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Espace pédagogique d'établissement

" La négation de l’Homme dans l’univers concentrationnaire nazi"(2017)

Yvette Lévy, une résistante juive de 18 ans

Par Marie BESSON, publié le mercredi 1 mars 2017 10:03 - Mis à jour le vendredi 31 mars 2017 09:19

Yvette Lévy est une jeune résistante juive lorsqu'elle est déportée à Auschwitz le 31 juillet 1944. Choisie pour le travail, elle survivra, contrairement à la plupart de ses camarades.

Comment une jeune résistante juive a-t-elle vécu dans ces camps et en quoi cela illustre-t-il la négation de l’Homme dans l’univers concentrationnaire nazi ?

 

        Yvette Lévy, née Dreyfus le 21 juin 1926 en région parisienne est une jeune fille juive résistante et déportée en 1944 dans le camp de concentration et centre de mise à mort d'Auschwitz-Birkenau. Les survivants des camps sont très rares, mais Yvette Lévy en fait partie, et en se basant sur son témoignage et ses récits, nous chercherons à comprendre comment Yvette Lévy a-t-elle pu échapper aux Nazis malgré les conditions terribles dans les camps et en quoi ces conditions démontrent la négation de l'Homme dans l'univers concentrationnaire nazi. Dans un premier temps nous allons voir l'éclaireuse engagée qu'elle était, puis nous verrons sa déportation à Auschwitz pour finir avec celle à Kratzau.

 

I/ Une éclaireuse engagée avant d'être déportée

 

a) 1940 : les 1ères lois anti-juives apparaissent

        En 1932, Yvette Lévy, du haut de ses 6 ans, et son frère aîné, entrent tous les deux dans le mouvement scout des Éclaireurs Israélites de France. Elle prend alors le nom de code de «Gipsy».

        Les premières lois anti-juives apparaissent en 1940. Elles obligent tout juif à se déclarer comme tel. Le père d'Yvette le fait car il «n'a rien à se reprocher». En 1942, Yvette est obligée de porter l'étoile jaune qu'elle a dû payer avec des points textiles et un peu d'argent. De plus, les interdits quotidiens comme la radio, la bicyclette, les lieux publics et même les rationnements ne lui facilitent pas la vie et renforcent le sentiment de honte qu'elle ressent.

b) Yvette entre dans la résistance

        Juste après la Rafle du Vél d'hiv', la plus grande arrestation de juifs français qui a eu lieu dans la nuit du 16 au 17 juillet 1942, le mouvement scout devient clandestin et une sixième section est créée , le Service Social des Jeunes, surnommée la «Sixième». Yvette Lévy, jeune fille alors âgée de 16 ans, et la « Sixième » vont participer au sauvetage d'enfants juifs dont les parents avaient été victimes de cette rafle. Pour assurer leur survie, ils fabriquent ou se procurent  de faux papiers qui permettent d'obtenir des cartes d'alimentation ou  qui permettent de se faire soigner. Ils leur trouvent également des lieux d'accueil avant de pouvoir les cacher en zone libre, non occupée jusqu'en novembre 1942. 500 enfants sont passés en zone libre ou sont mis en sécurité en une seule année. Mais en 1944, tout s’accélère, il devient de plus en plus compliqué de cacher les enfants car les risques d'arrestation et de dénonciation augmentent. Dans la nuit du 18 avril 1944, le logement d'Yvette et sa famille est détruit suite à un bombardement à Noisy. Ils sont alors relogés chez une tante dans le 18e arrondissement. Cependant, Yvette ira dormir dans l'ex-école rabbinique de la rue Vauquelin à cause de l'étroitesse du logement, et ce, avec 32 autres adolescentes juives.

        Dans la nuit du 21 au 22 juillet, Yvette et ses camarades de la rue Vauquelin sont arrêtées et emmenées à Drancy, le principal camp d'internement français pour les personnes juives. Le soldat allemand qui les a arrêtées "avait des yeux d'une cruauté", se remémore-t-elle.  De plus, Yvette Lévy fut interrogée plusieurs fois car elle ne figurait pas sur la liste. "Je répondais toujours la même chose : mes parents étaient morts", nous explique-t-elle.

        Le 31 juillet, elles sont transférées à Birkenau, dans des wagons à bestiaux. Sur 33, 23 des jeunes filles sont directement envoyées en chambre à gaz, avec 976 personnes dont 300 enfants de moins de 18 ans.

 

II/ L'arrivée à Auschwitz: la déshumanisation

 

        Yvette Lévy témoigne en 2009, en 2013 et en 2017 du processus de déshumanisation réalisé dans ces camps dès l'arrivée, et des très mauvaises conditions de vie.

a) Le Sauna : "l'antre de l'enfer" : "c'est là qu'on a voulu nous enlever notre dignité, c'est là que nous avons été humiliées, c'est là que l'on a voulu nous tuer psychiquement..."

        Après trois jours et trois nuits de voyage sans boire ni manger, Yvette arrive à Auschwitz. Mais les conditions de vie du camp de concentration deviennent rapidement très difficiles.

        Dès leur arrivée, les déportés doivent subir les jurons et hurlements des Kapos et des S.S, qui les conduisent dans un endroit appelé le « Sauna ». Cet endroit, Yvette Lévy le décrit comme « l'antre de l'enfer » car, comme elle le dit, «  c'est là qu'on a voulu nous enlever notre dignité, c'est là que nous avons été humiliées, c'est là que l'on a voulu nous tuer psychiquement... ». En effet, le « Sauna » va être la première étape de la déshumanisation. Les filles reçoivent l'ordre de se déshabiller de la tête aux pieds, ce qui est « le summum de l'humiliation pour des jeunes filles » chez qui la pudeur était une des premières valeurs de l'éducation qu'elles avaient reçue. Mais elles ne résistent pas et surmontent leur humiliation grâce aux encouragements des résistantes lyonnaises qui avaient été victimes des violences de Klaus Barbie, un officier SS surnommé le « boucher de Lyon ». 

 

le sauna, centre de mise à mort d'Auschwitz Birkenau

        Les SS ne se limitaient pas à de simples hurlements. Les coups pleuvaient, dans le seul but qu'un ordre soit exécuté rapidement, ou tout simplement, pour bien se faire obéir. De nombreux déportés sont morts sous les coups des matraques.

        Ces jeunes filles subirent une autre humiliation : la tonte intégrale, qui n'avait pas uniquement pour but de prévenir du typhus, une maladie apportée principalement par les poux, mais qui visait surtout à dépersonnaliser et à détruire moralement les déportés. Elles étaient ensuite désinfectées avec un produit dangereux pour la peau provoquant des brûlures, et la douleur était telle qu'elle semblait « indicible, inracontable et inimaginable » pour Yvette Lévy.

        De plus, les habits des déportés étaient censés se composer d’un pantalon, d’une veste de tissu fin rayé et d’un matricule triangulaire de couleur cousu sur la veste : noir pour les criminels, rouge pour les causes politiques et verts pour les causes de droit commun. Mais en général, du fait du trop grand nombre de déportés, ces derniers se voyaient remettre des guenilles dépareillées et hétéroclites ne protégeant pas du froid de l’hiver polonais et ayant appartenu à des personnes gazéifiées, ce qui est tout de même le comble de l'horreur. En effet, Yvette Lévy raconte qu'elle et ses camarades ont reçu des vêtements ayant appartenu à des hongroises encore humides de leur passage dans l'étuve de désinfection. C’est également le cas des chaussures, objets indispensables et souvent non appropriés aux longues marches et aux durs travaux des camps. Les chaussures étant souvent sujettes à des vols, il fallait régulièrement les cacher, comme l'explique Yvette.

        Les conditions liées à la nourriture sont également inadmissibles. Yvette Lévy et 4 de ses camarades devaient, par exemple, se partager une gamelle de soupe sans cuillère. Elles devaient donc laper à même le bol : « Nous voilà comme réduites à des animaux ». C'était une nouvelle humiliation visant à leur faire perdre leur caractère humain afin qu'elles se sentent inférieures.

        Puis fut venu le moment du tatouage, le symbole même de la déshumanisation. Les déportés sont tatoués, parfois sur leurs habits, parfois à l’encre, mais à Birkenau, ces tatouages sont gravés de manière indélébile, à même la peau, « comme des bêtes » avec des aiguilles à tricoter. C'est dans le camp des tziganes qui avaient été gazés la veille, qu'Yvette et ses camarades furent tatouées. Elle parle alors d'une « douleur indescriptible » due aux nombreuses piqûres. C'est à ce moment-là, qu'elle a perdu son identité : elle n'était plus un être humain mais un numéro, le numéro A-16696. A partir de cet instant, l’identité des déportés était réduite à néant, contraints de devenir un numéro, à connaître par cœur, sous peine de coups, ou de meurtre. Un tatouage qui restera pour toujours, même après la fin de la guerre, gravé sur leur avant-bras.

b) La vie concentrationnaire : "On ne vivra que dans la hantise et la peur"

        La vie dans les camps est horrible mais les liens qui lient Yvette, ses camarades et les résistantes lyonnaises vont leur permettre de survivre.

        D'abord, lorsqu’elles arrivent au Block, elles sont très mal accueillies par les autres femmes (polonaises, hongroises, grecques). Elles doivent se partager une couverture pour six en essayant de ne pas se la faire voler. De plus, leur Block, étant entre le crématoire IV et le crématoire V, l’odeur de chair brûlée était omniprésente.

        Pendant trois mois, Yvette et ses camarades ne se lavent pas et les latrines ne possèdent pas de papier. On leur attribue des corvées, plus ou moins difficiles, comme déplacer des briques pour réparer les crématoires. Ce sont des tâches épuisantes qui visent à ce qu'elles n'oublient pas l'endroit où elles sont. Cependant elles les exécutent et ne résistent pas malgré les punitions collectives, pour avoir le droit d'être nourries. "On ne vivra que dans la hantise et la peur" lâche-t-elle à propos des sélections qui pouvaient survenir à n'importe quel moment.

        Elles restent entre françaises car la seule chose qu'elles partagent c'est la parole, explique Yvette. En effet, la parole sera un moyen pour certains déportés de garder espoir, de s'entraider, de survivre et de résister contre la peur, la douleur et la mort.

        Certains déportés (le Sonderkommando) ont résisté de manière plus concrète en réussissant le 7 octobre à faire exploser un crématorium grâce à l'aide de filles juives (dont Yvette ne faisait pas partie) qui ont réussi à obtenir de la poudre. Ces déportés seront pendus et d’autres filles juives, Yvette Lévy y compris, seront enfermées en représailles.

        Après une nouvelle sélection, le 27 octobre 1944, Yvette est «mutée» à Gross-Rosen en Tchécoslovaquie pour aller travailler. Apparaît alors pour elle une once d'espoir à travers ce camp.

 

III/ Kratzau: l'enfer est derrière elle

 

a) L'arrivée dans ce nouveau camp

       Kratzau (Kratsava) est un des nombreux sous-camps du camp de travail, puis de concentration nazi de Gross-Rosen, situé en Tchécoslovaquie, dans lequel Yvette sera transférée.

        Le camp de Kratzau n'est situé qu'à quelques kilomètres de l'usine d'armement dans laquelle va travailler Yvette et dans laquelle un nombre important de femmes de toutes nationalités y travaillent déjà. Elle y reçoit un nouveau matricule : 77745.

Pour aller à l'usine, Yvette doit passer par la montagne alors qu'il fait près de -25°C. De plus, elle se voit obligée de travailler 72 heures par semaine sans repas le midi, alternant une semaine de travail le jour avec une semaine de travail la nuit.

b) Des conditions de vie quelque peu meilleures

         Les conditions de vie dans le camp sont légèrement meilleures. En effet, les jeunes femmes possèdent un lit et une couverture pour deux, luxe qui était inaccessible à Auschwitz. Elles sont également mieux nourries, même s'il n'y a pas de repas le midi. De plus, malgré les 12h de travail journalières, les SS les frappent moins, et il leur arrive même, parfois, de pouvoir partager de la nourriture, illégalement, bien sûr, avec ses compagnes de travail. Dans son atelier, Yvette a pour mission de fabriquer des armes. Elle est privilégiée car les machines permettent de la réchauffer. Dès qu'elles le peuvent, Yvette et ses camarades volent des bouts de torchons qui leur servent à nettoyer les machines  pour s'en faire des soutiens-gorges. Son esprit de rébellion n'ayant pas totalement disparu avec Auschwitz, il lui arrive régulièrement de saboter discrètement les machines en leur donnant un coup sec pour bloquer la production. Néanmoins Yvette et ses camarades ne le font pas trop souvent pour éviter que le blocage de la production ne devienne trop suspect.

         Dans la nuit du 8 au 9 mai 1945, le camp est totalement libéré et Yvette et ses camarades peuvent enfin rentrer en France. Cependant leur retour sera très compliqué et elles auront du mal à trouver de l'aide. Étant la seule a avoir été déportée, Yvette retrouvera toute sa famille en vie en rentrant.

 

Conclusion : "Vous ne pouvez pas imaginer"

          Malgré des conditions inacceptables et pires que désastreuses, Yvette Lévy à seulement 18 ans, a su tenir le coup afin de ne pas craquer grâce à son esprit de résistante, sa volonté, et ses camarades. Après toutes ces années de privations et d'atrocités, Yvette a enfin pu sortir du camp et regagner la France, même si toutes les filles du camp n'ont pas eu cette chance, car revenir d'un camp d'extermination était très rare et pratiquement impossible. En effet, seulement 2 à 3 % des 77 000  juifs déportés de France  sont revenus. Aujourd'hui, Yvette Lévy est toujours marquée par ce qu'elle a vécu mais elle continue, chaque année, d'aller à Auschwitz et surtout, elle continue de témoigner pour montrer aux générations futures le sort terrible que les juifs ont subi afin qu'une telle situation ne se reproduise plus dans les années à venir.

C'est le 2 mars 2017 à Nantes que nous avons eu la chance de rencontrer cette femme âgée aujourd'hui de 90 ans, de discuter avec elle et d'écouter son témoignage. Lors de notre échange, certaines de ses paroles nous ont marquées :

"C'est impossible pour vous d'imaginer ce qu'on a vécu il y a 70 ans, vous ne pouvez pas. Par contre ce que vous pouvez faire c'est continuer à apprendre, écouter et comprendre pour qu'une telle horreur ne se reproduise plus jamais." 

Rencontre avec Yvette Lévy

 
Sitographie :

http://www.cercleshoah.org/spip.php?article442

https://fr.wikipedia.org/wiki/Gross-Rosen

https://fr.wikipedia.org/wiki/Klaus_Barbie#France_.281942-1944.29

http://www.cercleshoah.org/spip.php?article266

http://www.cercleshoah.org/spip.php?article155

Autre source :

Rencontre avec Yvette Lévy, le 2 mars 2017 à Nantes

 

Olivia BATARDIERE, Marie BESSON, Nathan FABIOUX, 1ESA

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Lien vers l'article sur Une famille juive et laïque de 4 enfants déportés : la famille de Simone Veil

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