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Espace pédagogique d'établissement

" La négation de l’Homme dans l’univers concentrationnaire nazi"(2017)

Quelle place pour la religion dans les camps nazis ?

Par Anouck DESLANDES, publié le lundi 16 janvier 2017 13:52 - Mis à jour le vendredi 31 mars 2017 09:49

 

À Treblinka,centre de mise à mort,  un déporté travaillant proche du baraquement de déshabillage des femmes raconte :

« Il y avait là des femmes qui, aux derniers instants de leurs existences, tentaient de trouver un réconfort en Dieu et allèrent à la mort avec le nom Adonai (Dieu) sur leurs lèvres.                                                                                                                                                                                                                                                            D’autres priaient pour un miracle du ciel, pour une grâce de dernière minute. J’ai vu une femme de grande taille portant une perruque levant ses bras vers le ciel comme un Cantor devant l’Arche ; derrière elle un groupe de femmes, également avec les bras levés, récitaient après elle, mot à mot : ‘Entend, Ô Israël, l’Eternel notre Dieu est Un. Nous sacrifions nos vies pour Kiddush HaShem. Venge-nous de nos ennemis pour leurs crimes, venge notre sang et le sang de nos enfants, et dites : Amen’. » Certes secondaire, la religion a tout de même un rôle important les centres concentrationnaires Nazis.


I) Une activité religieuse qui n'a pas sa place dans les camps.

 

D’après de nombreux témoignages, dans l’univers cauchemardesque des camps de concentration et des centres de mise à mort nazis, beaucoup croient encore en Dieu. Ceux qui ont la chance de se trouver encore dans les sections concentrationnaires ou dans les Arbeitskommando des camps entendent fréquemment des prières s’élever des secteurs d’extermination… Durant leurs derniers instants sur terre, ceux qui sont menés directement des quais d’arrivée jusqu’aux chambres à gaz s’abîment dans la foi et dans l’ultime espoir de solliciter le Père qui est au Ciel…

 

a) Plusieurs confessions pour les déportés

Hitler décide que tous les prêtres catholiques et pasteurs protestants allemands ou étrangers de tous les camps de concentration soient transférés à Dachau : en 1944, le Block 28 abrite 800 prêtres polonais (ils avaient été plus de 1 800 dans les camps...) ; les prêtres des autres nations (dont 300 Allemands) sont enfermés dans les block 28 et 26, ce dernier comportant une chapelle. Le sort des prêtres est nettement meilleur que celui des autres déportés.

 

  Jacques Chupin un réfractaire au STO originaire de la Pommeraye et déporté.

Photographie 1946

 

D'après Jacques Chupin, déporté à Sachsenhausen en tant que résistant, écrit dans son livre «  Face à l'inimaginable » publié en 2002 : '' Le groupe de l'abbé Berthault grossit très vite, s'y associent des chrétiens pratiquants mais aussi des personnes indifférentes à la religion, des athées, tous en quête de soutien moral sans laquelle il était impossible de survivre''. '' Chaque semaine, les déportés religieux se réunissaient le dimanche après-midi''.
Peu importe leur religion les déportés recherchaient juste un soutien.


b) Des conditions difficiles

Il n’y a pas de livres religieux dans les camps d’extermination, ni de châles de prière, ni de teffilin…  Et pourtant, sous la direction de quelques déportés, des pratiques religieuses sont organisées. Meir Grinberg, Kapo du « Groupe Bleu » de Treblinka (groupe chargé de nettoyer les wagons après chaque arrivage), tient l’office du soir à l’intérieur des baraquements, terminant le service par El Male Rachamim, en mémoire des disparus de la journée. Les SS se tiennent non loin, ou même tout près du baraquement, pour écouter eux aussi la voix de Grinberg…

c) Maximilien Kolbe un prêtre résistant et martyr

En 1917, alors qu'il est encore étudiant, il fonde avec quelques frères "la Milice de l'Immaculée", mouvement marial au service de l'Eglise et du monde.
Prêtre en 1918, il enseigne la philosophie et l'histoire. Dès 1922, il fonde un mensuel pour diffuser la pensée de la Milice et, un peu plus tard, il crée un centre de vie religieuse et apostolique appelé "la Cité de l'Immaculée". En 1930, il se rend au Japon où il fonde encore une autre "Cité". Maximilien est très soucieux de la diffusion de la pensée religieuse par les moyens modernes, les medias. Il rentre définitivement en Pologne en 1936.
Fait prisonnier en 1939, battu, libéré, puis de nouveau arrêté en février 1941, il est déporté au camp d'Auschwitz en mai. A la suite d'une évasion, dix prisonniers sont condamnés à mourir de faim enfermés dans un bunker. Parmi eux, un père de famille. Maximilien s'offre de mourir à sa place. On lui demande "Qui es-tu ?" - "Prêtre catholique". Il meurt dans le bunker, le dernier après avoir aidé ses compagnons dans la patience, la paix et le réconfort.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                                            Maximilien Kolbe, prêtre martyr

 

II)Le nazisme, une idéologie éloignée de toutes religions.

 

a) Le mépris des Nazis pour la religion

Les SS tolérèrent les manifestations religieuses dans les camps de la mort. Sans doute, les SS des camps n’y voyaient-ils aucun inconvénient du moment qu’elles n’interféraient pas avec la bonne conduite du « travail ». Sans doute y voyaient-ils aussi une soupape pour le stress des déportés, ou une activité nocturne relaxante. Mais ces cérémonies étaient également pour eux une source de curiosité, d’amusement, d’étonnement… et de ridicule. Cette attitude sardonique paraît pour le moins évidente lorsqu’on constate que les SS accrochèrent un rideau de Torah sur l’entrée du bâtiment aux chambres à gaz de Treblinka avec, sur un panneau au-dessus, l’inscription

: « Ceci est la porte par laquelle les Justes passent ».


Pour Hitler, l'antisémitisme est surtout motivé pour des raisons raciales : il faut "éliminer" les Juifs qui, en mêlant leur sang, aux Allemands, corrompent la race des Aryens. il y a aussi chez lui, la présence d'un antijudaïsme propre aux chrétiens.

b) Les Nazis poussent-ils les prisonniers au doute religieux ?

Dans le livre Mein Kampf écrit par Hitler, celui-ci évoque la présence d'une alliance entre le nazisme et la religion chrétienne  dans le but d’étouffer la religion Juive : "le juif a atteint son but : catholiques et protestants se combattent à cœur joie et l’ennemi mortel de l’humanité aryenne et de toute la chrétienté rit sous cape…".
 

Les déportés se questionnent :
"Mais donc, si Dieu existe, justement, comment a-t-il pu permettre cela ? Ou encore, pour quelle raison Dieu n’est-il pas intervenu ? Ou encore, pourquoi n’intervient-il pas de nos jours ?"
L'abbé Berthault dit d'ailleurs à Jacques Chupin toujours dans le livre « Face à l'inimaginable » : '' qu 'il y a une justice. Dieu saura reconnaître ses martyrs et punir les assassins.''

Malgré cela des Juifs s’efforcent de continuer à célébrer leurs fêtes religieuses tel que le Sabbat dans des conditions toujours aussi difficiles. Les prières reflètent avant tout une supplication de grâce adressée à Dieu.

                                            

 

c) Jean Daligault, un prêtre, résistant et artiste

Jean Daligault est né en 1899 à Caen. C'était un prêtre, résistant et artiste français. Avec des amis, il rejoint l'Armée volontaire, un des premiers réseaux de résistance. Il est arrêté en août 1941 et finit par se retrouver dans le camp d’internement allemand de Trèves, où il réalise la part majeure de son œuvre. La collection a échappé au bombardement allié et fut retrouvée dans la maison de l’aumônier allemand de la prison de Trèves. Grâce au secours de la religion, à l'aide d'un ecclésiastique allemand et à son travail artistique, l'abbé Daligault tente de survivre dans cet univers infernal.
En dépit du calvaire de sa détention, il arrive à faire preuve d’humour. Il utilise tous les supports à sa disposition : planche de lit, pied de tabouret, lambeaux de papiers journaux… Il confectionne ses pigments à l’aide des couleurs grattées sur les murs de sa cellule.
La veille de la libération du camp de Dachau, il est abattu d’une balle dans la nuque le 28 avril 1945.

 

                     Jean Daligault oeuvre autoportrait

 

Conclusion:

Pour conclure, on peut déjà certifier la présence de la religion dans les camps, même si celle-ci était pratiquée principalement en cachette. Les SS n'en tenaient pas rigueur tant que le travail était bien effectué. Les déportés pratiquaient la religion dans des conditions difficiles mais cela leur apportait tout de même un soutien moral. La religion occupait une place importante dans la vie des déportés croyants.

Sources

Panneau biographique sur Jacques Chupin réalisé par des élèves en 2011. Lien

Sites:

http://www.encyclopedie.bseditions.fr/article.php?pArticleId=14&pChapitreId=34535&pSousChapitreId=34538&pArticleLib=Le+%AB%A0Block+des+Pr%EAtres%A0%BB+%5BDachau%2C+camp+de+concentration+nazi-%3ELa+vie+au+camp%5D

http://deuxiemeguerremondia.forumactif.com/t10066-la-religion-dans-les-camps-d-extermination

http://www.fondationresistance.org/catalogue_2015_2016/index.html#page/1

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Lien vers l'article sur une infirmière à la " maternité" du camp pour femmes de Ravensbruck : Marie José Chombard de Lauwe

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