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" La négation de l’Homme dans l’univers concentrationnaire nazi"(2017)

Les familles tziganes dans le centre de mise à mort d'Auschwitz-Birkenau

Par LOIC COCHENNEC, publié le mercredi 1 mars 2017 09:40 - Mis à jour le vendredi 31 mars 2017 09:29

Les tziganes sont un peuple originaire de l'Inde, présent en Europe depuis le début des temps modernes et menant une existence nomade. Le mot tzigane désigne un ensemble de groupes, parmi lesquels il y a les Roms, les manouches, les gitans...

Des familles tziganes ont été enfermé dans les sous-camps d'Auschwitz-Birkenau, près de Cracovie en Pologne pendant la Seconde Guerre Mondiale (1939-1945). Leur histoire est moins connue que celle des Juifs mais ils furent tout de même martyrisés par les nazis. On estime que 250 000 Tziganes, principalement allemands, belges ou  de l'Europe des balkans (Sud-Est) ont été exterminés en Europe sur environ 700 000 tziganes.

Dans une interview, l'historienne Marie-Christine Hubert nous apprend ceci : « Les Tziganes font partie de la "race aryenne", à l’origine. Mais pour les nazis, c'était inconcevable. Les scientifiques allemands en sont donc arrivés à la conclusion que les Tziganes s'étaient tellement métissés avec les plus basses classes sociales qu’ils n'étaient plus purs et ne pouvaient par conséquent pas être considérés comme aryens. Ils ont ainsi justifié leur extermination. »

La problématique est la suivante : comment vivaient les familles tziganes dans le sous-camp d'Auschwitz-Birkenau et en quoi leur sort est une forme de négation de l'homme ?

Dans une première partie, nous examinerons les conditions de vie des ces nombreuses familles tziganes dans les camps. Puis dans une seconde partie, nous verrons en quoi leur sort est une forme de négation de l'homme.

                                                                                                 

                

camp d'internement des tziganes de Marzahn,

1er camp d'internement pour les tsiganes ouvert en 1936 près de Berlin

Ces familles seront déportées dans le centre de mise à mort Auschwitz- Birkenau en 1943

 

Des familles tziganes réunies, une particularité à Auschwitz,...

Auschwitz est un camp de concentration et d'extermination.C'est le plus grand camp de concentration du Troisième Reich. Il fut construit en 1940 et dirigé par les SS (une des principales organisations du régime nazi) et libéré par l'Armée rouge en 1945. Le camp est séparé en trois parties, trois sous-camps : Auschwitz I qui est le camp principal, Auschwitz II aussi appelé Birkenau qui est le centre de mise à mort, et Auscwitz III aussi appelé Monowitz qui est le camp de travail (sources : wikipédia et site du lycée « Auschwitz, camp d'extermination pour les tziganes »).

La police allemande a déporté au total 23 000 tziganes, dont des familles entières, à Auschwitz Birkenau.

Les conditions de vie dans le "camp des familles tziganes" d’Auschwitz-Birkenau contribuèrent à la propagation de maladies infectieuses et d'épidémies qui réduisirent considérablement la population. Près de la moitié des Tziganes mourut dans les premiers mois suivant leur arrivée, par manque de nourriture, de chauffage, d’abri et de médicaments. Les nazis faisait également subirent aux tziganes des expériences médicales. Il y a eu des expériences sérologiques (désigne l'étude des sérums et également l'étude des modifications que présente le sérum à cause d'une pathologie) afin de déterminer comment les différentes “races” résistaient à diverses maladies contagieuses. Les chercheurs nazis testèrent différentes méthodes pour trouver une procédure efficace et peu coûteuse de stérilisation de masse pour ceux qui jugeaient indésirables du point de vue racial ou génétique (source : ushmm « Le génocide des Tziganes européens, 1939-1945 »).

Néanmoins, ils étaient moins maltraités que les juifs. Les tziganes étaient les seuls à être réunis en famille dans les camps. Ils n’allaient pas travailler et leurs enfants bénéficiaient d’écoles et de jardins d’enfants. Ils n’étaient pas tondus et avaient gardé leurs vêtements de civils. Ils avaient cependant autant de nourriture que les juifs séléctionnés pour le travail, mais même si elle était insuffisante, comme ils ne travaillaient pas, cela leurs « suffisait » par rapport aux juifs. Le soir des orchestres tziganes jouaient de la musique (source : site du lycée « Auschwitz, camp d'extermination pour les tziganes »). Avec cette musique, de nombreux survivants révèlent que la pratique des chants étaient pour eux, une source d'espoir, un remède qui leur donnait du courage et l'envie de résister à cette barbarie. La musique des Tziganes regroupés en famille dans des sous-camps comme à Auschwitz Birkenau leur permettaient également d'évacuer leur inquiétude et leur angoisse (source : site du lycée « Les tziganes : résister par l'Art et la Littérature »).


 

,,, mais toutes exterminées en août 1944

                                                   Photo d’identité d’une Tsigane internée au camp d’Auschwitz.

Pologne, vers 1944. Federation Nationale des Deportes et Internes Resistants et Patriotes

La nuit du 1er août 1944, Himmler prend la décision de gazer les Tziganes survivants dans les sous camps. Cette nuit est appellée « zigeunernach », c'est-à-dire « la nuit des Tziganes ». Deux témoignages révèlent l'effroi de cette nuit. Le premier, d'après Mr Bergoffen ancien déporté juif d'Angers à Auschwitz, dit : « Près de nous étaient internés des tziganes. J'étais présent le jour où ils ont été exterminés. Nous les avons entendus, leurs cris,, leurs hurlements… ». Et le deuxième vient du Général Rogerie, auteur de  « Vivre c'est Vaincre » écrit au retour de déportation , dit dans le film "Témoins de la Nuit" du conseil général 2012 : « J'étais une nuit j'allais donc m'endormir sur mon bas flanc au 3ème étage des lits du camp hôpital. Il y avait à côté le camp E le camp des tziganes qui vivaient en famille mais que n'allaient pas au travail. Or un soir vers onze heures, j'attendais pour m'endormir, j'ai entendu un ronflement de camions et entendu arriver des camions en grande quantité. J'ai tout de suite compris ce qui se passait. On venait chercher les tziganes pour les envoyer à la chambre à gaz. Alors il y a eu un bruit terrible, des cris de toute sorte des crises de nerfs, tout ce que l'on voudra, et je parle du petit lanterneau qui y avait sur chaque bâtiment. C'était la lune, et je pensais à cette phrase de Chateaubriand dans les funérailles d'Atala : « la lune prêta son pâle flambeau pour cette veillée funèbre » et ils venaient chercher les tziganes qui ont été embarqués en camion et qui ont été gazés dans la nuit. Évidemment une fois partis, je ne savais pas où ils allaient, je n'ai pas vu mais c'est épouvantable car les gens savaient, eux qui avaient un camp qui donnait sur la rampe et qui voyaient tous les jours les gens choisis pour aller dans la chambre à gaz alors ils savaient qu'on allait les exterminer. Alors c'était des cris horribles de gens et les SS ont dû taper dessus à tour de bras mais bon on ne savait pas trop. Cette nuit là le camp a été vidé et au lendemain matin il n'y avait plus de tzigane à Birkenau. Voilà c'est triste il n'y a donc pas eu que les juifs mais également les tziganes, le racisme c'est ce qu'il y a de plus terrible, parce que les gens sont d'une autre société on les condamne, faites attention. C'est très important. Voilà les tziganes. »


 

De la déportation à l'extermination,

tout révèle de la négation de l'homme

Nous pouvons parler de négation de l'homme. En effet, des familles entières furent enfermées ensemble dans des camps comme du bétail. Dès leur départ, ils furent entassés par centaines dans des wagons de marchandises verrouillés où certains moururent avant même d'arriver dans les camps. Ils ont été emmenés en troupeau jusqu'aux chambres à gaz pour être exterminés, tel un abattoir.

Ils subirent les mauvais traitements des SS. Ils ont été violentés, battus et ont subis des expériences pseudo-médicales, comme des projets sur le noma, maladie qui provoque de graves mutilations faciales. Pour cela, ils traitaient un grand nombre d'enfants tziganes souffrant de cette maladie, en leur administrant des vitamines et des sulfamides. Mais dès que les progrès étaient suffisants pour attester de l'efficacité du traitement, ils interrompaient celui-ci et laissaient les enfants rechuter. Ils mettaient également en place des programmes de recherche pseudo-scientifiques, portant sur les jumeaux, mais aussi sur les nains, les bossus, les transsexuels (source : wikipédia « Expérimentation médicale nazie »).

Les tziganes ne pouvaient pas exprimer leurs sentiments. Ils étaient réduit à l'état de machines. Par exemple, Ceija Stojka, une ancienne déportée tzigane, exprime ses sentiments à l'aide de la peinture. « J'avais besoin de crier », « J'ai pris le stylo pour écrire, car j'avais besoin de m'ouvrir, de crier » expliquait-elle en 2004 lors d'une conférence au Musée juif de Vienne (source : site du lycée « Les tsiganes : résister par l'Art et la Littérature »).

                                                         

"Die Finsternis von Bergen-Belsen'' (''Ténèbres de Bergen-Belsen''), décrivant la vie à l'intérieur du camps

 

250 000 tziganes exterminés: Un crime contre l'humanité

Le génocide tzigane est classé crime contre l'humanité par la Charte de Londres en 1945. Il désigne une violation délibérée des droits fondamentaux d'un individu ou d'un groupe d'individus inspirée par des motifs politiques, philosophiques, raciaux ou religieux (source : wikipédia « Crime contre l'humanité »).
 


 

Contrairement aux juifs, les tziganes vivaient en famille et étaient moins mal traités, cependant leurs conditions de vie étaient pitoyables. Ils étaient enfermés en familles entières dans des sous-camps, par exemple à Auschwitz. Certains tziganes ont subi des expériences médicales, et beaucoup perdirent la vie à cause du manque de nourriture, de chauffage, d’abri et de médicaments. Ces conditions de vie dans le camp contribuèrent à la propagation de maladies infectieuses et d'épidémies qui décima beaucoup de familles. Du début à la fin, les tziganes furent déshumanisés et traités pire que des animaux. Ils furent finalement exterminés en août 1944.

 

Sources :

Site du lycée "Auschwitz, camp d'extermination pour les tziganes".2015

Ushmm "Le génocide des Tziganes européens, 1939-1945".

https://www.ushmm.org/wlc/fr/article.php?ModuleId=75

Site du lycée "Les tziganes : résister par l'Art et la Littérature".2016

"Vivre c'est Vaincre", par le Gal  Rogerie. 1946.Film "Témoins de la Nuit " du conseil général. 2012

 

Wikipédia "Expérimentation médicale nazie".

Wikipédia "Crime contre l'humanité".

CCLJ  "Shoah : ces Tsiganes qu'on rejette".

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Lien vers l'article sur Victor Pérahia, un enfant déporté avec sa mère à Bergen Belsen

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Pièces jointes