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" La négation de l’Homme dans l’univers concentrationnaire nazi"(2017)

"Si c'est un homme" de Primo Levi

Par LOIC COCHENNEC, publié le mercredi 22 mars 2017 09:21 - Mis à jour le vendredi 31 mars 2017 09:14

 

 

Définition du thème

Il est tout d'abord nécessaire de définir certains termes du sujet, comme les mots-clés «négation», «Homme», «camp» et «nazi».

 

Négation: n.f (latin: negatio, de negare > NIER).

  1. Acte de l'esprit qui consiste à nier, à rejeter. «La négation n'est qu'une attitude prise par l'esprit vis-à-vis d'une information éventuelle» (Bergson).

  2. Ce qui va à l'encontre de quelque chose.

Homme: n.m (latin: homo, hominis > ON, d'une racine signifiant «TERRE»: «NE DE LA TERRE»).

  1. Être (mâle ou femelle) appartenant à l'espèce animale la plus évoluée de la Terre […], vivant en société, caractérisé par une intelligence développée et un langage articuler. […] Être digne du nom d'Homme: en avoir les vertus. Ce n'est qu'un Homme: avec toutes ses faiblesses.

Camp: n.m (latin: campus)

  1. Où sont regroupées des personnes que le pouvoir suspecte et veut neutraliser.

  2. Ou furent affamés, suppliciés et exterminés certains groupes ethniques (Juifs, Tziganes), politiques (communistes) et sociaux.

Nazi / ie: n. (abréviation allemande de Nationalsozialist)

  1. Membre du parti national-socialiste de Hitler.

 

Problématique

 

Comment Primo Levi montre t-il la négation de l'homme dans les camps nazis ?

 

 

Biographie de Primo Levi

 

Primo Levi est né à Turin, en 1919, dans une famille juive peu pratiquante. Il a effectué ses études de doctorat en chimie pendant les vingt années du pouvoir fasciste. En 1943, il s'est engagé dans la ''Giustizia e Liberta'' (organisation antifasciste installée dans les Alpes italiennes) et se fait arrêter le 13 décembre de la même année, à l'âge de 24 ans, par la milice fasciste. En février 1944, il est déporté à Auschwitz et passe un an à Buna-Monowitz. Il est libéré le 27 janvier 1945, date de la libération du camp par les soviétiques. À cause du désordre que la guerre avait laissé derrière, Primo ne rentre à Turin qu’en octobre, après un voyage absurde et imprévisible de huit mois à travers la Pologne, l’Ukraine, la Russie Blanche, la Roumanie, la Hongrie et l’Autriche. Obsédé par la crainte qu’un seul de ses souvenirs puisse être oublié, il publie Sequesto è un uomo (1947) qui décrit son année de captivité à Auschwitz. Primo Levi se suicide dans sa maison de Turin le 11 avril 1987 en se jetant dans la cage d'escalier de son immeuble. Sur sa tombe sont inscrits son nom et 174 517, son matricule à Auschwitz.

 

 

Introduction

 

«C'est cela l'enfer, aujourd’hui dans le monde actuel , l'enfer , ce doit être cela» écrivait Primo Levi a propos d'une grande salle vide d'un camp de concentration. De 1933 a 1945 les juifs d’Europe sont persécutés par le régime nazi, dirigé par le Führer Hitler, qui projette leur extermination et cela se fait en plusieurs étapes et par différents moyens qui font perdre aux juifs leur identité. Aujourd'hui nous allons étudier cette violence envers la " race" Juive à travers le livre de Primo Levi, intitulé «Si c'est un homme».

 

 

 

I) Une œuvre d'une grande humanité sur un univers déshumanisé : "Si c’est un homme‘’

 

 

«Nous qui ne sommes déjà plus des vivants, à nous dont l'attente morne du néant à fait des demi-fous» nous rapporte t-il dans son livre. Primo Levi raconte et démontre dans son ouvrage ''Si c'est un homme'' l'horreur et la violence de ce monde impitoyable et inhumain dont la règle essentielle se résume à « Ici il n’y a pas de pourquoi.». Dans son livre, l'auteur préfère le rôle «de témoin à celui de juge», il ne considère pas son livre comme un ouvrage d'histoire, parce-qu'il exclut toute donnée ou information qu'il ne possédait pas au moment où il était dans le camp; il s'est limité à son expérience directe et l'on pourra remarquer, en prenant connaissance de son livre, qu'il ne décrit -par exemple- pas le mécanisme des chambres à gaz, puisqu'il n'a eu cette donnée que par la suite. Son livre est un témoignage de la vie au Lagger, il se contente de relater ce qu'il a vécu. Une des choses impressionnantes dans ce livre , hormis les conditions inhumaines d'existence , est que l'auteur Primo Levi ne cherche pas à nous dire qui a eu raison, qui a eu tort, en effet, il fait preuve d'une objectivité quasiment impossible à supporter, il se limite à narrer le quotidien et donc les crimes; ainsi dans son livre, on ne trouvera pas de trace de haine, de rancœur ou de désir de vengeance à l'égard des Allemands.

 

 

 

 

A) Une organisation meurtrière et industrielle

 

Ce qui a fait malheureusement bien fonctionner et fait durer les camps, a été l’efficacité de l'organisation mise en place par le régime nazi. Une des clés, en est le culte du secret qui commence par le voyage en train; les déportés n'en connaissent pas la raison ni la destination; on leur dit seulement de prendre leurs bijoux; les équipes spéciales ont l'interdiction de parler aux déportés; les SS font croire aux enfants, aux femmes, aux personnes âgées qu'ils vont prendre une douche alors que la mort les attend; le contact avec la population allemande est interdit. Les brimades régulières que subissent tout les jours les déportés, comme de manger la soupe sans cuillère. La violence des SS, le manque de nourriture annihilent tout esprit de résistance. "les sonderkommandos", des équipes spécialesdes déportés, étaient créées et employées pour brûler les tas de cadavres dans les fours crématoires. Une autre catégorie est celle de la «masse grise» : des déportés devenus les assistants des SS dans leur entreprise d'élimination. Ces déportés à qui les SS confiaient un rôle de direction et d’exécution, comme les kapos qui étaient la pour faire régner l’ordre dans les baraquements et qui n’hésitaient pas à frapper leurs «camarades». Les barbelés électriques , les miradors, chiens chasseur d'hommes sont là pour enlever tout espoir déchaper à cet enfer. Toute cette organisation va à l'encontre de l'homme, elle est là pour le briser.

 

camp de concentration d'Auschwitz I

 

B) «On a touché le fond»

 

Dans les camps, les gardes font régner la terreur par des humiliations, des exemples, comme quand Primo Levis assiste, passif, devant la pendaison d'un des leurs qui a essayé d'organiser une mutinerie dans le camp. «Maintenant la honte nous accable». Primo Levi a honte de ne pas avoir eu son courage, de s’être adapté, la honte d'avoir survécu face a ce qu'on lui a fait endurer, comme d'utiliser la même bassine pour des besoins naturels que pour boire la soupe et faire sa lessive, la honte après la sélection. La honte est un effet de la déshumanisation qui hante l’âme de celui qui la subit.

 

C) Quand la barbarie du régime nazi se met en action

 

«Nous disons «faim», nous disons «fatigue», «peur» et «douleur», nous disons «hiver», et en disant cela nous disons autre chose, des choses que ne peuvent exprimer les mots libres, créés par et pour des hommes libres[…]. Si les Lagers avaient duré plus longtemps, ils auraient donné le jour à un langage d'une âpreté nouvelle ; celui qui nous manque pour expliquer ce que c'est que peiner tout le jour dans le vent, à une température au-dessous de 0 , avec, pour tous vêtements, une chemise, des caleçons, une veste et un pantalon de toile, et dans le corps la faiblesse et la faim, et la conscience que la fin est proche». Au Lager, Primo Levi nous démontre que même les mots les plus durs de notre langue, reste bien faible face à l'horreur subi…

Les déportés n'ont le droit a rien, il n'ont même pas le droit de poser des questions. Ils doivent être attentifs aux ordres des SS, obéissants et respecter les règles dont la transgression entraîne une sanction. Ils vivent dans un monde où il n'y plus de logique, plus de moral «Conclusion: le vol à la Buna, puni par la Direction civile, est autorisé et encouragé par les SS; le vol au camp, sévèrement sanctionné par les SS, est considéré par les civils comme une simple modalité d'échange. Le vol entre Häftlinge est généralement puni, mais la punition frappe aussi durement le voleur que le volé. Nous voudrions dès lors inviter le lecteur à s'interroger: que pouvait bien justifier au Lager des mots comme «bien» et «mal», «juste» et «injuste»? A chacun de se prononcer d'après le tableau que nous avons tracé et les exemples fournis; à chacun de nous dire ce qui pouvait bien subsister de notre monde moral au delà des barbelés.»

Le Lager paraît comme un monde d'horreur et d'ignominie pour les détenus. Les conditions de vie y sont très abominables, à commencer par l’hygiène, quasiment absente, ce qui rend la vie dans le camp encore plus difficile, avec la saleté des individus due à l’absence de savon et d'eau apportant ainsi les émanations et les parasites, aussi des maladies comme la dysenterie. Les journées au camp se ressemblent toutes: tous les matins il faut faire son lit, astiquer les sabots avec de la graisse de machine et essayer de nettoyer les taches sur les habits puis le soir venu, après la dure journée de travail, les détenues passent a la vérification des poux. Tous les samedis, ils se font raser la barbe et les cheveux et le dimanche a lieu un contrôle général pour la gale et les boutons de veste. Ce rituel se répète jour après jour, semaine après semaine, mois après mois. Les horaires de travail sont de 8h a 12h et de 12h30 a 16h l'hiver et de 6h30 a 12h et de 13h a 18h en été. Cependant les jours où il y a du brouillard on ne travaille pas car le mauvais temps peut favoriser les évasions, bien-qu'il y est très peu de risques d'évasion, parce-qu'en effet les détenus pensent plus au suicide, qu'à la rébellion «Ou encore il pleut, il vente et on a faim; à ce moment-là on se persuade qu'il suffit de vouloir et qu'on peut toujours aller toucher les barbelés électriques ou se jeter sous un train. Il en aurait fini de pleuvoir.» les prisonniers sont anéantis: «Les Russes peuvent venir, désormais: il n'y a plus d'hommes forts parmi nous; le dernier pend maintenant au-dessus de nos têtes, et quant aux autres, quelques mètres de cordes ont suffi. Les Russes peuvent bien venir: ils ne trouveront plus que des hommes domptés, éteints, dignes désormais de la mort passive qui les attend. Détruire un homme est difficile, presque autant que de le créer: cela n'a été ni aisé ni rapide, mais vous y êtes arrivés, Allemands. Nous voici dociles devant vous, vous n'avez plus rien à craindre de nous: ni le actes de révolte, ni les paroles de défis, ni même un regard qui vous juge.». Enfin la nourriture présente un réel problème car il n'est distribué que deux rations par jours et en quantité insuffisante, elle est constitué seulement d'un morceau de pain et d'une soupe .

Il y a la catégorie de ceux qui résistent, en défendant leur humanité, mais ne peuvent alors que mourir, et il y a la catégorie de ceux qui abandonnent moralement, les «musulmans» selon les termes mêmes du camp, et qui finissent eux aussi par mourir.

 

 

D) «Il n'est pas rare quand on a tout perdu, de se perdre soi-même»

 

«L’œuvre entreprise par les Allemands triomphants avait été portée à terme par les Allemands vaincu: ils avaient bel et bien fait de nous des bêtes».

« Alors, pour la première fois, nous nous apercevons que notre langue manque de mots pour exprimer cette insulte la démolition d’un homme. En un instant, dans une intuition quasi prophétique, la réalité nous apparaît, nous avons touché le fond. Il est impossible d’aller plus bas il n’existe pas, il n’est pas possible de concevoir condition humaine plus misérable que la nôtre. Plus rien ne nous appartient ils nous ont pris nos vêtements, nos chaussures, et même nos cheveux. Si nous parlons, ils ne nous écouteront pas, et même s’ils nous écoutaient, ils ne nous comprendraient pas. Ils nous enlèveront jusqu’à notre nom et si nous voulons le conserver, nous devrons trouver en nous la force nécessaire pour que derrière ce nom, quelque chose de nous, de ce que nous étions, subsiste.» nous avons ici un parfait extrait pour illustrer ce processus de déshumanisation élaboré par les nazis et qui aboutit a «un homme vide réduit a la souffrance et au besoin dénué de tout discernement oublieux de toute dignité … ce sera un homme dont on pourra décider de la vie ou de la mort le cœur léger sans aucune considération d'ordre humain»

La déshumanisation de l'homme commence par l'arrivée aux camps, c'est là ou l'on fait comprendre à des millions de personnes que leurs vies seront désormais insignifiantes. On trie les femmes et les enfants des hommes, pour qu'ils (femmes et enfants) soient tuées dans les chambre gaz.

«La tradition prévoit un cérémonial austère, qui marque bien que toute colère et toute passion sont désormais sans objet.». Primo Levi en utilisant le terme de tradition fait référence au rituel d'installation qui est la séance de déshabillage, la tonte et le rasage, le port de l'habit de déporté, les séances de tatouage. A partir de ce moment il faut oublier tout sentiment, toute colère, toute passion, et même son humanité.

Pour vivre dans les camps, tout était une question d'adaptation, devenir animal pour survivre (comme dans le roman, «Le rapport de Brodeck) voler, obtenir des avantages, se transformer en une bête infâme. Il fallait ravaler toute sorte d'humanité, de valeurs propres au fond de soi «il y avait plusieurs mois que je n'éprouvais plus ni de douleur, ni joie,ni crainte...».

Selon Primo Levi, le sommet de la déshumanisation a été atteint lorsque les déportés devait brûler des cadavres. Ce sont des victimes transformées en bourreaux.

 

E) N'oublions jamais:

 

"Vous qui vivez en toute quiétude
Bien au chaud dans vos maisons,
Vous qui trouvez le soir en rentrant
La table mise et des visages amis,
Considérez si c’est un homme
Que celui qui peine dans la boue,
Qui ne connaît pas de repos,
Qui se bat pour un quignon de pain,
Qui meurt pour un oui ou pour un non.
Considérez si c’est une femme
Que celle qui a perdu son nom et ses cheveux
Et jusqu’à la force de se souvenir,
Les yeux vides et le sein froid
Comme une grenouille en hiver.
N’oubliez pas que cela fut,
Non, ne l’oubliez pas :
Gravez ces mots dans votre cœur,
Pensez-y chez vous, dans la rue,
En vous couchant, en vous levant ;
Répétez-le à vos enfants.
Ou que votre maison s’écroule,
Que la maladie vous accable,
Que vos enfants se détournent de vous".

Primo Levi s'adresse au monde entier en utilisant «vous», il pose la question «Considérez si c’est un homme» «Considérez si c’est une femme» et répond a sa propre question en énumérant tout ce que les camps ont retiré aux juifs , comme la paix «peine dans la boue » « ne connaît pas de repos », le pain « se bat pour un quignon » , la vie « meurt pour un oui ou pour un non.» , les cheveux « qui a perdu(...) et ses cheveux », le nom « celle qui a perdu son nom » , les souvenirs «  celle qui a perdu(...) et jusqu’à la force de se souvenir », et le confort « sein froid ».a la fin de

cette énumération on constate une déshumanisation de l’homme.

Primo finit le poème avec un devoir de mémoire « Pensez-y » «Répétez-le à vos enfants. » et clôt le texte par une malédiction qui occupe trois lignes, et qui maudit la personne si elle venait a oublier ce devoir, dans ses biens  «que votre maison s’écroule, », sa santé « Que la maladie vous accable », et l’affection de ses enfants «Que vos enfants se détournent de vous

Dans ce poème Primo Lévi montre son interrogation et sa crainte de ne plus être un homme après tout ce qu'il a subi dans le camp d’Auschwitz.

Le poème est comme un résumé de l’œuvre , Levi résume les grands axes de l’histoire. Pour résumer ces axes, il se base sur sa propre expérience, et nous livre un sa souffrance a l'état pur.


 

Conclusion:

 

C'est un livre qui nous laisse sans voix , et qui nous met face a l'horreur et a la bêtise humaine. C'est un témoignage bouleversant, réaliste, et une souffrance morale insoutenable qui font de ce livre un chef-d’œuvre. Un chef-d’œuvre rare qui témoigne et explique en détails comment il y a pu avoir négation de l'homme dans l'univers concentrationnaire nazi. Ce livre est un vestige d'un temps ou il n'y faisait pas bon vivre, il est là pour nous rappeler que, chaque minute, chaque seconde passée sur cette terre a été l'enfer pour certain et que même au plus profond de la noirceur humaine des gens, des êtres humains qui n'étaient plus rien, à qui on a voulu voler jusqu'à leur humanité, ont survécu pour prouver aux ténèbres, au mal que l'humain, vaincra et se relèvera toujours. Cette œuvre traversera les siècles pour rappeler aux bâtisseurs des mondes de demain ce qu'il ne faudra jamais reproduire, et quelles ont été les erreurs de leurs ancêtres. De nos jours, il existe encore un régime similaire dans le monde, celui de la Corée du Nord mais notre monde s'est adouci et a appris de ses erreur. Il y a eu la création de la CEE puis l'UE en 1957 qui permet aujourd'hui l'entre-aide entre ses pays membres, et des organisations comme l'ONU ont vu le jour pour lutter contre la famine, les guerres dans le monde.

 

 

 

 

Sources :

 

Livre '' Si c'est un homme '' de Primo Levi.

Wikipédia.

Lexilogos.

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Lien vers l'article sur la quête d'un lieu de Mémoire pour les enfants de résistants morts en déportation

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