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Espace pédagogique d'établissement

" La négation de l’Homme dans l’univers concentrationnaire nazi"(2017)

De la solidarité dans les camps à ATD quart monde : Geneviève de Gaulle

Par Léo COUET, publié le mercredi 1 mars 2017 09:58 - Mis à jour le vendredi 31 mars 2017 09:33

 

« La destruction de notre âme était le programme de l'univers concentrationnaire ».

A travers cette citation Geneviève de Gaulle Antonioz, nièce du général de Gaulle, née en 1920, nous livre l'analyse de son expérience dans les camps de concentration. Déportée par les nazis dans le camp de Ravensbrück pour acte de résistance en 1944, elle voit naître dans ce camp pour femmes une solidarité entre les détenues. Dès sa libération en avril 1945, elle s 'engage en faveur des plus démunis, et préside ATD quart monde de 1964 à 1998. Elle s’éteint en 2002, et entre au Panthéon en 2015 avec 3 autres résistants. Cette femme est reconnue et admirée pour son parcours de résistante contre le nazisme caractérisé par une solidarité dans le camp puis pour son engagement pour la solidarité avec les plus démunis.

Nous verrons dans un premier temps comment Geneviève de Gaulle a vécu son éprouvante année à Ravensbrück, et la solidarité entrée les déportées. Puis dans un second temps nous étudierons sa présidence d' ATD quart monde après la guerre. Enfin nous exposerons les enjeux de son entrée au Panthéon.

 

I - Une année dans le noir marquée par la solidarité

 

 

Dessin de Jeanne Latourneau,professeur de dessin au lycée Joachim Du Bellay à Angers et déportée, qui montre la déshumanisation dans les camps et la détresse qu'a dû ressentir Geneviève de Gaulle à Ravensbrück

 

Lors de la seconde guerre mondiale, Geneviève de Gaulle entre dans la résistance alors âgée de 19 ans. Elle commence par déchirer des affiches allemandes, fabriquer des croix de Lorraine et arracher du pont de la Vilaine, un fanion nazi. Elle participe au mouvement Défense de la France et distribue le journal dans lequel elle écrit ses articles. C’est pourquoi elle est emprisonnée au Fresnes en 1943 puis envoyée au camp de Royallieu avant d’être déportée au camp de concentration pour femmes de  Ravensbrück en février 1944.

 

Les camps étaient un lieu de déshumanisation pour les déportés. Ils étaient dépossédés de tous leurs biens matériels et moraux. Ils n' avaient  plus d'identité,étaient  triés par catégories et tatoués afin d'être identifiés. De plus un travail exténuant leur était demandé. Dans le camp de Ravensbrück les conditions de vie étaient effroyables. Les femmes pouvaient travailler pendant des heures sous une terrible chaleur, sans eau et sans nourriture, menacées par les coups et les chiens. Dans le camp les maladies se propageaient très rapidement. Malgré cela Geneviève De Gaulle a su rester solidaire pour ses compagnes.

En décembre 1944, la déportée 27372 est isolée dans le « bunker » du camp, son oncle gouvernant la France libérée. Elle déclare : « Dieu était étrangement absent. Je ne peux pas dire que j'ai douté de son existence, mais il n'était pas là, dans ce bunker. ». « En entrant dans le camp, c'était comme si Dieu était resté à l'extérieur ». Face à ces conditions effroyables, une solidarité s’installe. Ces « voisines de paillasse » dans le camp s’appellent Baty et Félicité. Geneviève de Gaulle se lie par ailleurs d’amitié avec d’autres résistantes comme Jacqueline Péry d’Alincourt, ou Germaine Tillon, elle aussi entrée au Panthéon en 2015.

Elle nous explique que leur union les rend plus fortes moralement, elles survivent en pensant aux unes et aux autres, mais cette solidarité se traduit également par des actes de bonté. Elle nous rapporte que « Le jour de mon anniversaire mes amies m'ont fait un gâteau avec la mie de leur pain et une sorte de confiture ». De plus, quand elle fait l'inventaire de ses biens, on s'aperçoit que tout ce qu'elle possède lui a été donné par d'autres détenues comme des « bouts de tissus » ou de « laine » qu'elles se sont risquées à voler. Un jour lorsque les SS se sont réunis, la détenue chargée du service, entre dans la cellule de Geneviève de Gaulle et lui permet de réparer ses habits. En retour, Geneviève de Gaulle lui offre un mouchoir pour Noël. La détenue lui fera quant à elle parvenir un carton où se trouve « une branche de sapin, un chant français de Noël, des biscuits, une pomme, du lard, deux sucres, une poupée et une étole ». Ce carton a été envoyé par ses amies dans le camp. Ces gestes amicaux sont nombreux et manifestent la volonté des déportées de survivre ensemble. Cette solidarité se retrouve dans d’autres camps.

Geneviève de Gaulle est libérée en avril 1945 grâce à l’Armée rouge.

 

 

II - Une femme engagée et solidaire, ATD quart monde

 

 

Après sa libération, Geneviève de Gaulle est tout aussi engagée. Elle témoigne notamment de la barbarie nazie et participe à la création de l’Association des anciennes déportées et internées de la Résistance. Chargée de l’accueil des rescapées, elle devient par la suite  présidente de l'association en 1958. Puis, elle décide d’aider les plus démunis en découvrant avec horreur le bidonville de Noisy-le-Grand. C’est une lutte qu’elle mène à plein temps dans l'association ’ATD Quart Monde ; organisme fondé par le Père Joseph Wresinski et qu’elle préside à partir de 1964. Cette association repose sur trois grands principes : le refus de l’assistance, le souci de donner la parole aux démunis, la volonté de détruire la pauvreté, et non de la soulager. Malgré ses critiques radicales la présidente du mouvement et son nom plein d’histoire ont réussi à toujours établir un dialogue avec le gouvernement. Après la mort du fondateur d’ATD, Geneviève de Gaulle-Anthonioz reprend seule le projet de ce dernier, à savoir instaurer une loi de lutte contre l’exclusion. Elle n’hésite pas à donner de la voix et arrive à ses fins 10 ans plus tard, en 1998. C’est le dernier combat qu’elle mène puisque cette même année elle quitte la présidence d’ATD Quart Monde pour des soucis de santé et écrit son témoignage sur les conditions et de la solidarité dans le camp de concentration, La Traversée de la nuit. Elle décède en février 2002.

Nous pouvons dire que la vie de ce personnage emblématique qu’incarne Geneviève de Gaulle, a été marquée par la solidarité. En effet, née dans une famille traditionnellement engagée, elle entre très jeune dans la résistance. Elle est ensuite déportée au camp pour femmes de Ravensbrück où elle rencontre des détenues admirables avec qui le mot d’ordre est l’entraide afin de faire face aux nazis. Cet engagement ne s’arrête pas là, après la guerre elle continue de donner de sa personne pour défendre ses idées politiques et lutter contre la pauvreté.

 

III - Le panthéon accueille une héroïne

 

 

Depuis sa mort, Geneviève de Gaulle-Anthonioz a donné son nom à des rues et des établissements scolaires. Cette popularité s’explique par l’importance de son engagement. Par ailleurs, le 27 mai 2015 il a été décidé de transférer sa dépouille au Panthéon au côté de Germaine Tillon, elle aussi déportée à Ravensbrück pendant la guerre, Jean Zay et Pierre Brossolette. Tous les quatre ont consacré une partie de leur vie à l’engagement contre le nazisme même si leur résistance emprunta des voies variées. Ces quatre personnalités sont des modèles de loyauté envers la patrie, c’est pourquoi ils ont été choisis pour reposer au Panthéon. Ce lieu a de nos jours vocation d’honorer de grands personnages tels que les philosophes des lumières ou scientifiques.

 

Les déportés pour raisons politiques, en France, furent nombreux, soient 89000, 40% d’entre eux sont morts. A l'échelle du Maine et Loire, la part de morts parmi les déportés pour raisons politiques est plus importante, soit 60%. Cependant à travers le récit de Geneviève de Gaulle dans La Traversée de la nuit mais aussi de Philippe Claudel dans son roman  Le Rapport de Brodeck nous comprenons que la négation de l’homme ne se traduit pas uniquement par le crime de masse. Dans le camp de Ravensbrück, elle est caractérisée par des conditions de vie abominables, les femmes ne sont plus traitées comme telles. Leurs vêtements leur sont enlevés, leurs cheveux sont coupés, elles sont différenciées par des numéros tatoués sur leurs avant-bras, elles sont amassées dans de sombres pièces, leur douleur entraîne plus de coups, elles doivent fournir des efforts physiques inhumains, et peuvent même être utilisées comme cobaye,… Dans le camp de concentration où se trouve Brodeck les gardes l'appelle « chien Brodeck » et le promène en laisse. Les déportés ne sont dès lors plus considérés comme des Hommes sinon des machines ou des animaux.

 

Bibliographie :

 

- La traversée de la nuit, Geneviève de Gaulle Anthonioz

 

- Babelio, http://www.babelio.com/auteur/Genevieve-de-Gaulle-Anthonioz/118290

 

-ATD Quart Monde, https://www.atd-quartmonde.fr/genevieve-de-gaulle-anthonioz-refuser-linacceptable/genevieve-de-gaulle-anthonioz-une-vie-de-resistances/

 

- Figaro, http://evene.lefigaro.fr/citations/genevieve-de-gaulle-anthonioz

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Lien vers l'article sur les jeunes femmes tsiganes déportées à Ravensbruck

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