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"Résister par l 'art et la littérature" (2016)

Jeanne Letourneau, l'art pour se reconstruire et témoigner

Publié le lundi 21 mars 2016 11:02 - Mis à jour le vendredi 25 mars 2016 09:42

Jeanne Letourneau, née à Angers le 3 Novembre 1895, fait des études de dessin à Paris puis devient professeur de dessin au collège de jeunes filles Joachim du Bellay à Angers. Elle est arrêtée le 13 Mars 1943 pour suspicion de propagande anti-nazie puis emprisonnée à Angers avant d'être déportée « politique » au camp de concentration pour femmes de Ravensbrück. Elle est libérée le 5 Avril 1945 et arrive le 18 Avril suivant à Angers. A son retour, elle écrit un récit de ses deux années passée à Ravensbrück qu'elle intitule « Clichés barbares » qui accompagne ses dessins. Elle raconte les conditions de vie qui étaient très dures, cependant, sa façon d'observer les choses est surprenante du fait qu'elle soit si artistique en des jours si sombres et ternes. Grâce à ses écrits, elle est nommée chevalier de l'ordre de la Légion d'Honneur en 1952.

 

 

I. Des dessins forts pour témoigner d'une histoire inimaginable

 

A. Les camps, lieux de violentes souillures et de déshumanisation

La vie au camp était une vie de misère de terreur et de souillure mentale. De plus, ces conditions affreuses de vie étaient accentuées par la maltraitance de la part des gardes, le froid, la faim, la soif, l'épuisement et les maladies. Jeanne Letourneau a été déportée dans le camp de femmes de Ravensbrück, elle illustre la violence à l'intérieur du camp, qu'elle soit physique ou mentale, a travers ses dessins.

B. Les dessins, un moyen pour témoigner des conditions de vie inhumaines

 

On remarque, sur ce dessin, comme le titre l'indique, un regroupement de condamnés positionnés en ligne tel des soldats. Ce positionnement nous fait penser à une organisation très stricte et sévère, ce qui reflète les idées que nous avons à propos des nazis qui sont endoctrinés dès le plus jeune age. Egalement, on remarque des couleurs très sombres,  c'est la nuit, cependant, nous pouvons imaginer que Jeanne Letourneau, à travers les couleurs sombres reflète la souffrance, la tristesse et la non croyance en l'avenir. On aperçoit derrière ce regroupement de personnes, une lumière qui illumine un sapin, cette lumière représente sans doute la vie que dégage cet arbre pour montrer le contraste entre les deux plans, soit d'un coté la mort et de l'autre la vie; de plus, nous pouvons noter que les détenus ne sont plus que des silhouettes, sans visage reconnaissable, ce qui montre la déshumanisation mise en place dès l'entrée du camp.

 

On  voit au premier plan des femmes ayant fait tomber, soit par maladresse, soit par épuisement un bidon. Leurs camarades se sont jettées dessus, affamées, afin de manger ce qu'il contenait. On peut voir à travers ceci un certain désespoir et une absence totale de dignité lorsque ses femmes ont pour réflexe de manger ce qui est tombé par terre. Toutes ces femmes au premier plan sont contourées de noirs, seules deux d'entre elles n'ont pas cet ornement, on se rend compte que ce sont deux "gardes" puisque l'une est accompagnée d'un chien et que l'autre, le bras en l'air, semble punir ou crier sur les femmes "fautives". Nous pouvons interpréter ce manque de contour par le manque d'humanité, de pitié et de sensibilité, leurs âmes sont vides et ternes et elles ne méritent pas d'être mises en valeur sur le papier.

Au second plan, nous voyons les femmes qui continuent de travailler, il semble qu'elles regardent tout de même dans la direction de l'accident. Au dernier plan se dresse un bâtiment aux airs ternes. On pourrait penser qu'il les surveille.

 

II. Un récit perçant, mettant en valeur la place que l'art occupe dans la survie de Jeanne Letourneau

Dans le récit "Clichés barbares", nous remarquons que l'art prend une place très importante dans la vie de Jeanne Letourneau au camp. En effet, nous pouvons voir dans ses récits qu'elle admire le paysage avec des yeux d'artiste. Par exemple, lorsqu'elle voit un défilé de femmes nues et  grelottantes, cela lui fait penser aux bas reliefs du jugement dernier sur le tympan des cathédrales gothiques. Elle fait également attention aux couleurs la première fois qu'elle entre dans le camp, la manière dont elle le décrit n'a rien d'inquiétant, elle est comme absorbée par les couleurs et les dessins représentés sur les murs. Elle fait également allusion à la lithographie ( une technique d'impression à plat qui permet la création et la reproduction de multiples exemplaires d'un tracé à l'encre  ou au crayon sur une pierre calcaire) dans la magnifique phrase suivante:" lithographie au noir profond, opposé a l'éclat de la neige". Cette phrase est prononcée un matin où elle observe ses consoeurs travailler dehors, dans la neige et le brouillard, les exemples sont encore nombreux.

 

 

 

Conclusion :

Pour conclure, les oeuvres de Jeanne Letourneau sont un acte de résistance contre le régime nazi ; elles aident aussi Jeanne Letourneau à s'émanciper de la souffrance qu'elle porte en elle. A travers ces dessins, elle nous immerge dans ce monde inhumain et atroce qu'est le camp de concentration, en nous montrant tous ces détails et toute cette violence. Ce qui est le plus impressionnant c'est qu'elle a réussi à produire ces dessins dans de telles conditions.  Ses dessins sont un témoignage pour l'histoire afin que les générations futures sachent ce qu'il s'est passé  et empêchent  la reproduction de terribles drâmes. D 'autres personnes ayant vécu dans cette misère et cette détresse ont également eu recours à l'art pour résister, comme par exemple. Lucienne Simier autre professeur du lycée du Bellay qui a écrit le récit de sa déportation. Nous avons eu la chance de rencontrer Marie-José Chombart de Lauwe résistante, déportée au camp de concentration pour femmes de Ravensbruck puis transférée au camp de concentration de Mauthausen, Présidente de la fondation pour la mémoire. Elle nous a raconté avoir  connu Jeanne Letourneau,  Marie Talet proviseure du lycée du Bellay, la gestionnaire  et les 4 autres professeurs déportées dans le camp pour femmes de Ravensbruck. Seules 3 de ces six femmes sont revenues.

 

Réalisé par des élèves de 1èreESa.2015-2016

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