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Espace pédagogique d'établissement

" La négation de l’Homme dans l’univers concentrationnaire nazi"(2017)

Comment s'est mis en place un comité clandestin interne de libération du camp à Buchenwald ?

Par Lili FOUCAL, publié le mercredi 8 mars 2017 09:56 - Mis à jour le vendredi 31 mars 2017 09:54

 

En 1933, Adolf Hitler instaure un régime totalitaire en Allemagne et décide de créer des camps de concentration pour y enfermer les opposants au parti nazi et certaines communautés pour des raisons raciales, comme les juifs et les tziganes. Celui de Buchenwald fut créé durant l’été 1937 en Allemagne, près de Weimar. Suite à l'arrivée de résistants communistes en 1939 puis de nombreux résistants européens, il fut le seul camp insurgé et libéré par un comité clandestin interne de libération. L’écrivain espagnol Jorge Semprun fait partie des déportés ayant choisi de résister contre l’idéologie nazie dans ce camp.

Pour répondre à la problématique « Comment s'est mis en place un comité clandestin interne de libération du camp à Buchenwald ? », nous nous intéresserons dans un premier temps aux conditions de vie auxquelles les hommes sont confrontés, puis nous demander pourquoi ont-ils décidé de résister et par quels moyens. Enfin, nous étudierons la mise en place du comité clandestin.

I) Les conditions de « survie » dans le camp de Buchenwald :

 

Dans les camps de concentration nazis, les hommes subissaient des dégradations physiques et morales abominables. Des humiliations à répétions, toutes visant à leur déshumanisation. Les déportés étaient brisés, par ces dispositifs barbares qu'étaient les camps de concentrations.

Certains d’entre eux ont raconté après la libération ce qu’ils avaient enduré. Écrire peut être une thérapie pour oublier l’horreur vécue. Beaucoup dans leurs écrits ont décrit dans quelles conditions ils essayaient de survivre : « On pourrait raconter n'importe quelle journée, à commencer par le réveil à quatre heures et demie du matin, jusqu'à l'heure du couvre-feu : le travail harassant, la faim perpétuelle, le permanent manque de sommeil, les brimades des Kapos, les corvées de latrines, la "schlague" des S.S., le travail à la chaîne dans les usines d'armement, la fumée du crématoire, les exécutions publiques, les appels interminables sous la neige des hivers, l'épuisement, la mort des copains, sans pour autant toucher à l'essentiel, ni dévoiler le mystère glacial de cette expérience, sa sombre vérité rayonnante : les ténèbres nous étaient échues en partage. », écrit Michel Hugelé.

Tout ceci parait inenvisageable à notre époque, pourtant cette atrocité inhumaine à bien existé. Dans un de ces ouvrages, Jorge Semprun dit avoir découvert à l’âge de 20 ans ce qu'était ce saisissement incomparable que « vivre sa mort. » "Nous ne sommes pas des rescapés, nous sommes des revenants... Ceci, bien sûr, n'est dicible qu'abstraitement. Ou en passant, sans avoir l'air d'y toucher... Ou en riant avec d'autres revenants... Car ce n'est pas crédible, ce n'est pas partageable, à peine compréhensible, puisque la mort est, pour la pensée rationnelle, le seul événement dont nous ne pourrons jamais faire l'expérience individuelle... ("L'écriture ou la vie", pg. 121)

D’autres l’interprète différemment « J'avais traversé la mort, elle avait été une expérience de ma vie. »

Ceci-dit, toutes les citations relatent l’idée d’avoir survécu de ce dont on ne survit pas.

 

II) Une lutte contre la déshumanisation


 

Dans ces conditions de terreur et de maltraitance, il était difficile de faire de la résistance. Cependant, dans le camp de Buchenwald, certains déportés victimes de l’idéologie nazie ont trouvé la force de s’y opposer et de lutter contre cette barbarie afin de conserver leur dignité et leur humanité. La résistance dans les camps a été mise en place dans le but de combattre l’intolérance.

Au travers des témoignages des rescapés, on comprend cette volonté de survivre, souvent animée par l'envie de témoigner de toute cette horreur :

« Il fallait être armé d’une volonté sans faille, d’une volonté d’acier et continuer à se battre pour vivre (et quelle vie !). Conserver l’espoir insensé de survivre, comment cela a-t-il été possible dans un tel enfer ? Surtout, ne pas renoncer. Les épreuves m’ont donné la force de ne pas lâcher prise, car je m’étais persuadé que, si je disparaissais, il n’y aurait plus aucun témoignage.» Jorge Semprun .

 

 

III) Des moyens de résistance variés

 

Beaucoup de détenus ont appris à résister pour survivre dans ces conditions de vie. Privés de toute liberté, un simple acte de solidarité entre détenus peut alors devenir acte de résistance : le moindre bout de pain, le plus petit pansement ou une parole de réconfort compte.

Lorsque les premiers résistants se sont mobilisés dans le camp, il y eu différents types de façons d’enfreindre les règles radicales des S.S.

D’abord, la résistance individuelle a permis de lutter contre l'abandon, le désespoir, et surtout l'oubli de soi. Par exemple, se laver permet d'affirmer son humanité et sa dignité.

Puis, les détenus pouvaient survivre grâce à l’entraide, la fraternité et le partage, en se réunissant par nationalité et en s’entraidant par le partage de la nourriture.

D’autre part, certains ce sont impliqués dans des activités de sabotage. Par exemple celui du travail et du matériel dans les usines allemandes pour retarder ou empêcher la production (notamment d’armes, réduite à environ 40 % de sa capacité potentielle). Après le bombardement du 24 août 1944 qui détruit complètement les usines d’armement, le Comité clandestin récupère et cache des armes et des munitions en perspective d’une action d’autodéfense et de libération.

De même, la vie culturelle est animée clandestinement par certains résistants dans les camps, en organisant par exemple des concerts de Jazz clandestin.

Dans le camp nazi, toute pratique religieuse est proscrite. Dès lors, prier en secret devient aussi un acte de résistance spirituelle qui maintient certains déportés en vie grâce à la foi. Prier, c'est donc résister, car c'est aussi affirmer que l'on n'est humain, doté d'un cœur et d'une pensée.

A Buchenwald, la culture est un facteur de survie important qui rapproche les détenus entre eux et fait naître de la solidarité. Par exemple , Jorge Semprun nous livre dans son roman des moments de partage et de fraternité qu'il a vécu comme ce jour où il a rencontré un homme ayant le même goût que lui pour la musique de jazz et la poésie, dans l'ambiance « l'ambiance délétère » des latrines du camps.

Se rebeller est également un acte de résistance individuelle limité car il ne concerne que des individus très courageux et sont facilement punissables.

On peut résister en désobéissant aux ordres donnés par les SS, ou en récupérant ou volant des armes. C’est cet acte de rébellion qui a permis le soulèvement du camp le 11 avril 1945.

Plus tard, des anciens résistants écriront sur leurs actes de résistance clandestine dans le camp, Marcel Paul écrira dans sa préface du livre de Pierre Durand « Les Français à Buchenwald et à Dora » : « Rejetant la débrouillardise individuelle, immorale et au demeurant inefficace, nous ne pouvions nous appuyer que sur la solidarité, le soutien mutuel, l’aide apportée au plus jeunes, aux vieillards, aux malades, aux désespérés. C’est à partir de cette volonté, née des profondeurs de la détresse, que s’est créée dans les camps de la mort, dès leur naissance, (…) la première forme de l’organisation clandestine. »

 

IV) La mise en place et l’organisation du comité clandestin

 

La Gestapo avait d’abord envoyé à Buchenwald des communistes, puis des juifs, des réfractaires au STO, des gaullistes, des socialistes, etc. L’arrivée au camp de résistants et des communistes étrangers, favorisa la création du Comité international clandestin de résistance, qui fut mis en place par des communistes allemands pendant l’été 1943. L'organisation interne et la solidarité au camp étaient  contrôlées par  ceux-ci, puis les autres nationalités se sont organisées au fur et à mesure autour de ce noyau.

Les résistants français se sont ainsi regroupés en un comité de résistance qu’ils ont créé ensemble : "Le "Comité de Résistance Française", né en mars 1943, qui devient en 1944 le "Comité des Intérêts Français" (CIF). Leurs tâches consistaient à détecter les Résistants français parmi les nouveaux convois de déportés, à sauver la communauté française dans le cadre des règles de la solidarité internationale antinazie, à organiser le sabotage dans les usines nazies, et enfin à organiser la libération du camp.

Toute cette organisation clandestine avait pour but de conserver le contrôle de l’administration parallèle, d’être informé des projets secrets de la SS, d’encourager le sabotage et, dans la mesure du possible, d’organiser la solidarité.

 

L’alliance de ces organisations a permis la prise de contrôle du camp sur les SS le 11 avril 1945, peu de temps avant l’arrivée des américains. Les déportés résistants ont lutté pour rétablir la justice, et le Serment de Buchenwald du 19 avril 1945 illustre cette victoire. Il proclame la nécessité de la justice, de la fraternité entre les peuples, de la lutte contre le nationalisme, du refus du racisme, et du respect de la personne humaine.

 

Ce monument permet de rappeler avant tout le combat de la résistance des communistes dans le camp de concentration.

 

V) Jorge Semprun : :"Nous ne sommes pas des rescapés, nous sommes des revenants..."

 

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Jorge Semprun est né le 10 décembre 1923 à Madrid.

En 1937, pendant la guerre d'Espagne, sa famille s'exile en France. A Paris, il suit sa scolarité puis étudie la philosophie à la Sorbonne. Membre de l'organisation communiste de la Résistance des Francs Tireurs et Partisans, il est arrêté en 1943 par la Gestapo et envoyé au camp de concentration de Buchenwald.

Là-bas il s’intègre dans une organisation clandestine communiste et, peu avant l’arrivé des troupes de Patton, il participe au soulèvement du camp le 11 avril 1945 puis rentre à Paris.

"Nous ne sommes pas des rescapés, nous sommes des revenants... Ceci, bien sûr, n'est dicible qu'abstraitement. Ou en passant, sans avoir l'air d'y toucher... Ou en riant avec d'autres revenants... Car ce n'est pas crédible, ce n'est pas partageable, à peine compréhensible, puisque la mort est, pour la pensée rationnelle, le seul événement dont nous ne pourrons jamais faire l'expérience individuelle... ("L'écriture ou la vie", pg. 121)

A partir de 1953, il coordonne les activités clandestines de résistance au régime de Franco au nom du Comité Central du parti communiste espagnol en exil puis il entre au Comité Central et au bureau politique. De 1957 à 1962, il anime le travail clandestin du parti communiste dans l'Espagne de Franco sous le pseudonyme de Frederico Sanchez.Il se consacre ensuite à l'écriture.

Publié en 1994, "L'Écriture ou la Vie" mêle un récit autobiographique sur la vie de l'auteur après sa sortie d'un camp de concentration, et une réflexion sur la difficulté de raconter l'expérience de la déportation :"Nous ne sommes pas des rescapés, nous sommes des revenants... Ceci, bien sûr, n'est dicible qu'abstraitement. Ou en passant, sans avoir l'air d'y toucher... Ou en riant avec d'autres revenants... Car ce n'est pas crédible, ce n'est pas partageable, à peine compréhensible, puisque la mort est, pour la pensée rationnelle, le seul événement dont nous ne pourrons jamais faire l'expérience individuelle... ("L'écriture ou la vie", pg. 121)

Il  recevra le prix Formentor pour "Le grand voyage", le prix Fémina pour "La deuxième mort de Ramon Mercader". Il devient ministre de la culture du gouvernement espagnol de 1988 à 1991. Il sera élu à l'académie Goncourt en 1996.

Sources :

Lien vers le panneau biographique sur Georges Semprun réalisé par 3 élèves en 2012

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Lien vers l'article sur Charlotte Delbo, une écrivaine déportée

Lien vers le sommaire

Sources

Article du journal "Le Parisien" (6 avril 2001)

 

Article du journal "Libération"

 

Wikipedia

 

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Lien vers l'article sur Charlotte Delbo, une écrivaine engagée