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" La négation de l’Homme dans l’univers concentrationnaire nazi"(2017)

"Le fils de Saul" ou comment le cinéma peut-il montrer ou suggérer la négation de l'Homme ?

Par LOIC COCHENNEC, publié le mardi 21 mars 2017 16:34 - Mis à jour le vendredi 31 mars 2017 09:07

 

          Le fils de Saul est un film dramatique de 107 minutes d'origine hongroise coécrit et réalisé par Laszlo Nemes en 2015. En hongrois, il se nomme Saul Fia. Lors du Festival de Cannes de 2015, le film est sélectionné et il remporte d'ailleurs le Grand Prix. Il est ensuite récompensé par l'Oscar du meilleur film en langue étrangère en 2016.

          Le film montre, début octobre 1944, deux journées entières de la vie de Saul Ausländer. Le protagoniste est un prisonnier juif hongrois déporté à Auschwitz. Saul fait partie du Sonderkommando de l'un des fours crématoires du camp. Il est donc forcé, comme d'autres, à participer à la crémation et à la dispersion des cendres des victimes de l'extermination massive. C'est dans ces circonstances qu'il croit reconnaître son fils, mort. Il tente donc de le sauver de l'incinération en lui offrant un enterrement approprié. Entre-temps, les Sonderkommandos se préparent à la révolte : ils souhaitent détruire le crématorium. Cependant, Saul se détourne d'eux car il a pour seule obsession de s'occuper au mieux de son fils, étant donné qu'il n'avait pas su le faire de son vivant.

 

 

          Afin de montrer comment le cinéma peut suggérer la négation de l'Homme dans l'univers concentrationnaire nazi, nous allons commencer par une première partie portant sur l'horreur des camps. Ensuite, nous exposerons quels sont les procédés cinématographiques utilisés. Pour terminer, nous confronterons Le fils de Saul de Laszlo Nemes à La liste de Schindler de Steven Spielberg.

   

  I - L'horreur des camps

 

                                       A - La déshumanisation des déportés

 

          Les déportés sont totalement déshumanisés : ils ne sont que des victimes sans importance. On pourrait les comparer à du bétail puisque après avoir été gazés, ils sont traînés par terre par les Sonderkommando pour être ensuite brûlés dans les crématoriums. Ce fait est accentué par un abattage à la chaîne : les morts se suivent puisque les chambres sont sans cesse en activité. Leurs corps sont floutés au début du film. Cependant, au fur et à mesure de l'histoire, ils ne le sont plus comme si les victimes retrouvaient peu à peu un visage, une identité.

          Les victimes sont manipulées. On le voit particulièrement lors de la scène de la chambre à gaz. Les Sonderkommandos  les invitent à se déshabiller et à accrocher leurs vêtements sur le numéro de crochet qu'ils doivent impérativement retenir. Il y a donc une volonté d'humiliation puisqu'ils sont forcés de se mettre à nus. Ceci dans le but de se rendre à la douche. Afin que cette opération se déroule très rapidement, les Sonderkommandos promettent aux déportés que ces derniers bénéficieront d'un repas chaud après s'être lavés. Mais tout ceci n'est que mensonge : ils vont en réalité être gazés dans les chambres.

 

                                      B -  L'inexpressivité des Sonderkommandos, ouvriers d'une machine infernale

 

          Les Sonderkommandos sont des déportés chargés de convoyer d'autres déportés. Ils forcent les victimes à se dévêtir et à retenir leur numéro de crochet. Puis d'un geste de la main, ils les conduisent dans les chambres, enlèvent leurs corps après leur gazage, les emmènent dans les fours crématoires afin qu'ils soient réduits en cendre et enfin nettoient le sang présent dans les chambres après leur utilisation. Les Sonderkommandos récupèrent également tous les objets de valeur appartenant aux victimes tels que les montres ou encore les dents en or. Saul ne montre aucune expression ni émotion vis-à-vis des actes meurtriers qu'il commet à longueur de journée. C'est un personnage mécanique totalement vidé de son humanité car il exécute inlassablement la même tâche. Les Sonderkommandos sont donc contraints à participer au processus de la solution finale.

          Cependant, on constate qu'il reste à Saul une infime part d'humanité qui lui permet de "sauver" un mort mais également de se sauver lui-même de l'indignité de sa tâche. En effet, celui-ci décide de chercher un rabbin et d'organiser une cérémonie funéraire dans ce lieu qui est pourtant un enfer afin de désigner et d'immortaliser son fils dans cet incessant massacre.

 

 

 

      II - Les procédés cinématographiques utilisés

 

                                       A - Un film réalisé à hauteur d'homme

 

        Tout d'abord, Laszlo Nemes plonge ses spectateurs dans l'imagination grâce à des procédés visuels. Dans les premières minutes du film, le fond est flouté : seul Saul est nettement visible. D'ailleurs, le film entier est centré sur le protagoniste puisque la caméra embarquée le suit du début à la fin. On le voit donc la plupart du temps de dos, portant sa veste de Sonderkommando reconnaissable grâce à la croix rouge peinte grossièrement derrière. Cela donne un effet de reportage. De plus, les identités des victimes sont masquées puisque leur corps et leur visage sont également floutés. Ce n'est cependant pas le cas du fils de Saul : on le perçoit très nettement dès sa première apparition dans le film.

          Le champ de vision est restreint puisque le format est carré : le spectateur peut avoir une impression d'étouffement, d'oppression. Le réalisateur a décidé de filmer "en direct" afin de rendre son œuvre la plus réaliste possible. Son but est donc de faire prendre conscience de l'horreur des camps aux spectateurs sans pour autant les choquer visuellement. Par conséquent, la façon dont le film a été tourné a un côté immersif.

 

 

                                       

 

                                        B - Des bruits qui nous laissent imaginer le pire

 

          Ensuite, le réalisateur du Fils de Saul utilise des procédés de son qui invitent le spectateur à imaginer le pire. Au début du film, un train dont les wagons  sont occupés par les déportés arrive dans le camp. C'est alors un déferlement de bruits qui a lieu : on entend le souffle puissant du train, des véhicules débarquant dans la précipitation, des sifflets, des coups de feu, des chiens qui aboient, des ordres criés agressivement en allemand... Il y a également un mélange de voix accompagné de cris humains et de pleurs d'enfants : on peut en déduire qu'il s'agit d'une scène de tristesse et de terreur où les Sonderkommandos séparent et dispersent les familles.

          On peut extraire de ce film une seconde scène où on retrouve l'utilisation des procédés de son : la chambre à gaz. Lorsque les Sonderkommandos demandent aux victimes d'entrer dans la chambre, il n'y a aucun signe de lutte puisque ceux-ci pensent se rendre à la douche. Il n'y a donc aucun bruit jusqu'à la fermeture de la porte. Cependant, le gaz se dispersant peu à peu, on entend les déportés hurler d'effroi, taper contre la porte ou encore gratter et griffer les murs de leurs ongles.

 

     III -  La liste de Schindler de Steven Spielberg, un film avec un  effet de documentaire historique.

 

          La liste de Schindler est un drame historique américain sorti en 1993 et réalisé par Steven Spielberg. Ce film est inspiré du roman homonyme sur Orkar Schindler de Thomas Keneally paru en 1982. Oskar Schindler était un industriel allemand qui réussit, pendant la Seconde Guerre Mondiale, à sauver près de 1200 Juifs promis à la mort dans le camp de concentration de Plaszow.

 

 

 

                                       

 

                                        A - La volonté d'humilier les déportés

 

          Dans une scène du film, on peut voir des femmes privées non seulement de leur identité, mais aussi de leur féminité. Des Sonderkommandos les obligent à se déshabiller puis ils rasent la totalité de leur tête. Leurs corps ne sont pas floutés. On peut prendre une seconde scène qui montre qu'il y a une réelle volonté d'humiliation : celle où l'on voit les Juifs courir nus devant les médecins nazis. Ces scènes montrent la cruauté des Nazis.

          Comme c'est le cas dans Le fils de Saul, les victimes sont manipulées. Dans La liste de Schindler cependant, les femmes s'attendent à être gazées. Après avoir pénétré dans ce qu'elles pensent être une chambre à gaz, elles sont horrifiées à l'idée de mourir. Le spectateur est lui aussi plongé dans un suspense effroyable. En réalité, il ne s'agit pas d'une chambre à gaz puisque c'est de l'eau qui sort de la tuyauterie. Le réalisateur, en installant un suspense à partir d'une tuerie qui a fait de nombreuses victimes, manipule également le public.

 

                                        B - Les procédés cinématographiques utilisés

 

          Steven Spielberg utilise lui aussi plusieurs procédés cinématographiques afin d'exposer au public la cruauté des camps de mise à mort. Le film est entièrement tourné en monochrome, c'est-à-dire en noir et blanc, avec un travail sur les lumières à couper le souffle. Cela donne au film un effet de documentaire historique. Cependant, seule une note de couleur rouge se glisse dans une scène : une petite fille marchant seule et ignorée de tous dans un espace apocalyptique. Ce contraste flagrant entre le rouge et le noir et blanc met en valeur tout l'émotion du film. Il permet aussi d’insister sur le caractère tragique de la fillette au manteau rouge. Le spectateur, quant à lui, est surpris par cette apparition soudaine de couleur.

          De plus, le cinéaste ne s'attache pas ou très peu aux individus puisqu'il a à cœur de faire ressentir aux spectateurs l'épouvante des victimes et de la population face aux monstres nazis. Contrairement à Laszlo Nemes qui a choisi de ne pas montrer l'horreur en face, le réalisateur de La liste de Schindler ne souhaite pas cacher la réalité quitte à déstabiliser le public par des images choquantes.

          On remarque aussi la présence de la musique dans différentes scènes. Celle-ci permet d'accentuer l'atmosphère dans les moments tristes comme joyeux. D'ailleurs, certains morceaux ont été créés à partir de musiques traditionnelles juives. La musique, tout comme la lumière, permet de donner un caractère pathétique au film.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     Conclusion

 

          Pour conclure, d'après l'étude du film Le Fils de Saul, nous avons constaté que le réalisateur Laszlo Nemes expose au public l'horreur des camps de façon indirecte. Son but n'est pas de choquer le spectateur par des images violentes et sanglantes mais de lui permettre d'imaginer par lui-même les atrocités des camps vécues par des milliers de déportés grâce à des procédés cinématographiques visuels et auditifs. Le son et l'image ne laissent pas de répit aux spectateurs. En effet il y a un flot d'impressions sur la survie dans un endroit où la mort est omniprésente et il se transforme donc en une seule action qui est ininterrompue pendant tout le film.

          De plus, ce sont des images inédites et fictives. Jamais nous n'avons eu l'occasion de voir des scènes comme celles présentes dans le Fils de Saul dans d'autres films. Cette nouveauté est due au fait que le réalisateur a choisi de rendre son oeuvre la plus réaliste possible dans le but de faire prendre conscience aux spectateurs du mépris des nazis envers les Juifs, les Tziganes, les homosexuels, les Résistants...

Sources:

- Le Huffington Spot:" Le Fils de Saul" , ce que le film change dans la représentation de la Shoah et des camps d'extermination

- France Soir: "Le fils de Saul", l'enfer de Auschwitz en plein coeur

- Libération:" Le fils de Saul", chocs sans réplique

- Abus de Ciné: "Le fils de Saul"

- Télérama: Claude LANZMANN: "Le fils de Saul" est l'anti-liste de Schindler"             

- cours de Français de Mr PERREUX.

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Travaux réalisés en 2017 par Léna, Marion, Ludivine et Laurine. 1 ESb

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