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Espace pédagogique d'établissement

" La négation de l’Homme dans l’univers concentrationnaire nazi"(2017)

Un cobaye humain: Clément Quentin

Par Hugo PASSE, publié le lundi 16 janvier 2017 13:56 - Mis à jour le vendredi 31 mars 2017 09:51

Clément Quentin est un jeune résistant français, il grandit dans une famille aisée, dépourvue de besoins matériels. Il est l'un des rares jeunes de cette époque à être allé au collège. Il voulait avoir une carrière de militaire. En 3ème, il quitta le collège. Il apprit alors le métier de son père. Lorsque la guerre éclata il voulut partir au front, mais trop jeune son père refusa de le laisser s'engager. Il entra alors en résistance. Il se fit arrêter le 26 avril 1944 par les nazis. Par la suite, il fût «interrogé». Dans les mois qui suivirent, il fût déporté au camp de concentration de Dachau. Il attrapa alors la diphtérie, une maladie cousine de l'angine. Il va être envoyé à l'infirmerie où il deviendra un cobaye humain. C'est pour cela que nous nous sommes demandés en quoi un cobaye humain est-il un forme de négation de l'Homme ? Premièrement nous verrons les sévices physiques qu'il a subi, puis les sévices morales. Enfin, nous verrons le travail de mémoire que Clément Quentin a effectué.

I. Des sévices physiques irréparables.

Ses sévices physiques commencent dès son arrestation. Il est emprisonné par les Nazis dans la cellule numéro 64 dans la prison d'Angers. Les Nazis veulent des renseignements sur son groupe de résistance. C'est pour cela qu'il se fit interroger un grand nombre de fois. Il a été torturé parce qu'il avait «envoyé deux Allemands dans le décor», excédé par leur comportement.                                                                 
Les Nazis vont alors le battre avec des matraques et des nerfs de bœufs. Il restera une quinzaine de jours dans la prison d'Angers. Son corps sera meurtri à jamais

Portail du camp de concentration de Dachau

  Il va ensuite être déporté à Dachau. Les conditions de vie et donc d'hygiène sont horribles, ce qui va le rendre malade. Il attrapera la diphtérie à cause du fait d'avoir été transféré dans le pire commando de travail à côté de Dachau. Il doit travailler 14 h par jour. «Tu as la diphtérie, je ne peux pas te garder ici. Je n'ai rien pour te soigner. Je suis obligé à mon grand regret de t'envoyer à Dachau. Sitôt que j'aurai trouvé un mode de transport, je te renvoie là-bas.» lui dit le médecin. Avant d'être renvoyé à Dachau, il passe par «le block des contagieux». Il a une paralysie du voile du palais et les oreilles bouchées. Son état s'aggrave, il ne mange presque pas, il devient presque aveugle. Il est atteint aussi d'une broncho-pneumonie double. Il fait aussi une pleurésie au poumon droit qui correspond à une inflammation. Son état va s'améliorer petit à petit. Ensuite, il est envoyé au bloc 5, celui des «grands invalides». A cet instant là, il pesait seulement une trentaine de kilos. Tous les jours, le médecin «Pinchenot m'installe sur cette fameuse machine et me met les électrodes» Cependant ce n'était pas un médecin comme les autres car il dit à Clément Quentin «De moi tu n'as rien à craindre, je ne te ferais pas souffrir, je suis installé à Meaux comme kiné et je peux t'assurer que ces essais ne vont pas te ramener tes réflexes». Suite à sa diphtérie, Clément Quentin perdit les réflexes dans ses jambes. Il devait se déplacer avec des cannes. Les Nazis lui envoyaient donc ces décharges et lui injectaient de la strychnine pour essayer de lui redonner ses réflexes. Il se servait de lui comme cobaye pour tester sur lui des remèdes pour ensuite les appliquer aux aviateurs SS tombés en Mer du Nord souffrant de rhumatismes. Le paradoxe est que les « médecins » nazis ne s’approchait jamais de Clément Quentin. Il le croyait contagieux comme tout les autres malades de l'infirmerie. Il devait donc faire confiance aux déportés « travaillant » dans l'infirmerie. Il sera ensuite envoyé dans une pièce avec trois autres déportés, eux aussi totalement éclopés. Toutes ces visions d'horreurs participent également à sa déshumanisation. Clément Quentin restera marqué à vie.

II. Un être marqué à vie.

Dans un second temps, nous verrons les sévices moraux que Clément Quentin a subit. Les conditions de vie étaient horribles. Il dit même qu'il "attendait de crever". C'est lors de la libération du camp de Dachau par les Américains le 29 avril 1945 que Clément Quentin se rend compte de tout ce qu'il a subit. Quand les Américains sont arrivés, "nous n'étions plus des êtres humains normaux, nous n'étions pas encore des animaux mais tout juste" dit Clément Quentin. "Je pesais une trentaine de kilos. Parfois, nous mangions dans nos gamelles où nous déféquions. Il n'y avait aucune hygiène". D'après Clément Quentin, les Nazis  "nous laissaient crever car on ne servait plus à rien." Lors de son internement à Dachau, qui a duré une dizaine de mois, Clément Quentin à assisté à des choses vraiment horribles. Il voit un jeune, lequel se fait inoculer du pus dans les poumons par les SS. Puis, sans l'avoir insensibilisé, ils lui retirent avec un gros trocart pour lui réinjecter autre chose. Il voit aussi un camarade subir des ponctions lombaires. Dans la chambre numéro 4, ils sont 4. Il y a un espagnol qui est surnommé Mascaron pendant la guerre. Il a perdu un bras lors d'une bataille. Il y a un français : Pierre Roche. Il est bossu. Il y a deuxième Français : Rousseau. Lui a une incroyable éventration. Ces intestins sont maintenus par des bandes de tissu qu'il a confectionné en se servant de chemises prises sur les morts. Et il y a Clément Quentin. Les 4 partenaires ont tous survécus miraculeusement. Vingt ans plus tard, il retourne pour la première fois à Dachau pour montrer à sa femme et à ses enfants le lieu de son calvaire. Mais on ne le laisse pas entrer dans le camp qui n'est pas encore devenu un mémorial ouvert au public. Puis c'est le silence. Trente ans durant, Clément Quentin se tait. Mais la nuit, il revit l'effroyable épouvante. "Des traces de mes ongles étaient incrustées dans le mur, au-dessus de mon lit." "Il m'a fallu 28 ans pour me reconstruire", dit-il pudiquement.

III. "Le message doit être transmis pour ne pas oublier !"

Clément Quentin est libéré le  29 avril. Le lendemain, son ami Ernest est devenu dentiste pour les SS suite au suicide de son associé, Hervochon. Il lui demande d’inscrire les noms de tous les Français du Block 30 à l'aide d'un crayon que lui à donné Ernest. Dès la libération, les Alliés voulaient connaître les survivants pour rassurer leur famille. A Paris, dans l'Hôtel Lutétia beaucoup de gens les « approchent en nous montrant des photos pour savoir si nous n'avons pas connu un de leur proches ». Cette étape est très douloureuse pour Clément Quentin, il ne sait pas comment dire à ces personnes qu'il n'y a plus d'espoirs, comment supporter les visages attristés des familles qui recherchent un proche sans doute décédé. Ce n'est qu'en 1960 que sera institué le concours national du Prix de la Résistance et de Déportation et que les déportés pouvaient enfin sortir du silence et témoigner devant la presse. En 1946, il rencontre une fille qui deviendra sa femme en 1948. En 1947, Clément Quentin peut pratiquer une activité professionnelle à mi-temps. Tous ces événements montrent que malgré ce qu'il à vécu, il a quand même réussi à se réinsérer dans un pays ignorant du calvaire subi. Il recevra beaucoup d'honneurs et de décorations décernées à titre militaire pour son engagement dans la Résistance :
    -La Croix de Guerre en 1946
    -La Médaille de la Résistance Française en avril 1946
    -La Légion d'Honneur grade Officier en août 1956
    -La Médaille des Combattants Volontiers de la Résistance en septembre 1970
    -La Légion d'Honneur grade Commandeur en juillet 1991

Clément Quentin témoignant au lycée H.Bergson en janvier 2009

Depuis sa retraite, il témoigne dans les lycées et les collèges à la demande des professeurs pour informer les élèves sur les événements douloureux qui se sont déroulés il y a plus de 70 ans. Le message doit être transmis pour ne pas oublier !

 


Pour conclure, la déshumanisation de l'Homme est la perte de tout caractère humain, elle est présentée ici avec d'affreuses expériences physiques et morales. Son identité était résumée à un simple numéro, le 72889. Marqué au fer rouge comme du vulgaire bétail dès leur arrivé au camp, les déportés vivaient dans des conditions de vie horribles, hantés par la mort et les maladies. A l'infirmerie, les expériences se suivaient comme des animaux dans un abattoir : des décharges, des piqûres, ... Des expériences menées jusqu'au dernier souffle de vie. Les conditions sont très dures, avec des températures glaciales, avec trop peu de nourriture et d'eau pour survivre. Les malades contaminaient les déportés encore sains. La vision horribles de ses camarades malades, au bord de la mort l'a marqué à vie.

SOURCES

Panneau biographique réalisé par des élèves en 2011. Lien

Source : Livre Stück 72889 et blog des élèves de 1ES travaillant sur la biographie de Clément Quentin.

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Lien vers l'article sur la place de la religion dans les camps nazis

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Pièces jointes