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"La libération des camps nazis, le retour des déportés angevins" ( 2015)

Révoltes et soulèvements de deux centres de mise à mort : Treblinka et Sobibor

Publié le jeudi 5 mars 2015 13:44 - Mis à jour le mercredi 25 mars 2015 10:47

Révoltes et soulèvements de deux  centres de mise à mort :

Treblinka et Sobibor

 

Treblinka, avant d’être l’un des plus grands des 6 camps d’extermination (ou centre de mise à mort), est un arbeitlagger (camp de travail) destiné aux opposants et aux partisans polonais établi en 1941. Cependant, en juin 1942 débute la construction du camp d’extermination qui, tout comme les camps de Belzec, de Sobibor, de Maïdaneck, de Chelmno et de la "section" d’extermination Birkenau d’Auschwitz, a pour vocation d’apporter une "solution finale à la question juive” pour reprendre le vocabulaire nazi, c’est-à-dire l’extermination industrielle et systématique de la “race" juive en Europe, l'Holocauste, ou Shoah. Plus spécifiquement, Treblinka et Sobibor sont construits dans le cadre de l'opération Reinhard, c'est-à-dire l'extermination des juifs de Pologne.

Sobibor est un camp d’extermination (ou centre de mise à mort), établi en avril 1942 dans une région relativement écartée de la population et à proximité d’une gare par laquelle pourront arriver tous les convois polonais. Sa surface est de 58 hectares. Elle n’est pas très étendue, un centre de mise à mort n’ayant pas besoin d’une grande superficie pour détenir et faire travailler de nombreux déportés comme dans les camps de concentration et d'extermination d' Auschwitz ou Maïdaneck par exemple. A partir du 28 avril, l’Obersturmführer-SS Franz Stangl prendra son commandement jusqu’en septembre, où il sera “muté” à Treblinka.

Une carte tirée de l'Atlas Historique du IIIème Reich paru en 1995.

I- Treblinka, l'un des plus grands des six centres de mise à mort

a) Une organisation très précise

Treblinka est divisé en 4 sous camps.

- Le totenlagger (“camp II” ou “camp du haut”), littéralement "camp de la mort", composé des chambres à gaz, des fosses d’inhumation, du “grill”, des quartiers des totenjuden et la route qui part des baraques de déshabillage du camp I vers le camp II, appelée Himmelfahrstrasse (route du ciel).

- Le camp de réception (“camp I” ou “camp du bas”) composé lui de la gare, de la rampe, et d’un prolongement vers l’arbeitlagger situé deux kilomètres plus loin. On y trouve également la place de tri adjacente à la rampe où travaille le Kommando bleu et le Lazaret (faux hôpital) dans lequel les malades sont fusillés devant une fosse. Enfin, il y a les baraques de déshabillage où travaille le Kommando rouge chargé du tri des vêtements.

- Le camp d’habitation avec l’appelplatz, le quartier des arbeitjuden (Juifs-or, menuisiers,...), la boulangerie (tenue par un juif nommé Reinhard Siegfried), les écuries et l’entrepôt des textiles.

- Les quartiers des SS avec un mess, un dépôt de munitions, un zoo (aussi étonnant que cela puisse paraître), le quartier d’habitation des Ukrainiens, appelé quartier Max Bielas (SS assassiné le 11 septembre 1942 par un juif).

 

 b) Une révolte au cœur de l'enfer

Elle a donc lieu le 2 août 1943. Le comité révolutionnaire -composé par des travailleurs juifs affectés au tri des vêtements et des richesses collectées- l'avait prévu pour la fin de l'après-midi pour maximiser les chances de fuite dans le noir. Coïncidence ce jour là, Kurt Franz, sous-commandant du camp, se baignait avec une vingtaine d’hommes à la rivière Bug, parce qu’il faisait très chaud ce lundi, selon Franz Stangl, le commandant de Treblinka, qui lui était resté dans le camp au moment de la révolte.

Cependant, la révolte est lancée en milieu d’après-midi car un des officiers est vu en train de battre un Juif vers 15h50, alors que le comité s’était décidé à ne plus laisser un seul Juif mourir. Un coup de revolver est tiré (le signal avait été convenu la veille) et c’est le début du soulèvement.

Un des survivants, Richard Glazar, dont le témoignage a été récupéré en même temps que celui de Stangl en 1971 par l’historienne Gitta Sereny, décrit la révolte comme un moment d’euphorie, d’excitant, mais en même temps tout à fait confus. Selon lui, tout de suite après le signal, des incendies s’étaient déclenchés et des bâtiments explosaient déjà. Des fusillades éclataient partout entre les travailleurs et les gardes. Dans son témoignage, Glazar décrit que “tout avait été prévu avec soin, mais aucun plan n’a servi à rien.[...] Finalement, aucun d’entre nous ne savait où aller, dans quelle direction”. Ainsi, “au bout de quelques minutes, c’était plus ou moins chacun pour soi.[...] Sur vingt-cinq hommes de notre groupe de camouflage qui avaient projeté de s’enfuir ensemble, six, huit, peut-être sont partis.”. Cela prouve bien la confusion totale qui régnait lors de la révolte.

 

c) Une révolte couronnée de succès, malgré un bilan lourd

Aujourd’hui, on considère que tous les survivants de la révolte de Treblinka (et celle de Sobibor également) ont été recensés après la guerre. On en dénombre un total de 40 (et 58 à Sobibor).

Sur les 840 juifs environ qui étaient dans le camp au moment de la révolte, il n’en restait, selon Stangl, que 105 après la révolte. Si on enlève les 40 survivants, on obtient environ 700 juifs, qui sont morts durant la révolte ou plus tard, s’ils ont été retrouvés puis fusillés.

La liquidation du camp a été ordonné après le soulèvement. Liquidation qui s’est effectuée après le 19 août, date d’arrivée du dernier convoi en provenance du ghetto de Bialystock.

Franciszek Zabecki, membre de l'armée intérieure (organisation de résistance polonaise dirigée par le gouvernement en exil à Londres), qui a été contrôleur du trafic ferroviaire à la gare de Treblinka de mai 1941 à la destruction du camp en octobre 1943, explique que “après la liquidation du camp, cinq wagons de prisonniers juifs ont quitté Treblinka le 20 octobre 1943 pour Sobibor pour y être mis à mort”, ce qui prouve qu’après le soulèvement de Sobibor du 14 octobre 1943, les installations d’extermination y étaient toujours opérationnelles et que la liquidation de Treblinka s’est effectuée entre le 19 août et le 20 octobre.

Gitta Sereny, dans son livre intitulé "Au Fond des Ténèbres", écrit: “C’est ainsi que s’acheva l’Aktion Reinhard à Treblinka. Tous les bâtiments ont été démolis. Des lupins et des sapins ont été plantés partout et, avec les briques des chambres à gaz, on a bâti une petite ferme.”.

 

I- d) Le plus grand centre de mise à mort avec Auschwitz

Se pose ensuite la question du nombre de gens qui ont péri à Treblinka. Les autorités polonaises ont tout d’abord portées ce chiffre à 750 000. Seulement aux vues de nouvelles preuves en Allemagne de l’Ouest, le chiffre a été porté à 900 000. C’est d’ailleurs pour 900 000 que Stangl a été condamné en 1970 à la réclusion à perpétuité. Seulement, Zabecki explique sa version des faits: “Les autres font des conjonctures, il n’y a pas eu de documents allemands pour servir de base à ces estimations, [...] mais je suis resté dans cette gare et j’ai noté les chiffres inscrits à la craie sur chaque wagon. Je les ai additionnés encore, encore et encore. Le nombre de tués à Treblinka a été de 1 200 000.”. Par ailleurs, le nombre minimum de victimes à Auschwitz est estimé à plus d'1 100 000.

A l’emplacement du camp, il existe aujourd’hui un mémorial en l’honneur de toutes les victimes du camp de la mort, pour qu'aucune d’elles ne soit oubliées, et pour que l’on puisse aussi célébrer la réussite de la révolte. Il se constitue de milliers de plaques de granit, autant qu'il y a eu de villes et villages d'Europe d'où sont partis un ou plusieurs convois vers Treblinka. Au centre se trouve un roc de trois mètres environ commémorant les 300 000 victimes originaires de Varsovie.

 

II- )Sobibor , un soulèvement organisé avec une précision militaire

A) un camp aménagé uniquement autour des structures de mise à mort

Sobibor est un centre de mise à mort situé à l'est de la Pologne, le terrain choisi pour sa construction est tout près du village de Sobibor qui donnera son nom au camp. Sobibor est divisé en 3 sous-camps :

- Le camp 1 comporte les baraquements où habitent les déportés chargés des corvées, ils sont « renouvelés » au bout de quelques semaines ou au plus quelques mois. Il y a aussi les cuisines, les ateliers (menuisiers, forgerons, électriciens, tailleurs, cordonniers).

- Dans le camp 2 , on trouve les locaux administratifs, les baraques des déshabillage et les entrepôts où sont stockés les biens et les vêtements des déportés. Un chemin de 150 mètres délimité par deux haies accolées à des barbelés mène du camp 2 au camp 3, celui ci est surnommé «boyau» ou «tuyau».

- Le camp 3 est le lieu où sont mises toutes les structures d'extermination: chambre à gaz, fosses communes, grills, on compte également deux baraquements pour les gardes et les juifs qui travaillent au fonctionnement du système d'extermination.

 

II- b) Une organisation militaire, pour une révolte désespérée

En juillet 1943, Himmler (chef suprême des SS) ordonna de transformer Sobibor en camp de concentration signifiant la liquidation de tout le camp. Les nazis ne souhaitent laisser aucun témoin, aucune preuve de ce massacre.

Plusieurs tentatives d'évasion ont déjà eu lieu à Sobibor cependant elles furent toujours individuelles. Cette fois, motivés par la nouvelle de la révolte de Treblinka parvenue jusqu'à Sobibor c'est une révolte collective qui est organisée. La révolte de Sobibor fût la seule de toute la seconde guerre mondiale à avoir été menée avec une précision militaire. La date de l'attaque fût fixée au 14 octobre 1943.

Léon Feldhendler fût l'initiateur du projet, il réussit à ramener à sa cause Alexandre Pechersky (appelé Sacha), lieutenant de l'armée rouge et donc atout majeur à l'organisation du projet. Celui ci se révéla par la suite être le meneur du mouvement en raison de ses compétences militaires.

Thomas Blatt, un survivant témoigne de l'organisation du projet « Ce soir-là, le noyau de l’organisation se réunit dans l’atelier du menuisier. Les Kapos Pozycki et Bunio furent conviés. Le nombre de conjurés était limité au minimum : sur une totalité de cinq cent cinquante juifs en vie à cette époque, moins de dix pour cent étaient au courant du plan d’évasion.[...] Tout le temps de la réunion, un gramophone jouait de vieilles chansons populaires russes. Plus tard, les conjurés se déplacèrent pour aller dans l’atelier du serrurier, où Sacha leur donna les détails du plan finalement adopté. »

L'opération se déroulait en trois phases :

- la préparation des groupes d'assauts (15h30-16h)

- l'élimination des nazis (16h-17h)

- l'évasion en masse (à partir de 17h)

La révolte se passa comme prévu, un allemand fût tué toutes les six minutes. Cependant un grand nombre de déportés furent tués lors du mouvement « Un des nôtres coupe les barbelés avec des tenailles. Mais la plupart n'attendent pas. Beaucoup sauteront sur les mines. ».

Alexandre Pecherski et Léon Feldhendler, à l'origine de la révolte.

c) Un nombre de survivants et de victimes nazis plus élevé qu'à Treblinka

Les pertes nazis n'ont nulle part été aussi élevées: une dizaine de SS, huit Ukrainiens et des dizaines de gardes blessés.

Le jour de la révolte, on comptait 550 prisonniers dans le camp. Sur ces 550 prisonniers, 320 ont réussi à s'évader, soit plus de la moitié. Si l'on soustrait à ce nombre tout ceux qui ont été repris, exécutés ou mort durant le combat, on obtient 58 survivants.

Jacob Sporrenberg remplaçant de Globocnik est chargé d'écraser cette révolte. Pour cela il fait appel au concours de la Wehrmacht et de la Luftwaffe et les nazis torturèrent tous ceux qui avaient été rattrapés dans la forêt avant de les tuer, liquidèrent tous les prisonniers du camp qui n'avaient pas réussi à s'enfuir, même ceux qui n'avaient pas participé à cette révolte ne furent pas épargnés. Puis Himmler ordonne la destruction du camp de Sobibor. Les installations furent démontées, les chambres à gaz et tous les batiments durs fûrent dynamités et les baraquements furent brûlés, tous cela sous la main des sapeurs de la Wehrmacht. A l'instar de Treblinka ou encore Belzec, l'emplacement fût labouré, des arbres y furent plantés, tout cela dans le but de ne laisser aucune trace des activités d'extermination qui avaient eu lieu ici. En novembre 1943 le camp avait disparu. Il n'y a donc pas eu de libération par les Alliés dans le camp de Sobibor comme dans le camp de Tréblinka.

Dans ce centre de mise à mort, de mai 1942 à à l'été 1943, plus de 250 000 juifs furent assassinés. Sur cette estimation de 250 000 victimes, il y eut 2000 français, déportés par les convois 52 et 53 au départ de Drancy, les 23 et 25 mars 1943.

En 1960, sous l'initiative du Conseil de la Sauvegarde du Souvenir du Combat et du Martyre polonais, on a érigé un mausolée renfermant les cendres des prisonniers assassinés et un monument afin de commémorer toutes les victimes de Sobibor. Depuis 1993 on y trouve aussi un musée, le musée de l'ancien camp d'extermination nazi à Sobibor.

 

Conclusion

Nous avons donc là deux actes héroïques, qui occupent une place majeure dans la découverte de l'univers concentrationnaire, puisque les témoignages des 98 survivants, recueillis après la guerre, attestent, tout d'abord, de l'existence même de ces deux centres de mise à  mort, jusque là insoupçonnés par l'opinion internationale ; ces témoignages ont permis de retrouver, puis de juger certains criminels SS qui, pour la plupart, se sont enfuis dans les pays d'Amérique latine, et plus particulièrement au Brésil, en Argentine et au Paraguay. Ces criminels retrouvés par les chasseurs de nazis comme Simon Wiesenthal, seront jugés lors de procès comme celui de Treblinka en 1963, celui de Hagen en 1965 pour les SS de Sobibor ou celui de Stangl en 1970 à Düsseldorf. Ces procès ont eux aussi leur importance dans la découverte de "l'industrie de la mort".

Ces soulèvements sont à mettre en lien avec la révolte d'un Sonderkommando (équivalent des totenjuden de Treblinka) du Krématorium IV de Birkenau le 7 octobre 1944. Elles ont en commun le désespoir des insurgés face à la machine de mort allemande, le fait que ces hommes ont considéré qu'ils n'avaient "plus rien à perdre". Cette révolte aboutira à la destruction de ce Krématorium, mais sera écrasée par les gardes. Aucun des révoltés ne survivra à cette journée.

Néanmoins, ces révoltes doivent toutes être commémorées, car toutes attestent d'un courage et d'une force inimaginables à tenter et réaliser l'impossible, et prouvent que même face à la barbarie, face à la mort, même quand "Hier Ist Kein Warum" (Primo Lévi), même quand on est au "Cœur de l'Enfer" (Zalmen Gradowski), il subsistera toujours une lueur d'espoir.

Sources :

Au Fond des Ténèbres de Gitta Sereny // L'interview de Thomas Blatt accordé à l'Express en 2010 // Si c'est un homme de Primo Lévi

Travail réalisé en Accompagnement Personnalisé

par Yvana Minault, Fanny Verra, Lucas Rousseau et Valentin Mahé.

1ère ES. Lycée Henri Bergson. 2014-2015.

 

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