucherie de son beau-père.

     Odette Blanchet-Bergoffen est né le 19 octobre 1924 dans le Maine-et-Loire. En juillet 1942, une partie de la famille Moscovici, leurs voisins, se font arrêtés. Elle décide alors de s'engager dans la Résistance, leur faisant de faux-papiers. Elle a un rôle de messager. Elle se marie à Léo Bergoffen le 26 avril 1946. Par la suite, elle tiendra un commerce à Angers. Elle reçoit la médaille des « Justes parmi les Nations » en 1994 pour avoir sauvé les enfants Moscovici.

     Léo Bergoffen est né le 30 Octobre 1922 à Berlin d'une famille juive austro-hongroise. Exclus de la vie sociale et économique, ils se réfugient à Angers en 1939. En 1942, Léo Bergoffen décide de rallier la zone libre pour travailler. Ses parent sont déportés à Auschwitz le 20 Juillet 1942, dont ils ne reviendront pas. Il est à son tour arrêté le 26 août 1942 pendant la première rafle en zone libre. Léo Bergoffen est ensuite transporté au camp d’internement de Drancy. Quelques jours plus tard, il est transféré vers le camp d'extermination d'Auschwitz, 1015 autres personnes et lui sont déportées par le convoi n°27 dont seulement trente survivront. Il est évacué du camp le 18 janvier 1945, après avoir connu les marches de la mort. Les Russes le libérent en mai  1945. De retour à Paris, il assiste à une conférence du docteur Moscovici, dans le Maine-et-Loire où il fait la rencontre d'Odette Blanchet, qui deviendra par la suite sa femme. Il témoigne dès qu'il peut pour raconter les horreurs de la guerre.

     Henri Borlant est né le 5 Juin 1927. Il est arrêté avec son père et son frère Bernard et sa sœur Denise le 15 Juillet 1942. Ils font partie du convoi n°8,le seul convoi parti de province directement pour Auschwitz. Seules vingt personnes de ce convoi  survivront à la fin de la guerre. Après les marches de la mort à partir de fin 1944,organisées par les nazis pour fuir l'avancée des soviétiques, il parvient à s’échapper du camp d’Ohrdruf en 1945, la veille de l’arrivée des Américains. Ayant perdu les trois autres membres déportés de sa famille , il rentre à Paris où il retrouve sa mère et ses cinq plus jeunes frères et sœurs. Il reprend ses études avec détermination et devient  médecin. Il rédige la préface du livre "Convoi N°8»; cela lui   donne l'envie d'écrire son propre témoignage publié en mars 2011: « Merci d'avoir survécu », phrase qu'un élève lui a dit lorsqu'il l'a rencontré.

     Madeleine Borlant-Ancelle, sœur d'Henri Borlant, est né le 15 août 1936 d'une famille juive de neuf enfants. Elle quitte Paris pour St Lambert du Lattay à la veille de l'entrée en guerre. Madeleine ainsi que ses trois sœurs, son frère Roger et sa mère doivent se cacher pour éviter d'être arrêtés, aidés par plusieurs habitants. Elle retrouve à Paris en 1945 son grand frère Henri survivant  d'Auschwitz contrairement à son père, une grande soeur et un autre grand frère déportés en juillet 1942.

    

    III) face à la nuit

     Ce film retrace l’enfer de la vie concentrationnaire nazie à travers les histoires d’anciens déportés du Maine-et-Loire et de documents des Archives Départementales. « La porte s’ouvre, et là, on a conscience qu’on s’engouffre vraiment dans l’enfer » (Maingot) On y découvre à l'intérieur de ce documentaire, les arrestations, les convois et l'arrivée dans les camps ainsi que la vie difficile endurée  pour leurs familles  jusqu'à leur retour en France en 1945. Ces hommes et femmes, Juifs(ves) ou Résistant(e)s, qui nous font partager ces moments cruels de l’Histoire. "On y découvre les destins croisés d’hommes et de femmes, Juifs ou résistants, qui nous font partager avec pudeur, émotion et force, ces lourds moments de l’Histoire. En confiant leurs douloureux souvenirs, ils délivrent aussi aux jeunes un message de tolérance et d’espoir pour que de telles horreurs ne se reproduisent plus."

 

  ce DVD présente le  convoi n°8, le seul convoi direct de province, en l'occurrence Angers, à Auschwitz. Il comportait 824 juifs, dont 430 femmes de différentes nationalités. Seulement 20 juifs survécurent, dont 2 femmes. Plusieurs membres des familles Borlant, Moscovici ainsi que Bergoffen étaient dans ce convoi. Seuls Lazar Moscovici et Henri Borlant survécurent dans leurs familles respectives.

Des résistants, tels que Clément Quentin, Odette Blanchet, Bernard Maingot ou encore Jacques Chupin, sont également présentés dans ce DVD.

 

IV) les derniers Témoins aujourd'hui.

 

     Aujourd'hui, ils ne peuvent plus tous témoigner autant qu'auparavant, à cause de leur condition physique ou du fait de leur âge. Par conséquent, les déplacements les fatiguent de plus en plus. De plus, Madeleine Borlant-Ancelle ne témoigne plus du tout : Elle était  très émue à chaque fois qu'elle se remémore ses douloureux souvenirs. En revanche, son frère, Henri Borlant est maintenant sollicité par de grands organismes, comme l'ONU notamment, pour le 70ème d'Auschwitz puisqu'il est aujourd'hui l'un des seuls "revenants de l'enfer" à pouvoir encore intervenir loin d'ici. Nous avons eu la chance d'échanger avec lui le 6 janvier 2015 au Mémorial de la Shoah

Voir extrait vidéo

 

Ainsi qu'avec Mme Chombard de Lauwe, jeune résistante, emprisonnée à Angers, déportée au camp pour femmes de Ravensbruck.

      Nous avons rencontré  également Léo Bergoffen, Odette Blanchet-Bergoffen, Jean-Claude Moscovici et Bernard Maingot le mardi 28 avril, lors de la restitution  de nos travaux :

Jean Claude Moscovici, Mme Chantal Lazarus,M.Bernard Maingot et Mme Michelle Rousseau

Jean Claude Moscovici,Chantal Lazarus,Bernard Maingot et Michelle Rousseau-Raimbaud Odette Blanchet-Bergoffen et Léo Bergoffen

M.Maingot Bernard (déporté à Mauthausen pour faits de résistance),

M. Léo Bergoffen ( né à Berlin, déporté à Auschwitz en 1942 pour raisons raciales) ,

Mme Odette Blanchet-Bergoffen (résistante et Juste parmi les nations pour avoir sauvé Jean-Claude , Liliane Moscovici  et leur mère),

M.Jean Claude Moscovici (interné à Drancy à 6 ans, sauvé par Mme Odette Blanchet, auteur de "Voyage à Pitchipoï"),

Mme Lazarus ( cachée à Tours puis Paris dans une famille juive et résistante),

Mme Rousseau Raimbaud (fille d'un résistant-déporté à Mauthausen et  mort en déportation).

IV) "Faites attention. C'est important." André Rogerie

 

     Ainsi, en confiant leurs douloureux souvenirs, ils transmettent aux jeunes un message de tolérance et d’espoir afin d'éviter que de telles atrocités ne se reproduisent encore à l'avenir. C’est pourquoi ils ont souhaité faire partager leurs précieux témoignages à travers ce documentaire pour continuer à prolonger ces souvenirs d'hommes et de femmes, liés à notre histoire avant qu'ils ne s'éteignent, comme cela a été le cas pour André Rogerie l'an passé. En effet, nous sommes sûrement la dernière génération à pouvoir bénéficier de la narration de leur émouvante épopée "en vrai", c'est-à-dire en pouvant les voir et les interroger.  

Seul bémol comme l'écrit Yves Boiteau dans Angers mag.info, ce DVD est, certes, disponible dans tous les collèges et lycées du Maine-et-Loire, ainsi que dans les  musées et aux lieux de mémoire dans le département et partout en France, cependant il n'est malheureusement pas (encore) accessible pour le grand public. 

 

"Le racisme, c'est ce qu'il y a de plus terrible

parce que les gens sont d'une autre société, on les condamne.

Faites attention. C'est important."

André Rogerie

"Un peuple qui oublie son passé est condamné à le revivre"

Winston Churchill

Sources

Liens vers les travaux des classes de 1ère ES avec le blog 2014 et  les travaux 2013, 2012 et 2011 sur la Résistance, la Shoah et le génocide tsigane.

Lien vers le livret du DVD  «  Témoins de la nuit » du conseil général du Maine et Loire réalisé en 2012 « il s'appuie sur les récits de six déportés liés à l'Anjou ( Léo Bergoffen, Henri Borlant, Jacques Chupin, Bernard Maingot, Clément Quentin et André Rogerie), Madeleine Borlant-Ancelle qui s’est cachée pendant la guerre et Odette-Blanchet ( résistante et juste parmi les nations)" ( taille du livret = 7 Mo)

Travail réalisé en Accompagnement Personnalisé

par Antoine Froger , Timothée De Germain et   Alban Pellen,

élèves de 1ère ES. Lycée Henri Bergson . 2015.

 

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