En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies à des fins statistiques anonymes.
En savoir plus sur la gestion des cookies

Espace pédagogique d'établissement

"Résister par l 'art et la littérature" (2016)

En quoi l'art engagé de Picasso est-il une forme de résistance de 1936 à1946 ?

Par Lya CLAIRAND, publié le vendredi 26 février 2016 14:55 - Mis à jour le samedi 19 mars 2016 22:58

Picasso est un peintre espagnol engagé qui a indéniablement su marquer son temps grâce à ses œuvres universellement reconnus. Cet artiste a réalisé au total plus de 50 000 œuvres, de la peinture à la sculpture en passant par le dessin. Né en 1881 à Malaga en Espagne, il meurt en 1973 à Mougins en France, après avoir vécu la majeure partie de sa vie à Paris. Picasso a eu connaissance des horreurs de la guerre civile Espagnole qui a commencé en 1936. Touché et choqué, c'est à partir de cette période que le peintre s'engage activement dans la lutte et la résistance pour la liberté et la paix, notamment avec la création de Guernica, son tableau le plus connu. Il continuera sa lutte jusqu'en 1946 avec ses tableaux Le Charnier et Le monument au morts Espagnols pour la France qui seront présentés à l'exposition "Art et Résistance" à Paris. Nous nous demanderons en quoi l'art engagé de Picasso est t-il une forme de résistance de 1936 à 1946.

Portrait de Pablo Picasso en 1936  par André Rogi.

Photo (C) Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais

PICASSO PEINT GUERNICA, SYMBOLE INTEMPOREL DE PAIX ET DE LIBERTÉ

Lorsque Picasso décide de commencer cette œuvre monumentale, ( h : 3 mètres 50 sur L : 7 mètres 76 ) une guerre civile meurtrière a déjà commencé depuis des semaines en Espagne. En effet, Franco chef des nationalistes, tente un coup d'état avec le soutien de l'Allemagne nazie contre les Républicains alors au pouvoir. Les nazis avait pris le pouvoir en janvier 1933 avec la nomination d'Hitler comme chancelier.

Ce qui pousse le grand peintre Espagnol à créer Guernica, c'est évidemment le bombardement ordonné par Franco et exécuté par les nazis sur le petit village basque du même nom. Le but de Franco est de faire peur aux républicains et celui des nazis est de tester leurs nouvelles armes, notamment les bombes. Ils décident alors de bombarder pendant trois heures ce village dont la plupart des hommes sont partisans des républicains et absents ce jour là. Cet événement engendrera donc la mort et les blessures de centaines de civils surtout des femmes, des enfants et des personnes agées. Tout avait été programmé pour que le nombre de morts soit maximal. En effet, le 26 Avril 1937, jour du drame, était un jour de marché ce qui assurait une affluence considérable.

 

 

Afficher l'image d'origine

Musée Reina Sofía, Madrid

La toile nous montre un ensemble de personnages et d'animaux dans un espace fermé. Organisé comme une frise, Guernica peut être lu de gauche à droite. De ce tableau ressortent des personnages et animaux importants, symboliques de l'Espagne notamment le cheval et le taureau qui appartiennent à la corrida.

Tout d'abord, en bas à gauche, une femme tient son enfant dans ses bras, la tête en arrière. Elle symbolise la vierge pleurant la mort du Christ, autrement nommé la Pieta dans la Bible. Derrière elle, se trouve un taureau et un oiseau. Le taureau au milieu du massacre est impassible, statique. Seules sa bouche ouverte et sa langue pointue lui donnent une expression, et ses yeux sont humains. Il semble fixer le spectateur. Certains y voient une figure de bestialité et de cruauté, mais plus concrètement la représentation animale de Franco. L'oiseau, lui, qui est à peine visible entre le cheval et le taureau, pourrait être une colombe, symbole d'espoir et de paix. Pour continuer, le cheval, presque au centre de la composition, symbolise le peuple. Une lance transperce son flanc et le blesse à mort. Sa tête en arrière rend visible son museau qui semble hurler ainsi que sa langue pointue. Au premier plan à gauche, gît au sol un soldat. De sa main sort une fleur, symbole d'espoir et de renaissance.  À droite, le buste d'une femme qui surgit d'une maison. L'allongement de son bras et de sa tête, de forme effilée, donne une impression de mouvement très dynamique. Elle semble sortir de la ville détruite, en brandissant une lampe placée vers le centre de la composition. Enfin, à droite en bas, une femme qui a le genou à terre, tend tout son corps mais surtout son cou et son visage vers la lampe. Cette petite lampe qui pourrait être un symbole d'espoir. Enfin, à droite, une femme levant les bras. Elle brûle dans les flammes. Elle fait certainement référence au tableau Tres de Mayo de Goya. Malgré une impression de chaos au premier abord, Guernica se révèle être une œuvre très travaillée. En effet, elle transmet un réel message...

Ce tableau peint dans un camaïeu de gris a pour objectif de choquer et de dénoncer le fait de s'attaquer à des civils, par définition sans défenses et faibles. Guernica prône la paix et la sagesse en montrant l'horreur de la guerre et la lâcheté des hommes aux pouvoirs contre lesquels il résiste. Picasso d'ailleurs dira de Guernica que : "Cette peinture n'est pas faite pour décorer les appartements, c'est un instrument de guerre offensif et défensif contre l'ennemi". Justement, Guernica connaîtra par la suite une ascension à l'échelle internationale ce qui permettra de résister et de faire passer ce message au reste du monde. En effet, Guernica en 1938 sera montré dans une exposition itinérante au Royaume-Uni ( Londres, Liverpool...) ; ce sera le commencement de son exposition  et de sa renommée universelle. Pour continuer son voyage, Guernica est incluse dans l'exposition Forty Years of his Art, exposition consacrée aux  œuvres de Picasso. L'exposition traversera le continent Américain en passant par New-York ou encore San Fransisco.

Suite à la mort de Franco en 1975 et à la fin de  la dictature  en Espagne, l'ONU accepte, suite à la demande de l'Espagne, que Guernica retourne dans son pays d'origine malgré quelques controverses au sein même du pays. Ce retour est le symbole même de cette renaissance. Aujourd'hui, cet édifice picturale se trouve au Palais de la Reine Sofia, à Madrid. Ce tableau peint dans un camaïeu de gris a pour objectif de choquer et de dénoncer le fait de s'attaquer à des civils, par définition sans défenses et faibles. Guernica prône la paix et la sagesse en montrant l'horreur de la guerre et la lâcheté des hommes aux pouvoirs contre lesquels il résiste. Picasso d'ailleurs dira de Guernica que : "Cette peinture n'est pas faite pour décorer les appartements, c'est un instrument de guerre offensif et défensif contre l'ennemi". Justement, Guernica connaîtra par la suite une ascension à l'échelle internationale ce qui permettra de résister et de faire passer le message au reste du monde. En effet, Guernica en 1938 sera montré dans une exposition itinérante au Royaume-Uni ( Londres, Liverpool...), ce sera le commencement de son exposition universelle. Pour continuer son voyage, Guernica est incluse dans l'exposition Forty Years of his Art, exposition consacrée aux  œuvres de Picasso. L'exposition traversera le continent Américain en passant par New-York ou encore San Fransisco.

Pour conclure, Picasso ici résiste contre la guerre civile et la guerre en générale, mais ce ne sera que le début de son engagement dans la résistance car à son retour à Paris en 1940, c'est la guerre et la France de la zone occupée est sous l'oppression allemande...

 

L'EXPOSITION " ART ET RÉSISTANCE " DE 1946 PRÉSENTE DEUX TABLEAUX DE PICASSO, LE CHARNIER ET LE MONUMENT AUX MORTS ESPAGNOLS POUR LA FRANCE

En 1946, " Les Amis des Francs-Tireurs et Partisans Français " ( organisation armée du Parti communiste dans la Résistance ) composée des célèbres artistes P.Picasso, H. Matisse, A. Marquet et P.Bonnard, organisent une exposition une exposition de leurs œuvres au musée d' Art Moderne de Paris. Celle-ci sera dédiée à la Résistance contre le nazisme par l'art et aura lieu du 15 Février au 15 Mars 1946.

Picasso revient à Paris en 1940. En Mai, la nationalité française lui est refusée à cause de ses fréquentions anarchistes des années 1900, selon un rapport de police. Il passera toute l'occupation dans son atelier rue des Grands-Augustins. Toutefois, il reste sous la menace de la Gestapo qui débarque en 1943 dans son atelier. Picasso raconte : " Ils m'ont insulté, ils m'ont traité de dégénéré, de communiste, de juif. Ils ont donné des coups de pied dans mes toiles ". Ce serait à cette occasion que se serait déroulée la fameuse scène suivante : Les Allemands devant une reproduction de Guernica ont demandé : " C'est vous qui avez fait ça ? " et Picasso aurait répondu : " Non ! C'est vous ! ". En effet,après la défaite, l’Occupant cherche à contrôler l’expression artistique et littéraire. Les régimes nazi et fasciste considèrent l’art et la littérature comme des instruments au service de la propagande. Ils favorisent une expression officielle, autorisée parce que contrôlée. Après avoir donné l’impression d’une certaine tolérance afin de montrer un visage plus avenant, l’Occupant applique une censure stricte afin d’imposer son ordre moral, d’appliquer ses théories racistes et d’éteindre toutes les productions potentiellement contestataires dans le fond et dans la forme.C'est dans ce contexte que Picasso peindra Le Charnier et Le Monument aux morts Espagnols pour la France.

En 1946, " Les Amis des Francs-Tireurs et Partisans Français " ( organisation armée du Parti communiste dans la Résistance ) composée des célèbres artistes P.Picasso, H. Matisse, A. Marquet et P.Bonnard, organisent une exposition une exposition de leurs œuvres au musée d' Art Moderne de Paris. Celle-ci sera dédiée à la Résistance contre le nazisme par l'art et aura lieu du 15 Février au 15 Mars 1946.

LE CHARNIER ( 1945 )

 

Afficher l'image d'origine

New York, Museum of Modern Art

Le Charnier a été exposé à l'exposition "Art et la Résistance" promue par les communistes et célébrée dans le musée d'Art moderne à Paris en Février-Mars 1946. Ici, le tableau de Picasso, avec sa référence à la mort, le sacrifice et la renaissance a été considéré comme du "bon art compromis politiquement". À son tour Picasso a fait don de son tableau à une organisation  dirigée par les communistes au profit des ex-combattants de la résistance française. Il est important de savoir que Picasso présidera à partir de 1944 le comité directeur du front national des arts qui examine le cas d'artistes compromis dans la collaboration.

Bien que le style artistique de Picasso pourrait difficilement se qualifier de réaliste socialiste, pour ce parti, la valeur de Picasso résidait non dans son style en tant que peintre, mais par sa capacité spéciale de faire du grand Art accessible à tous. Le Charnier a une charge politique qui consiste à opposer le public avec la réalité de l'époque et celle à venir. C'est pour cela que nous pouvons considérer son œuvre comme une suite à Guernica peint en 8 ans plus tôt.

De par son contenu, Le Charnier met l'accent sur la souffrance des individus, et avec sa palette de noir et de gris il évoque les images de la presse de l'époque, ou de reportages sur les camps d'extermination. Cependant, le tableau portait vers la renaissance de la liberté, c'est donc ici une forme de résistance.Pour peindre son tableau, Picasso s'est inspiré des morts d'Auschwitz ou d'autres camps de concentrations comme Dachau, premier camp de concentration mis en place par le régime nazi.

Dans ce tableau est représenté trois cadavres : celui d'un homme, d'une femme et celui d'un enfant. La pièce où ils se trouvent est nue et une porte est entrouverte, on peut donc imaginer qu'elle représente le chemin vers la mort. Picasso veut évidemment dénoncer les camps de concentrations en peignant cette œuvre représentant une telle chambre à gaz avec de tels cadavres. Après Guernica, Picasso résiste avec cette  œuvre qui met au grand jour les atrocités de la guerre et le génocide des juifs d'Europe.

 

LE MONUMENT AUX MORTS ESPAGNOLS POUR LA FRANCE ( 1946 )

 

Afficher l'image d'origine

Monument aux espagnols morts pour la France - Picasso - Museo Reina Sofía - Madrid

Le Monument aux morts Espagnols pour la France a lui aussi été présenté à l'exposition de 1946 sur le thème de l'Art et la Résistance. Tout comme Le Charnier, le monument aux morts de Picasso contient beaucoup d'éléments symboliques à la mort. Cette peinture présente une pierre tombale sur laquelle nous retrouvons le drapeau tricolore de la France (bleu blanc rouge) et qui transporte sur elle un buste d'un guerrier qui porte une couronne de laurier. Comme toujours dans ses œuvres, l'allusion à la guerre par Picasso est flagrante. L'attirail militaire du guerrier n'est composé que d'une flèche et d'un carillon. Devant le monument, sur une sorte de tapis gris, se trouve une tête de mort, avec une plante sèche de chaque côté. Contre la tombe, nous voyons une plaquette avec écrit " Aux Espagnols morts pour la France ". En effet, les républicains d’outre-Pyrénées ont marqué de leur empreinte la Libération. Leur présence est reconnue en particulier dans le Sud, mais plus de 10 000 d’entre eux combattirent un peu partout. À travers ce tableau, l'artiste résiste et rend tout simplement hommage aux Espagnols qui se sont battus auprès des Français durant les guerres mondiales. À travers ce tableau, Picasso résiste contre l'oubli et rend hommage aux Espagnols morts pour la France.

 

CONCLUSION

 

Finalement, Pablo Picasso fait partie de ces artistes qui prouvent que l'art est une forme de résistance à part entière et qui montre que l'art nous permet d'exprimer une opinion, de la diffuser mais aussi de laisser un témoignage, de faire en sorte que la mémoire ne disparaisse pas avec chaque génération mais qu'elle se transmette de l'une à l'autre. Pablo Picasso était conscient de son impact et de sa responsabilité, il a d'ailleurs continué ses œuvres engagés après l'exposition : " l'Art et la résistance ". Par exemple, il a peint " Massacre en Corée " en 1951 qui dénonce la cruauté des militaires coréens. Celles-ci sont aujourd'hui mondialement reconnus et encore exposés, en 2015 à Paris par exemple, car elles sont encore aujourd'hui très appréciées et ont toujours un sens, un message à faire passer ainsi qu'un engagement très fort.

Suite à son engagement durant toutes ces années contre toutes formes d'injustice ou de barbarie, prônant ainsi la paix et la liberté, Picasso a reçu en Novembre 1950 le prix Lénine de la paix. Ce dernier et tous les autres artistes engagés ont résister par l'art et la littérature pendant et après la guerre espérant ainsi que l'Homme apprendra de ses erreurs. En effet, la liberté et la paix ne sont jamais acquises, c'est pour cela qu'il faut garder les yeux ouvert sur le monde et rester vigilant afin d'éviter de reproduire les erreurs du passé ou même d'en être témoin. En effet, la barbarie et l'injustice peuvent ressurgir à chaque instant et comme le dit Jacques Vistel Président de la Fondation de la Résistance, :" La création artistique fut pour les résistants une autre forme de leur combat face à la barbarie. Barbarie qui avait dès 1933, conduit les nazis à brûler les livres de la culture européenne et à faire disparaître l'art dit " dégénéré " (...).Cette barbarie qu'on croyait à jamais disparu répond aujourd'hui celle de Daesh détruisant des trésors préislamiques de Syrie et d'Irak".

 

Réalisé par HSEIN Soane, LEGER Guillaume, CLAIRAND Lya 1ESA.2015-2016

Lien vers l'article suivant sur "Charlotte Salomon, figure de la résistance par l'art"

Lien vers le sommaire