En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies à des fins statistiques anonymes.
En savoir plus sur la gestion des cookies

Espace pédagogique d'établissement

" La négation de l’Homme dans l’univers concentrationnaire nazi"(2017)

Les jeunes femmes tsiganes déportées à Ravensbrück

Par Alice HERVE, publié le mercredi 1 mars 2017 09:41 - Mis à jour le vendredi 31 mars 2017 09:31

Durant la Seconde Guerre mondiale, des jeunes femmes tsiganes ont été déportées à Ravensbrück. Elles subirent diverses maltraitances ainsi que des expériences médicales. Environ 250 000 Tsiganes sont morts en Europe sur 700 000 environ.

Le camp de concentration nazi de Ravensbrück fut, après la fermeture de celui de Lichtenburg, le seul camp de concentration nazi presque exclusivement réservé aux femmes. Les premières prisonnières arrivèrent le 18 mai 1939 : 800 femmes allemandes et 7 femmes autrichiennes. Le nombre de prisonnières augmente très rapidement : 400 Tsiganes autrichiennes arrivèrent le 29 mai.

Tsiganes, c'est l'ensemble des populations originaires de l'Inde apparues en Europe dès le XIVème siècle et qui vivent encore aujourd'hui de manière nomade.

Nous allons nous intéresser aux jeunes femmes tsiganes déportées à Ravensbrück, celles-ci ont subi une peine d'exil, internées dans un camp de concentration à l'étranger.

 

Comment Ravensbrück, camp de concentration presque exclusivement réservé aux femmes, représente-t-il la négation de l'Homme pour les femmes tsiganes  ?

 

En première partie, « Conditions de vie, en deuxièmes », en seconde partie « Les jeunes femmes tsiganes déportées » et en troisième, « Le sort réservé aux enfants tsiganes ».

 

I-Les conditions de vie particulières des jeunes femmes tsiganes à Ravensbrück

 

Jusqu'au mois d'octobre 1941, Ravensbrück est un camp de rééducation où la vie est encore "acceptable" et les corvées relativement peu pénibles. Seulement, à la fin de cette année le camp devient un lieu d'extermination.

Environ 250 000 Tsiganes sur 700 000 sont morts en Europe. Les détenus portaient un triangle coloré selon leur catégorie : noir pour les Tsiganes (et les prostituées).

Détenus tsiganes au travail forcé dans le camp de concentration de Ravensbrück.

Allemagne, entre 1941 et 1944. Bildarchiv Preussischer Kulturbesitz

Les Tsiganes sont affectées dans les kommandos les plus difficiles.Les sévices et exécutions suivants ne sont pas réservés aux Tsiganes mais elles en sont tout autant victimes.

Sévices:

À côté des sévices quotidiens, gifles, insultes, morsures de chiens, etc., existe à Ravensbrück toute une gamme de punitions, comme dans les autres KZ.

La pause : Souvent corsée par la privation de nourriture, accompagnée de coups, la pause, station debout au garde-à-vous dehors devant le Block, peut durer une journée et une nuit, quelquefois plus longtemps. La pause peut être collective pour un Block, un atelier.

La bastonnade : Le règlement prévoit, là aussi, 25, 50 et parfois 75 coups, appliqués dans les mêmes conditions que dans les autres KZ. Lorsque les 50 coups sont donnés en une seule fois, la prisonnière meurt assez souvent. Elle meurt toujours lorsqu'il s'agit de 75 coups.

Le Starfblock : C'est le Block disciplinaire, la prison du bagne. La promiscuité y est effroyable. Il est toujours surpeuplé, à tel point qu'il n'est pas possible de s'asseoir pour manger.
Se laver ou se rendre aux toilettes est quasiment impossible. Les conditions de travail ne sont pas moins atroces: déchargement de bateaux, de briques, de sable, de charbon, etc. L'une des punitions les plus pénibles est la vidange que décrit une des détenues qui en est victime:

« Nous partons le matin hors du camp, dans un lieu isolé où un système de pompes amène cette précieuse marchandise brassée et mélangée à souhait dans un immense bassin. Nous devons alors descendre pieds nus dans cette bouillie et faire de nos mains des boulettes en y mélangeant la cendre chaude encore du crématoire: celle-ci est apportée dans des brouettes par d'autres colonnes de punition. Ces boulettes sont ensuite ramassées par d'autres prisonnières, puis mises à sécher. Elles doivent servir d'engrais pour les Allemands. Je fais pendant deux mois ce travail horrible, tant par l'impression que ces cendres sont celles de nos camarades mortes les jours précédents que par la puanteur de ce mélange à faire en plein été (juillet et août 1944). »

Les greffes d'os et les expériences médicales dont les stérilisations des femmes tsiganes :elles ont été pratiquées à Ravensbrück entre le 1er août 1942 et mars 1943, quelques opérations supplémentaires ayant lieu le 16 août 1943. Elles eurent lieu afin de tester l'efficacité de médicaments nouvellement développés à base de sulfamides (sulfanilamide). Les expériences pratiquées furent les suivantes : expériences sur la gangrène gazeuse, expériences sur la régénération des muscles, des nerfs et des os, expériences de stérilisation de femmes, expériences de greffes de peau, expériences mystérieuses avec une poudre blanche non identifiée. A Ravensbrück, les déportées soumises à ces expériences étaient appelées les "lapins".

Exécutions:

Le nombre des décès quotidiens pour " mort naturelle ", si l'on peut appeler ainsi les décès consécutifs à la faim, à la maladie, au manque d'hygiène, aux coups reçus, etc., ne cesse de croître au fil des mois. En même temps, les nazis tuent de plus en plus par tous les moyens.

les pendaisons : Elles ont lieu sur la place d'appel des kommandos extérieurs, devant toutes les détenues, les kapos, les SS et le commandant du camp. Le plus souvent le ou les corps restent pendus toute la journée.

les fusillades : Le commandant adjoint du KZ Schwarzhuber avouera au procès de Hambourg que, pendant son séjour du 12 janvier au 22 avril 1945, il y eut 25 pelotons d'exécution. Sans compter les exécutions individuelles par balle dans la nuque. Ces exécutions ont lieu hors de la vue des déportées près du crématoire, dans " le couloir des fusillées ". Les déportées vivent dans la crainte permanente de ces exécutions.

le Jugendlager : À Ravensbrück, il permet l'exécution camouflée, sous le couvert d'un camp de repos, des déportées âgées, malades et inaptes au travail.

les empoisonnements : Les femmes malades du Revier sont aussi tuées par le poison.

les gazage : Dès le mois de décembre 1944 commence (dans la chambre à gaz du camp) l'extermination systématique en trois temps:

 

• d'abord l'extermination des malades dites incurables: tuberculeuses, paralysées, folles et idiotes des Blocks 9, 10 et 11 ;

• puis l'extermination des autres malades: maladies rénales, dysentériques, larges plaies suppurantes, œdèmes généralisés, œdèmes de famine des Blocks 6, 7 et 8.

• enfin viennent les sélections pratiquées dans les Blocks ou sur le lieu de travail. Les convois d'autres camps amenant de plus en plus de monde, on ne distribue même plus de numéros matricules. Certains petits transports, des femmes en nombre inférieur à 120, arrivent à la gare et n'entrent même pas dans le camp. Elles sont acheminées directement à la chambre à gaz.

 

II- Les jeunes femmes tsiganes soumises à des expériences médicales à Ravensbrück

Victime tsigane des expériences médicales nazies pour rendre l’eau de mer potable. Camp de concentration de Dachau, Allemagne, 1944.

— National Archives and Records Administration, College Park, Md.

Des milliers d'entre Elles ont par ailleurs été stérilisées : les médecins SS procédèrent à des expériences de stérilisation sur les femmes et les enfants pour en mettre au point une méthode efficace. En effet, à partir de l'été 1942, ces médecins soumirent les prisonnières du camp à des pseudo expériences médicales. Ils expérimentèrent des traitements contre les blessures avec différentes substances chimiques pour prévenir les infections mais également différentes méthodes de fixation et de transplantation des os. De telles expériences comprenant des amputations, la plupart en périrent.

 

 

 

III-Le sort réservé aux enfants de déportées tsiganes à Ravensbrück :« Les crimes commis sur les nouveaux nés étaient presque inimaginables"

 

120 à 140 petites Tsiganes furent opérées du 4 au 7 janvier 1945. Les plus jeunes n'avaient que 8 ans. Un spécialiste de ces opérations vint sur place. Toute une équipe médicale y participa. Une femme médecin tchèque déportée, radiologue, dut installer l'appareil radiologique en position horizontale. Elle-même et deux collègues virent ensuite entrer une à une les petites filles. On entendait les pleurs et les cris des enfants et on les voyait transporter, sanglantes, dans une autre pièce de l'infirmerie, où on les posait sur le plancher. Les trois prisonnières radiologues furent obligées de développer les films radiologiques pris pendant les opérations. Elles les montrèrent en cachette à plusieurs collègues tchèques. On voyait un liquide opaque dans l'utérus et les trompes, c'était en fait un liquide stérilisant.

Marie José Chombart de Lauwe, affectée à la Kinderzimmer en 1944, annonce : « Les crimes commis sur les nouveaux nés étaient presque inimaginables : ou bien ils étaient tués dès la naissance ou bien on les gardait vivants dans des conditions si mauvaises que la survie au-delà de douze mois était improbable. »Elle qualifie cette situation comme étant la suite du crime contre l'humanité.

Témoignages de

Mme Chombard de Lauwe

(résistante et déportée au camp de Ravensbruck puis au camp de Mauthausen )

et de M. Maingot

(résistant angevin, déporté au camp de Mauthausen)

IV) Un génocide et un crime contre l'humanité

 

Dans son livre, "Ravensbrück", Germaine Tillion dit: "Dans le long catalogue des crimes allemands rien n'a atteint le martyre des Tziganes (même pas celui des Juifs qui ont eu souvent la chance de mourir vite): toutes les variétés d'assassinats ont été essayées sur eux, plus souvent que n'importe quel autre peuple ils ont dû servir de cobayes pour les expériences "scientifiques" et à Ravensbrück, si quelques Allemandes ont été stérilisées à titre punitif et individuel, comme stérilisations en série il n'y eut que celles des Tziganes – y compris les toutes petites filles."

 

Les nazis leur ont imposé un régime de terreur destiné à humilier et briser les individus en tant qu'êtres humains. Après la défaite de l'Allemagne hitlérienne et la découverte de l'horreur concentrationnaire, les vainqueurs ont tenu à juger les principaux responsables nazis en rajoutant à l'accusation la notion de crime contre l'humanité. Il y eut en tout sept procès, le premier débuta le 5 décembre 1946. Les médecins encoururent de quinze ans de prison à une peine de mort (certains se suicidèrent). Les gardiennes-chefs quant à elles furent soit acquittées, faute de preuves, soit elles encoururent de 3 ans de prison à une peine de mort.


Fritz Suhren, un officier de la Schutzstaffel et commandant du camp de 1942 à 1945 fut poursuivi pour crimes contre l'humanité, condamné à mort et exécuté en juin 1950. Il plaida durant son procès : « Ce n'était que des Tziganes » et se montra choqué d'être jugé pour cela. Marie-José Chombart de Lauwe témoigna contre lui lors des procès successifs du camp de Ravensbrück qui s’étendent de 1946 à 1950.

Témoignages Marie José Chombart de Lauwe: http://www.najat-vallaud-belkacem.com/2013/12/15/marie-jose-chombart-de-lauwe-resistante-deportee-temoigne-de-lenfer-des-camps/

 

Le génocide des Tsiganes est qualifié de crime contre l'humanité et fit environ 250 000 victimes durant la seconde guerre mondiale  sur 700 000 tsiganes vivant en Europe.

Femmes tsiganes et enfant. Roumanie, années 1930.

— Library of Congress

 

 

Sources:

https://www.ushmm.org/wlc/fr/article.php?ModuleId=75

halshs.archives-ouvertes.fr

ushmm.org

Wikipédia

pagesperso-orange.fr

encyclopedie.bseditions.fr

http://www.cercleshoah.org/spip.php?article197

Témoignage au lycée de Mme Chombard de Lauwe (résistante et déportée au camp de Ravensbruck puis au camp de Mauthausen )

--------------------

Lien vers l'article sur les familles tsiganes à Auschwitz

lien vers le sommaire

 

Pièces jointes

À télécharger

 / 1