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Espace pédagogique d'établissement

" La négation de l’Homme dans l’univers concentrationnaire nazi"(2017)

Germaine Tillion, une ethnologue déportée à Ravensbrück

Par Harmonie NICOLAS, publié le mercredi 1 mars 2017 09:41 - Mis à jour le vendredi 31 mars 2017 09:44

Germaine Tillion, ethnologue, résistante et déportée, devient un symbole aux yeux des français et en 2015, 7 ans après son décès, rentre au Panthéon en tant que femme de conscience et de justice . Grâce à divers livres, vidéos, articles, .. nous chercherons à comprendre comment Germaine Tillion a vécu et analysé - comme une ethnologue- la négation de l'homme dans le camp pour femme de Ravensbrück. Pour cela, il faut comprendre que Germaine Tillion était une femme instruite, et passionnée par sa profession -d'ethnologue- qui consiste à étudier les caractéristiques de différents peuples afin de structurer et de comprendre l'évolution des sociétés. Elle obtient un certificat de l’Institut d’ethnologie en 1932, et part étudier la société des Chaouias en Algérie, 5 ans avant l'arrivée des troupes allemandes en France.

 Lors de son retour en juin 1940 elle retrouve un pays vaincu, Paris dévasté comme "Pompéi après l'éruption" dit-elle, et souhaite immédiatement s'engager dans la résistance après avoir refusé catégoriquement le discours du Maréchal Pétain, voulant collaborer avec l'Allemagne Nazie. Elle est arrêtée en Août 1942 et reste 14 mois à la prison de Fresnes. Enfin, elle est déportée au camp de Ravensbrück en tant que NN " Nacht und Nebel" qui signifie Nuit et Brouillard, une catégorie spéciale de prisonniers résistants destinés à mourir dans les camps. Ravensbrück est un camp situé au nord de Berlin, il est le plus grand camp de concentration pour femme. Il fut construit en 1939 principalement grâce à Himmler.

La résistance de Germaine Tillion face à l'idéologie nazie

Germaine Tillion, étant résistante a dû se cacher et changer d'identité. Elle utilisait le pseudonyme de « kouri ». On peut donc considérer qu'avant même son arrestation elle avait déjà perdu sa réelle identité afin de paraître anonyme et de continuer son activité de résistante contre l'idéologie nazie. Comme nous l'a expliqué Chantal Lazarus, les résistants ne pouvaient plus faire d'étude, n'avaient plus de maison, ne pouvaient plus sortir car cela était trop risqué. De plus, l'amie de Germaine Tillion , Anise Postel-Vinay, raconte que le mot « Travail » remplaçait le terme résistant qui n'était pas employé à l'époque.

L'ethnologue française avait déjà rejeté les idées nazies propagées par les allemands avant même le début de la guerre grâce à un séjour à Koenigsberg en 1933, où elle étudie les théories racistes nazies . Elle considère « le racisme comme une stupidité totalement exécrable ». Quand Germaine Tillion fut arrêtée et interrogée sur ses activités de résistante la peur l’envahit immédiatement. Elle se rappela alors d'une histoire : « Deux Africains sont assis au bord du Niger. Ils n’osent pas traverser à cause des crocodiles. L’un dit : “Ne t’en fais pas. Dieu est bon.” L’autre répond : “Et si Dieu est bon pour le crocodile ?” Ça a achevé de me structurer, car j’ai pensé : aujourd’hui, Dieu a été bon pour le crocodile. »

C'était en vérité une société normale imprégnée par cette idéologie qui la rendait infernale et que Germaine Tillion s'acharnait à comprendre. C'est de là que part sa réflexion sur le rôle du travail des femmes dans le camp de Ravensbrück, comprendre était sa seule lueur d'espoir de sortir de cette fatalité.

L'analyse réfléchie et terrifiante d'une ethnologue résistante déportée

Après seulement quelques temps dans le camp, Germaine Tillion cherchait déjà à comprendre les rouages du système concentrationnaire afin de mieux supporter cette horreur quotidienne et de mieux comprendre le lieu inconnu dans lequel elle se trouvait.

La première chose qu'elle essaya de faire pour mieux comprendre le fonctionnement du camp était de lister les noms des principaux responsables SS, avec leurs rôles, et tenter de cerner leurs comportements. Elle réfléchit à la hiérarchie qui l'entourait : " La Blockowa ou Blockälteste dirigeait un block, secondée par la Stubenälteste ou Stubowa (chef de chambrée) [...] quand les politiques portaient un triangle rouge. Les porteuses d’un brassard rouge étaient, elles, chargées du service d’ordre " grâce à ce travail elle discerne les différentes relations humaines, et rapports de forces. Elle se rendit aussi compte que le camp était composé de plusieurs institutions : Hôpital, bureau de travail, bureau politique, ...

Elle partagea ses observations avec ses camarades résistantes afin de les aider à comprendre, elles aussi, le système qui les entourait. Elle raconte : « Je ne m'imaginais pas vivante, mais quand même, je me disais quelqu'un d'autre sortira du camp. Celle qui sortira pourra le raconter. Si c'était pas moi, c'est une autre. A tout hasard, quand je savais quelque chose, je le diffusais largement pour que ça soit raconté. »

Cette démarche était amplement rendue par ses camarades qui avaient une totale confiance en Germaine. Un jour, après avoir réussi à photographier les jambes mutilées de jeunes filles qui avaient été utilisées pour des expériences, les résistantes décidèrent de les confier à l'ethnologue. Nous pouvons comparer son travail d'analyse avec le travail d'observation que faisait Mme Letourneau dans ses dessins. On remarque le sens du détail qu'avait cette jeune professeur d'art plastique résistante du lycée Joachim du Bellay déportée en 1943.

On aperçoit sur cette image plusieurs femmes par terre, pliées sur elles-mêmes les unes contre les autres. Elles sont recouvertes d'un mince tissu qui semble leur servir de couverture contre le froid.  Elles semblent souffrir. On voit seulement un visage au centre du dessin qui exprime la douleur qu'elles semblent toutes ressentir. Ce dessin a pour but de montrer les conditions inhumaines dans lesquelles vivaient les femmes à Ravensbrück.

Ravensbrück un camp de femmes à logique économique

Germaine Tillion lors de son arrivée sentit la présence de la mort d'une façon "immédiate et brutale". Une des premières certitudes qui toucha l'ethnologue fut que le camp pouvait paraître comme " un système d'incarcération totalement chaotique et irrationnel " mais était en faite " géré par une logique froidement calculé et méthodique". C'était en vérité une société normale imprégnée par cette idéologie qui la rendait infernale et que Germaine Tillion s'acharnait à comprendre. Elle écrit "Comprendre ce qui vous écrase est en quelque sorte le dominer ". C'est de là que part sa réflexion sur le rôle du travail des femmes dans le camp de Ravensbrück, comprendre était sa seule lueur d'espoir de sortir de cette fatalité. La première chose qu'elle essaya de faire pour mieux comprendre le fonctionnement du camp était de lister les noms des principaux responsables SS, avec leurs rôles, et tenter de cerner leurs comportements. Elle réfléchit à la hiérarchie qui l'entourait : " La Blockowa ou Blockälteste dirigeait un block, secondée par la Stubenälteste ou Stubowa (chef de chambrée) [...] quand les politiques portaient un triangle rouge. Les porteuses d’un brassard rouge étaient, elles, chargées du service d’ordre " grâce à ce travail elle discerne les différentes relations humaines, et rapports de forces.

L'analyse principale de Germaine Tillion démontrait principalement  la logique économique du camp. "Le camp s'entretenait entièrement ce qui réduisait les dépenses." écrit-elle lucidement sans aucun cynisme. Des entreprises installées non loin de Ravensbrück, certaines dans le camp même, louaient les femmes et les exploitaient. Germaine Tillion se rendit compte alors que les entreprises qui payaient leurs mains d’œuvre une misère appartenait à Himmler, comme le terrain sur lequel avait été construit le camp. Germaine découvrit alors toute les agissements des nazis. Le camps et les entreprises appartenaient au même homme qui s'occupait de la gestion de ceux-ci souhaitant alors pouvoir y gagner de l'argent, afin de compenser les dépenses que les camps d’exterminations engendraient.

Elles géraient également entièrement le camp ; constructions de route, hôpital, plomberie, cuisine,... D'après la réflexion de Germaine Tillion le camp devait être une "affaire commercial non déficitaire" elle dénonce cette atrocité en quelques lignes : "capitaliste ingénieux : là où rien ne pousse, on installe un camp de concentration, et c'est une véritable mine d'or!"

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