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Espace pédagogique d'établissement

" La négation de l’Homme dans l’univers concentrationnaire nazi"(2017)

Quelle tombe pour les résistants morts en déportation ? Quel lieu de recueillement pour leurs familles ?

Publié le mercredi 1 mars 2017 10:17 - Mis à jour le vendredi 31 mars 2017 09:12

En quoi le fait de ne pas avoir de tombe dans les camps de concentration pour une partie des résistants morts en déportation est une illustration de « La négation de l’Homme dans les camps nazis » ?

 

 

A partir de 1939, la répression s'abat sur toute l'Europe occupée par les nazis. Ainsi on note un nombre important de déportés pour raisons politiques dans les camps de concentration allemands. En France près de 89 000 personnes sont déportées pour des raisons politique dont plus de 40 % sont morts ; dans le Maine et Loire, on a recensé 1 040 déportés politiques dont 414 sont revenus. Les déportés politiques sont des résistants, ils sont déportés dans des camps de concentration mais lors de leurs périples leurs familles n’ont pu avoir aucune nouvelle. En effet la directive allemande « Nuit et Brouillard » ne permettait aucune correspondance, ni aucune information du déporté à sa famille. Elles ne savaient pas où se trouvait le membre de la famille déporté, elles ne savaient pas si il était toujours en vie et lorsque les camps furent libérés en 1945 les familles ne savaient pas où les corps des résistants se trouvaient.

En effet il n’y a pas de tombe dans les camps de concentration, alors quelle tombe pour les résistants morts en déportation,quel lieu de recueillement pour leurs familles ?

A travers les témoignages de 3 enfants de résistants nous allons tenter de répondre a ce sujet.

I) Le combat des familles

A) «Sur les traces de papa »

Commençons par Louis Legendre, un résistant arrêté par la Gestapo en 1943 car il faisait partie du réseau de résistance «Honneur et Patrie ». Il fut déporté dans le camp de concentration de Buchenwald. Le 8 mai 1945 lors de la capitulation allemande, sa femme prend la décision de solliciter le Ministère des anciens combattants pour avoir des nouvelles de son époux. Elle reçoit alors plusieurs versions racontant la mort de son mari, durant la Marche de la Mort, c’est a dire l’évacuation du camp de Buchenwald pour le camp de Mauthausen suite à l’avancée des Alliés a l’Ouest. Mais en ce qui concerne la date et le lieu du décès, ils restent flous. Le Ministère propose alors deux actes de décès avec des preuves : Le 2 mai à Lubenec ou entre le 20 et le 30 avril a Karlovy Vary. Le ministère décide alors de garder le premier acte. 63 ans plus tard le ministère de les Défense et des anciens combattants communique « l’arrêté du 26 mars 2012 portant modification des informations portées sur des arrêtés attribuant la mention « Mort en déportation » sur les actes et jugements déclaratifs de décès ». La famille a alors la certitude que Louis Legendre est mort le 25 Avril 1945 à Karlovy Vely. Pendant toutes ces années, la famille est restée dans l’ignorance de la vérité. Il est enterré avec 204 autres déportés dans une fosse commune creusée au pied du mur qui sépare le cimetière juif du cimetière chrétien de Drahovice sur les hauteurs de Karvoly Vary.Le 2 juillet il est dignement mis sous terre du coté chrétien par les autorités tchèques avec les 204 autres défunts.

Pour maintenir le souvenir de leurs père, les enfants de ce  résistant ont donc crée un site internet qui parle du monument dédié à leur père, ils ont également crée un livret s’intitulant «Sur les traces de papa » dans lequel se trouve tous les témoignages et toutes les recherches pour retrouver leur père. Ces travaux ont pour but un deuil personnel et un deuil national, c’est un devoir de mémoire.

Cette démarche se rapproche de celle de Madame Rousseau-Rambault, fille de résistant mort au camp de concentration de Mauthausen en Autriche.

Le camp de Mauthausen

B) «Je sens mon père très présent dans son absence »

Nous avons pu la rencontrer et elle nous a fait part de son témoignage. Le père de Madame Rousseau-Rambault est mort gazé, il n’a  pas eu de tombe. Les résistants n'étaient  pas gazés au camp de Mathausen mais quelques kilomètres plus loin, au château d’Hartheim, cet édifice était un centre pour jeunes handicapés mentaux.

Château d'Hartheim

Château d'Hartheim

Suite à  son arrivée au pouvoir, Hitler  a fait exterminer 80 000 handicapés allemands en 1940.  Ce château a donc servi lors de la guerre à tuer  les déportés politiques. 30 000 personnes ont été gazées dont 431 Français. Le château est maintenant un lieu d’histoire, où se trouvent des photos de toute l’histoire des déportés dans les camps avec des plaques d’hommage. L’histoire est décrite dans toute son horreur. Madame Rousseau-Raimbault s’est investie plus de 30 ans dans la création de ce Mémorial. Pour elle ce lieu vaut plus qu’une tombe, le fait qu’il n’y est aucune sépulture rend cet édifice très fort en émotion, elle y trouve une forme d’apaisement, c’est le seul lieu où elle se rapproche de son père elle dit «Je sens mon père très présent dans son absence » Elle nous a répété plusieurs fois que pour elle ce Mémorial est beaucoup plus symbolique qu’une tombe dans un cimetière, le recueillement est beaucoup plus fort. Elle nous a également appris que le plus grand centre pour handicapé d’Autriche a ouvert a quelques mètres du château, ici c’est un lieu de mort mais également un lieu de vie. C’est « La revanche dans le néant » dixit Mme Rousseau-Rambault. Ce lieu aide les familles à surmonter le vide, il y a un grand mur avec écrit les noms des 30 mille victimes mélangées comme ils le sont dans la mort et dans cette horreur la famille retrouve le nom de l’être-aimé. C’est un magnifique lieu de recueillement pour toutes ces familles, un magnifique lieu de proximité et d’apaisement. Ce travail fait par Madame Rousseau-Rambault montre l’engagement des familles pour la mémoire de la résistance, les nazis ne voulaient pas que ces familles déportés politiques aient le souvenir d’eux, mais les familles ont mené de longs et durs combat pour maintenir le souvenir de ces résistants et perpétuer un devoir de mémoire.
 

 

II) De nouveaux lieux de recueillement enfin créés

A) Un monument aux morts à Belle-Beille (Angers)  en 1952

En effet, les familles des résistants morts lors de la 2nde Guerre Mondiale ont longuement insisté afin d'avoir un lieu de recueillement. C'est pour cela que le 28 septembre 1952, suite à leur demande, fut inauguré un monument aux morts à Belle-Beille.
Ce lieu de recueillement est en fait un lieu d'hommage pour, d'une part, les 45 hommes qui ont été fusillés après être sortis de la prison du Pré-Pigeon à Angers, et d'autre part pour les résistants morts dans les camps de concentration mais aussi lors de leur déportation.
Aux pieds de ce lieu de recueillement se trouvent deux coffres, avec dedans des cendres provenant des camps de concentration.
Aujourd'hui, les Angevins viennent se recueillir sur ce lieu deux fois par an, pour perpétuer la mémoire de ces résistants exécutés et torturés.
Enfin, la journée nationale de la déportation en France est le dernier dimanche d'avril.
Monuments aux Fusillés de Belle-Beille

Le monument des Fusillés

B) Un arbre de la Mémoire  au collège Rabelais dans le quartier de Belle-Beille à Angers

 

Enfin, en 2016, des élèves du collège François Rabelais ont effectué un voyage en Alsace, mais surtout une visite du camp de concentration  de Struthof en compagnie de M.Poitevin, fils d'un résistant mort au camp de concentration de Buchenwald en Allemagne.
En revenant de ce voyage, ils ont planté a « un arbre de la Mémoire », au sein de leur collège. En effet, pour planter cet arbre, les élèves de ce collège ont mélangé la terre de leur collège avec de la terre du camp de Struthof.
Là est un autre lieu de commémoration pour les résistants déportés lors de la 2nde Guerre Mondiale.

Arbre de la Mémoire du collège François Rabelais

Ci-dessus des élèves du collège Rabelais plantant "l'arbre de la mémoire"

 

 

Ci-dessus 44 élèves du Lycee Henri Bergson, se trouvant au camp de concentration d'Auschwitz, au monument des fusillés célébrant une minute de silence en mémoire des résistants polonais, français et européens  morts en déportation.

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Lien vers l'article sur Auschwitz, un cimetière sans tombes pour des familles entièrement exterminées

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