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"La libération des camps nazis, le retour des déportés angevins" ( 2015)

Ravensbrück, un camp de concentration pour femmes

Publié le jeudi 19 mars 2015 17:39 - Mis à jour le mardi 12 mai 2015 23:08

Ravensbrück, un camp de concentration pour femmes

Nous sommes en 1933, Hitler est au pouvoir et les premiers camps de concentration font leur apparition. Mais ce n'est qu'en 1938 que fut construit le camps de Ravensbrück. C'était un camp pour femmes et jeunes filles situé à 80 km au nord de Berlin.

En 1943, plusieurs professeurs du Lycée Joachim du Bellay à Angers y sont déportées.

C'est en partie grâce à elles et à leurs témoignages que nous avons pu réaliser ce travail.

Nous allons dans un premier temps vous présenter le camp, puis nous allons vous présenter quelques témoignages de ces femmes déportées a Ravensbrück, en particulier celui de Jeanne Letourneau qui fut professeur d'art plastiques au lycée Joachim Du Bellay. Pour finir, nous allons vous conter le parcours de plusieurs bébés rescapés nés à Ravensbrück. Nous conclurons en faisant un bilan de la libération et de la découverte du camp.

I) Le camp de concentration pour femmes de Ravensbrück

Ravensbrück fut le seul grand camp de concentration réservé aux femmes. À la fin de l’automne 1938, le chef des SS Himmler décida d'ériger un camp de concentration pour femmes à Ravensbrück. Les premières détenues transférées à Ravensbrück au printemps 1939 provenaient du camp de concentration de Lichtenberg. En avril 1941, un camp pour hommes fut accolé au camp des femmes.

Ravensbrück est situé en Allemagne orientale, dans le Mecklembourg, près de la petite ville de Fürstenberg dont il était séparé par le lac de Schwedt et à 80 kilomètres au nord de Berlin. C’est un endroit à la fois très isolé mais facilement accessible situé dans un cadre merveilleux de forêts et de lacs, avec de grands terrains étendus et inhabités. Le climat est si rigoureux que cette région est appelée la " petite Sibérie mecklembourgeoise ".

Fin 1938, 500 prisonniers furent transférés de Sachsenhausen à Ravensbrück afin d'ériger le camp. Il comportera seize baraques avec leurs dépendances, ainsi qu'un camp plus petit réservé aux hommes. En 1939, il est entouré d'un mur élevé et d'une enceinte électrifiée. Un secteur industriel doté d’ateliers de fabrication fut aménagé dans l’enceinte du camp ; l’entreprise Siemens & Halske fit construire aux abords du camp 20 halls de production, dans lesquels des détenues furent forcées de travailler à partir de la fin de l’été 1942. A la fin de l’année 1944, la SS fit aménager dans une baraque proche du crématoire du camp de Ravensbrück une chambre à gaz provisoire. Le camp initial sera agrandi à plusieurs reprises jusqu’en 1945, il sera composé à la fin de trente-deux Blocks et de nombreux locaux administratifs.

Depuis 1993, il y a le Mémorial de Ravensbrück. Il est intégré à la Fondation des Mémoriaux du Land de Brandebourg, l’ensemble regroupe également le Mémorial et Musée de Sachsenhausen, une dépendance de ce dernier, le Musée de la marche de la mort« dans le bois de Below près de Wittstock, ainsi que le Centre de documentation de Brandebourg/Havel.

Depuis 2002, il y a la création du centre international de rencontre de la jeunesse de Ravensbrück dans les anciennes maisons des gardiennes du camp et inauguré en 2002. C’est un lieu de formation pédagogique dans lequel on propose différents programmes étalés sur une à plusieurs journées.

 

II) Témoigner pour se reconstruire

A) Marie-José Chombart de Lauwe, résistante, emprisonnée à Angers, déportée à Ravensbruck,présidente de la FMD

Nous avons rencontré Marie-José Chombart de Lauwe en janvier 2015. Durant la guerre, elle faisait  des études de médecine et a travaillé ensuite au CNRS. Elle est actuellement présidente de la Fondation pour le Mémoire de la Déportation.

Elle fut arrêtée en Bretagne, emprisonnée à Rennes puis Angers, déportée à Ravensbrück pour résistance. Elle nous a raconté l’histoire de sa déportation, et plus particulièrement son retour en France.

En effet, son retour à saint- Brieux, sa ville natale, fut difficile. Ces longs mois passés à Ravensbrück l’avaient profondément changée, physiquement et psychologiquement. En effet, un proche, lors de ses retrouvailles affirma que «  au vu de son regard, dans 10 jours elle sera morte ! ». Pour ceux restés en France, « on ramenait la mort avec nous » nous a confié Marie-José. Ses proches lui contèrent combien ils avaient été malheureux durant son absence, et combien ils avaient manqué de nourriture…n’imaginant pas ce qu’elle avait vécu. Certaines personnes refusèrent de la voir, prétendant qu’elle aurait côtoyé « des gens pas respectables » (prostituées, communistes…), et que ce n’était pas une éducation correcte pour une jeune femme. Personne ne comprenant ce qu’avait vécu la jeune femme, elle ne pouvait témoigner. De plus, Marie-José nous a confié qu’elle ne ressentit que plus tard le besoin de témoigner.

Ce n’est qu’un peu plus tard qu’elle se rendit aux réunions de l’Amicale de Ravensbrück, y retrouvant d’autres femmes survivantes de cette terrible épreuve.C’est à la fin des années 1950 qu’elle décida de témoigner. En 1996, elle prit la tête de la Fondation pour la mémoire de la déportation. Toute sa vie, Marie-José s’est battue pour les droits des enfants, poussée par ses souvenirs des bébés de Ravensbrück. Elle retournera même dans le camp, pour témoigner devant des élèves, bravant le traumatisme de ses souvenirs. En 2002, elle écrit un livre : «  toute une vie de résistance » pour faire connaitre son combat. A 90 ans, Marie-José Chombart de Lauwe continue inlassablement de témoigner.

 

B) Lucienne Simier, professeur au lycée Du Bellay et déportée à Ravensbruck

Lucienne Simier, professeur d’économie dans le collège de jeunes filles de Joachim Du Bellay à Angers, fut déportée avec plusieurs de ses collègues le 12 mars 1943 pour « Action contre l’Allemagne », car elles diffusaient des idées anti-allemandes auprès de leurs élèves. Leur destination finale était le camp de Ravensbrück.

Libérées le 18 avril 1945, elles furent trois rescapées des enseignantes de Joachim du Bellay  : Mlle Letourneau, Mlle James et Lucienne Simier .

Suite à son retour, Lucienne Simier témoigna de sa déportation dans un livre : «Deux ans au bagne de Ravensbrück ». Elle y raconte son histoire, les horreurs qu’elle a vécues, mais réalise aussi une sorte d’hommage à ses défuntes collègues. De plus, elle veut transmettre certaines valeurs au lecteur, comme l’amour de la patrie. Elle veut que les erreurs réalisées durant la guerre par les Allemands ne soient pas reproduites par les générations futures, et que nous n’oublions jamais ces évènements.Jeanne Letourneau enseignait le dessin au Lycée Joachim du Bellay. Elle fut déportée au même titre que Lucienne Simier au camp pour femmes de Ravensbrück. A son retour, elle témoigna sous forme de dessins représentants les appels, les cadavres, et même le jour de Noël à Ravensbrück. Ce sont des dessins très sombres, témoignant de l’horreur et de la déshumanisation de ces femmes, recueillis dans un livre au nom très évocateur : « clichés barbares ».


Les récits de ces trois femmes nous laissent apercevoir le témoignage comme une thérapie, comblant le besoin d’exprimer, de dénoncer l’enfer qu’elles ont vécu…pour espérer que ce crime contre l’humanité ne se reproduise plus jamais.

C) Jeanne Letourneau, professeur de dessin du lycée Du Bellay, déportée à Ravensbruck

Qui est-elle?

Jeanne Letourneau est née à Angers le 13 Novembre 1895 dans une famille angevine. Elle a vécu presque toute sa vie au cœur de cette ville, 25 rue Prébaudelle. Son père est employé à la mairie d'Angers, sa mère est femme au foyer ; elle «restait à la maison» comme on disait autrefois, comme la plupart des femmes de cette époque. Quant à son frère cadet Valentin, il devint par la suite électricien. Après avoir obtenu son brevet supérieur en 1914, elle poursuit à Paris ses études d'art et de dessin et obtient un certificat de dessin en 1918, qui lui permet de devenir professeur de cette discipline. Malgré tout, en cette première partie du siècle, il est difficile pour Jeanne Letourneau de se faire sa place en tant que professeur à part entière et de se faire entendre, à l'époque où les femmes ne votent pas encore. Toutefois, elle fait preuve de ténacité et parvient à obtenir gain de cause. Sa carrière débute en 1919, revenue à Angers après ses études à Paris, mais devient réellement professeur de dessin en 1924, dans le cadre de vie qu'elle aimait et voulait. Rapidement, elle intègre le Lycée Joachim Du Bellay. Elle est une enseignante stricte et rigoureuse mais aimante et aimée de ses élèves ; comme en témoigne Mme Proust (Suzanne De La Chaussée) : ''Nous nous rappelons avec émotion les classes de dessin et d'histoire de l'art, où, dans une atmosphère de stricte discipline, Mademoiselle Letourneau dispensait, même aux moins douées d'entre nous, ses leçons d'un goût éclairé [...]quel plus bel hommage pouvait-on rendre à un professeur que de suivre ses cours en toute liberté et désintéressement ?''. De plus, les rapports de l'inspection générale à l'école des Beaux-Arts sur celle-ci sont élogieux. En voici un datant de 1926 : ''Il est rare de rencontrer un enseignement élémentaire aussi varié, aussi intéressant que celui de Mademoiselle Letourneau.''

Malheureusement, tout cela s'arrête brutalement. Le directeur de l'école des Beaux-Arts note laconiquement un jour : « Mademoiselle Jeanne Letourneau a cessé ses cours le Jeudi 11 mars 1943 .»

 

- Sa déportation

DE LA TENSION...

En effet dès 1940, le lycée subit des attaques aériennes, la mise en quarantaine de certaines classes dans des baraquements, une réquisition des locaux par l'armée nazie etc... Peu à peu la tension grandit avec la peur dans le cœur des gens. Vient alors le temps des dénonciations, du chantage, des perquisitions et des menaces... On peut se demander, de quoi les autorités allemandes soupçonnaient cet établissement de jeunes filles classiques et calmes dans une ville moyenne ? La lettre du commandant Ernst, chef des SS pendant l'occupation à Angers témoigne d'une méfiance : « […] une tendance anti-allemande s'est emparée non seulement du corps enseignant, mais s'exprime aussi dans l'enseignement vis-à-vis des élèves ».

C'est au début de l'année 1943 que les choses empirent. Jeanne Letourneau fait partie d'un groupe de femmes résistantes dénoncées, puis arrêtées par la Gestapo le 11 Mars 1943 au lycée Du Bellay, sous une France accablée par l'occupation allemande. Bien que Jeanne Letourneau n'était pas juive, elle fut interpellée et emprisonnée pour « action criminelle contre l'Allemagne ». En réalité, Mlle Letourneau, en fervente défenseur de la patrie française, était une de ses femmes fortes qui prônait la démocratie et enseignait le refus moral de se soumettre au dictat de l'occupant. Elle su garder ce qu'on appelait « La flamme de la Résistance » et en paya le prix cher. Elle sera donc arrêtée, avec Marie Talet, directrice de l'école, et 4 autres de ses collègues. Toutes furent conduites à la prison du Pré-Pigeon, puis emmenées vers une destination inconnue, après avoir subi des interrogatoires plus que brutaux.

 

 ...A LA DEPORTATION

Les archives de la police judiciaire ont pu permettre de reconstituer les circonstances de son arrestation. Le jeudi matin du 11 mars, la Gestapo vient perquisitionner son domicile, rue Prébaudelle et l'après-midi elle est interrogée sur leurs conversations et leurs réunions entre professeurs à l'école, et aussi sur l'or juif que Marie Talet avait recelé. On lui propose également une confrontation directe avec son dénonciateur, mais elle refuse fermement. Le 12 Mars, on lui confisque ses biens et elle est convoquée pour 15h30 au siège de la Gestapo où elle est examinée jusqu'à 19h. Quand elle fut libérée le soir, on lui dit « Vous avez bien de la chance d'être relâchée » et lui rendit ce qu'on lui avait saisi, sauf le poste de TSF, afin d'éviter toute écoute de messages secrets résistants ou dans cet esprit. Le lendemain 13 Mars, Jeanne Letourneau est mise en état d'arrestation. S'en suivra un long calvaire...

La fiche de déporté politique de Jeanne Letourneau, écrite en 1946, soit après la guerre, par les français, nous apporte beaucoup de réponses. Il y est inscrit ses coordonnées, la date de son arrestation, le 13 Mars 1943, la date de sa déportation, le 27 Avril de la même année, mais surtout ses camps de déportations et le temps qu'elle y est restée. On peut donc constater qu'elle fut envoyé d' Avril 1943 à Février 1945 au camp de femmes de Ravensbrück, puis de Février 1945 à Mars 1945 au camp de Reschlin puis de nouveau à la toute fin de la guerre, 1 mois à Ravensbrück, de Mars au 2 Avril 1945.

Jeanne Letourneau laissa une trace de ce qui lui arriva par la suite : son arrestation, son arrivée au camp de Ravensbrück ou elle devait retrouver Marie Talet et ses collègues et amies. Elle y passa 2 ans de souffrance et d'attente, pour y voir les autres femmes mourir. Seulement Mlle Simier et Mme James l'accompagneront au retour...

Ses traces, ce sont ses croquis qu'elle réalisa là-bas et acheva en rentrant, après sa libération le 5 Avril 1945, en les réunissant pour en faire un cahier d'esquisses simples mais démonstratives, qu'elle appela « Clichés Barbares », puis le présenta en guise de témoignage, pensant que le dessin était préférable aux mots.

 

-Les clichés barbares, un crayon pour exprimer ses sentiments

Pendant ses 2 ans d'incarcération dans ce camp de Ravensbrück, Jeanne Letourneau réalise des ébauches des scènes quotidiennes qu'elle voit et vit dans ce camp de déportation. En effet, elle réussit à crayonner ces quelques dessins avec des bouts de charbon et de vieux papiers récupérés, à l'abri du regard des Aufseherin, que Jeanne décrit non comme des femmes mais « des monstres femelles crée par le IIIè Reich nazi, des furies échappées des enfers, ayant tronqué leurs couronnes de serpents contre un calot gris et revêtu la longue cape noire à capuchon qui leur valait le nom de ''corbeau'' » . Ce sont leurs bourreaux, leurs geôliers qui les surveillent, les traquent et les poussent à bout jour et nuit.

A travers ses dessins, Jeanne Letourneau parle de beaucoup de choses. On y voit beaucoup de scènes d'appels interminables, qui durent parfois plus de 4 heures, où toutes les femmes restent debout dans le froid, la neige, quelque fois en plein milieu des nuits d'hiver, en rangées, squelettiques, et où quelques autres tombent d'épuisement, de faim, de soif, de maladie ou de désespoir, et ne se relèveront pas.

On y voit aussi les femmes mordues par les chiens enragés des officiers, d'autres qui se nourrissent des épluchures d'un bidon renversé, d'autres qui enjambent le cadavre souillé d'une femme dans les sanitaires, ou d'autres triés pour la chambre à gaz. Jeanne dessina même le triste jour de Noël qu'elle passa, ou fut installé un maigre sapin pour l'occasion, dans la cour enneigée. Celle-ci, comme dans les minces annotations qu'elle écrivait en dessous de chacune de ses esquisses, notera pour celle-la : « Noël. Pendant la période de Noël un arbre a été dressé, ô ironie, à l'entrée du camp, devant les cuisines – Le défilé après l'appel – A droite, une colonne se rend au travail du sable, la pelle de terrassier sur l'épaule. »

Voici un de ses croquis :

Ici, on découvre des souffrantes, qui attendent la mort aux entrées des Blocks, enveloppées de maigres couvertures.

Il y eut de 70 000 à 90 000 mortes à Ravensbrück, dont énormément de femmes atteintes de maladies, via les épidémies qui circulaient à cause de l'hygiène inexistante, de la sous-nutrition, des poux, des rats... C'est ainsi que Jeanne Letourneau vit mourir unes par unes ses camarades polonaises, françaises, de toutes nationalités dans ce camp de la mort, comme son amie Marie Talet qui ne résista pas à la dysenterie, ou d'autres au typhus.

A son retour en France le 18 Avril 1945, Jeanne Letourneau accompagnée de son amie Lucienne Simier, est accueillie à la gare d'Angers par son entourage. Cependant, celui-ci voit revenir des femmes brisées, usées, exténuées. Pourtant, Jeanne déclara que cet accueil lui recréa le milieu chaleureux et intime qu'elle s'était résolue à oublier à Ravensbrück. Sa joie sera de courte durée, car elle apprendra la décès de sa mère dont elle était très proche, funeste nouvelle qui la frappera à tout jamais.

Elle exposera ses dessins qu'elle retouchera au préalable dans une exposition en 1947. A son retour, on lui demanda de révéler le nom de la personne qui l'avait dénoncé pour son esprit anti-allemand, mais ne l'avoua jamais et cita ainsi Marie Talet, son amie morte la-bas qu'elle admirait : « Cela ne me causerait aucune joie de voir souffrir comme moi ceux qui sont la cause de mon malheur .», preuve de la droiture de son caractère. Elle sera également décorée de la légion d'honneur, et nombres d'hommages seront rendus à ces femmes qui sont revenues du camp de la mort.

 

III) Les enfants nés à Ravensbrück

Guy Poirot, Jean Claude Passerat et Sylvie Aylmer sont les 3 seuls enfants français nés à Ravensbrück qui ont survécu sur plus de 800 accouchements dans ce camp et seulement une quarantaine de survivants.

Marie-Jo Chombard de Lauwe, résistante et déportée politique est affectée au poste d'infirmière dans la Kinderzimmer car elle est fille de médecins. A 90ans elle témoigne toujours. Certaines mères ont été forcées d'avorter (parfois au 8ème mois) où se sont faites stériliser (notamment les femmes tziganes). Les autres bébés sont morts noyés ou étranglés. En 1944 les nourrissons ne sont plus tués à leur naissance, les infirmières se battent pour leur survie. Les bébés n'atteignaient jamais 3 mois, ils mourraient de maladies car leur mère n'avait pas assez de lait, il n'y avait aucune hygiène (une seule couche de rechange) et ils étaient presque nus dans le froid de la nurserie peu chauffée même lors des hivers très rudes.

Marie-Jo Chombard de Lauwe lors de son témoignage au lycée

Sylvie Aylmer, fille de Madeleine Aylmer une résistante déportée et auteure du livre J'ai donné la vie dans un camp de la mort, est née le 21 mars 1945 au camps de Ravensbrück et a également témoigné. Cependant elle n'aime pas parler de sa naissance car elle ne veut pas être un symbole. Elle a ressenti un mal- être toute sa vie du fait de faire rappeler à sa mère les mauvais souvenirs, notamment le jour de ses anniversaires, et de savoir qu'elle était née dans cette horreur. Enfant, les gens la regardaient avec émotion ce qui la gênait. De plus elle ne se sentait pas à la hauteur face à sa mère, l'héroïne. Elle n'a d'ailleurs jamais pu retourner dans un camp de concentration car le seul fait de s'être documenté l'avait traumatisée. Malgré cela, elle s'est liée d'une grande affection pour Guy Poirot, né le 13 novembre 1944 lui aussi à Ravensbrück, Celui-ci parlait ouvertement de sa naissance. Elle a été secrétaire dans l’Éducation nationale puis a vendu des livres, s'est mariée et a eu des enfants et des petits enfants.

Sylvie Aylmer lors d'un reportage pour JDD,

photographie de Bernard Bisson

La mère de Jean Claude Passerat est arrivée à Ravensbrück sans savoir qu'elle était enceinte, elle a donné naissance à son fils en novembre 1944. Cette naissance l'a aidée à se battre pour survivre. Jean Claude a survécu à l'hiver de l'Est grâce à l'entraide des femmes, et celles dont le bébé était mort, l'ont allaité. A sa naissance il pesait 3,5kg et à la libération du camp seulement 2,5kg. Il a travaillé comme surveillant dans un centre de rééducation professionnelle de l'Office National des Anciens Combattants. Il est retourné à Ravensbrück plusieurs fois et témoigne aujourd'hui dans des écoles. Il n'a pas de haine car la haine, il l'a eue à l'âge des berceuses.

Jean Claude Passerat qui montre sa carte de déporté politique et une photo de lui et sa mère au camp de Ravensbrück après sa libération,

photographie de David Adémas

 

Bilan de la découverte de ce  camp pour femmes :

Le camp est libéré le 30 avril 1945 par l'Armée Rouge (URRS), à ce moment là, il reste 3500 femmes dans le camp (les plus faibles). Les autres, qui pouvait marcher (environ 20 000), ont été emmenés dans une marche forcée vers d'autres camps.

On estime qu'environ 123 000 femmes ont été déportés à Ravensbruck pour beaucoup de raisons différentes (religion, ethnie, résistance, etc...) et environ 7% sont des françaises.

Bien que le grand public connaissent vaguement l’existence des camps (les premières photos sont prises par les nazis vers 1933 pour les besoins de la propagande), ce n'est qu'à la libération des camps et grâce en grande partie à la presse et aux reporters de guerre que les gens découvrent les camps nazis dont ils ne soupçonnaient pas l'horreur. C'est aussi grâce aux photos des cadavres entassés (à la fin les nazis ne brûlaient plus les corps car ils avaient détruit les fours crématoires) que les gens se rendent compte de la monstruosité de l'univers concentrationnaire.

Des femmes attendant leur libération à Ravensbruck, Mars 1945

Après la découverte de ces camps, il a fallu trouver un moyen pour les familles et pour la population de se reconstruire et de ne pas oublier cette partie de l'histoire, ainsi en 1959, un mémorial national fut créer à Ravensbruck ainsi qu'un musée dans les cellules d'internements du camp. Il y a eu beaucoup d'association créer pour commémorer les déportés, comme L'amicale de Ravensbrück par exemple ou encore la Fondation pour la mémoire de la déportation qui veille à la mémoire des déportés.

Livre recueillant des témoignages de femmes déportées à Ravensbruck, fait par l'amicale de Ravensbruck et par l'association des déportées et internées de la résistance.

Nous avons rencontré Marie-José Chombart de Lauwe en janvier 2015. Durant la guerre, elle faisait  des études de médecine et a travaillé ensuite au CNRS. Elle est actuellement présidente de la Fondation pour le Mémoire de la Déportation et a reçu le titre de Grand Croix dans l'ordre de la Légion d'honneur

                        

                 

Sources :

-http://fr.wikipedia.org/wiki/Ravensbr%C3%BCck

-Clichés Barbares – Jeanne Letourneau

-Rencontre avec Marie-José Chombart de Lauwe

-Deux ans au bagne de Ravensbrück – Lucienne Simier

-http://www.fmd.asso.fr/

-http://deportations.free.fr/libera

-http://www.lejdd.fr/Societe/Une-enfant-rescapee-du-camp-de-Ravensbrueck-temoigne-Avec-maman-nous-n-en-parlions-pas-636890

-http://afmd44.voila.net/Temoignages/JCPASSERAT.html

-http://www.jewishgen.org/ForgottenCamps/Camps/RavensbruckFr.html

-http://www.ushmm.org/wlc/fr/article.php?ModuleId=56

Travail réalisé en Accompagnement Personnalisé  par

Pauline Chambille, Lucie Haenel, Chloé Godin, Juliette Guémas et Clémentine Gac

élèves de 1ère ES. Lycée Henri Bergson à Angers

 

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