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"Résister par l 'art et la littérature" (2016)

L'art au service de la Résistance et de sa Mémoire à Angers

Par Nicolas PASSEDROIT, publié le jeudi 17 mars 2016 15:56 - Mis à jour le samedi 19 mars 2016 22:53

          C’est dans un contexte d’occupation et sous un gouvernement de collaborateurs, mais aussi de collaborationnistes, que durant la Seconde Guerre mondiale des hommes et des femmes ont lutté en faveur de la France Libre. Aujourd’hui, nous avons des traces de cette Résistance, qui nous remémorent au quotidien notre histoire et notre démocratie reconquise. En effet, ce sont des œuvres qui se trouvent dans notre ville d’Angers et visibles par tous. Nous allons voir dans un premier temps comment l’artiste Jean Lurçat et le poète Paul Eluard se sont engagés par leurs œuvres dans cette Résistance. Puis, comment le personnage de Jean Moulin est devenu, de par ses actes, le symbole d’une France libre et l’incarnation du courage. Enfin, le Pont de Bouchemaine qui est devenu le symbole d’une Résistance, qui a probablement épargné à notre ville d’Angers des bombardements destructeurs.

I) Liberté :

                                                    

© Musée Jean Lurçat - Direction et conservation des Musées d'Angers

Issu de la même génération, le poète Paul Eluard et l'artiste Jean Lurçat ont tous deux traversé deux guerres mondiales, connu un engagement politique fort aux côtés du Parti communiste et pris une part active à la Résistance. Le questionnement sur la paix et la liberté est donc au cœur de leurs œuvres.

Une tapisserie clandestine :

Cette tapisserie a réalisée en 1943 et mesure 2,83m sur 3,64 m. Cette œuvre a d'abord été réalisée sur un carton peint, puis le peintre a décidé d'en faire une tapisserie. Elle a été tissée dans une manufacture où Jean Lurçat fut missionné pendant la guerre mondiale à Aubusson, ville occupée par les Allemands.

Cette tapisserie représente un fond ocre jaune séparant en deux, une partie plus sombre et une partie plus clair où plusieurs étoiles (référence aux juifs) sont dispersées. Au centre de celle-ci, un des deux astres passe devant l'autre. On pourrait alors penser à la représentation d'une éclipse. Aux quatre coins de la tapisserie, on peut lire des extraits du poème de Paul Eluard, Liberté. Les derniers mots du poème apparaissent dans l'astre solaire le plus imposant qui illustre un soleil.

Ce soleil est composé de flammes rouges, qui font passer un message important : celui de la lumière, du générateur de vie et figure de l'espoir.

Le coq placé au-dessus de celui-ci a plusieurs significations, comme celui du coq français. Il est peut être ici une évocation de la victoire, un symbole triomphant de la résistance à l'ennemi.

Cependant, un serpent est représenté sur le soleil, cet animal est symbole de la tentation dans la bible, voir celui du mal, sans oublier les visages de résistants dans l'ombre

Néanmoins, ce soleil est présenté devant une lune sombre où l'on voit des crânes éparpillés qui reflètent la mort. On ressent alors l'optimisme du peintre à travers le message qu'il veut faire passer.

 

Le poème de Paul Eluard, Liberté

 

Paul Eluard est né à Saint-Denis le 14 décembre 1895 et décédé le 18 novembre 1952 à Charenton-le-Pont. Il exerçait la profession d’infirmier pendant la 1ère guerre mondiale. A la fin de celle-ci,  il fait une profonde remise en question du monde dans l'absurdité, la folie et l'ironie.

Vers 1936, il devient ambassadeur du surréalisme et voyage dans beaucoup de pays, dont l'Espagne où il apprend la prise au pouvoir du franquisme contre lequel il se bat violemment.

L'occupation de la France par l'Allemagne nazie, en 1940 durant la Seconde Guerre mondiale a inspiré Paul Eluard. C’est en 1942 qu’il écrit ce poème, qui sera diffusé par la résistance cette même année.

C'est une poésie engagée : il combat les atrocités liées à cette guerre et veut redonner un sens à la vie. Ainsi, Paul Eluard dépasse aussi les automatismes de langage comparé aux autres poètes de son époque. Il est considéré comme porteur d'espérance.

Description du poème, Liberté

Ce poème marque les esprits par sa longueur et ses paroles.

Il est composé de :

- 21 strophes de 4 vers

- 4 vers avec 1 refrain à chaque strophe sauf à la dernière

- le poème est rythmé : vers de 7 syllabes

- Absence de recherche de rimes

Aujourd'hui, la tapisserie le chant du Monde est exposée au musée Jean Lurçat à Angers depuis 1947

Ce lieu est ancien orphelinat du 17ème siècle qui présente le fond constitué principalement des donations de Lurçat

II) La naissance du Lansquenet : une tapisserie de Jean Lurçat

        

© Musée Jean Lurçat - Direction et conservation des Musées d'Angers

  Cette tapisserie a été créée en 1946 à Aubusson dans les ateliers Tabard, là où Jean Lurçat travaillait pendant la 2nde guerre mondiale. Elle est faite de 4 parties sur fond noir, ayant été commandée pour recouvrir un paravent.

C'est une tapisserie assez sombre, puisque le fond est entièrement noir et les couleurs varient du beige au kaki. Sur ces 4 parties, on peut voir différents objets, tels que des instruments de tortures du Moyen Âge, ainsi que de nombreux crânes humains, signe de la mort. Il y a une forte dominance de la guerre, représentée par le sang, la mort, la torture et le noir. En haut de l'œuvre on peut voir des étoiles, sûrement pour symboliser les morts causés par les guerres (civils) et les morts au combat (soldat). On voit également à différents endroits de la tapisserie des trous où l'on aperçoit des mots, comme si il y avait un fond ou un deuxième monde qui nous rappelle toutes les horreurs commises pendant les  guerres. On peut voir les mots : Guernica, Drancy, Sedan … qui symbolisent des noms de villes ravagées par ce fléau humain.

En effet Guernica est une ville espagnole dévastée pendant la guerre civile par les bombardements des Allemands au service du nationaliste Franco. Drancy était un camp d'internement qui a été en service durant la Seconde Guerre mondiale, il symbolise la politique de déportation antisémite en France. Et enfin la ville de Sedan symbolise la bataille de Sedan de 1870, qui a opposé Napoléon III à la Prusse, durant cette bataille ce sont les Prussiens qui ont gagné, mettant dans le même temps fin à cette guerre. Ces villes sont donc des victimes-symboles de la guerre.

 

Jean Lurçat

Il était un artiste peintre qui faisait également des tapisseries, né en 1892 et mort en 1966.

Durant la Première Guerre mondiale, il est soldat dans l’infanterie mais suite à une maladie il retourne chez lui pour le reste de la Guerre.

Il commence à travailler avec les Gobelins à partir de 1936, puis 3 ans après il s'installe à Aubusson. En 1941, il se réfugie dans le Lot puis en 1942 à Lanzac, où il mène une activité clandestine et résistante.

Les autres œuvres de Jean Lurçat

1942 : tissage clandestin d’Es la Verdad, d’après un poème d’Apollinaire et tissage de la Liberté, d’après un poème d’Eluard.

1952 : « La grande peur », 20 m 2.

1955 : « Morts de la résistance », 48 m²

1957-1966 : « le chant du monde ». 10 pièces, 347 m² en tout. Cette tapisserie exprime la destinée humaine, qui à travers l’Apocalypse (Hiroshima), saura vivre en harmonie avec le monde et les éléments.

 

III) Jean Moulin, le symbole de la résistance française.

 

 

          Cette imposante statue qui fait face à la Maine a été érigée en 1993, par François Cacheux. L’année 2013 célèbre le 70e anniversaire de la création du Conseil National de la Résistance et du décès de Jean Moulin, le 8 juillet 1943. L’objectif de cette statue ainsi que les nombreuses rues et établissement scolaires qui lui rendent un hommage est un devoir de mémoire perpétuel, de par ses actions et son parcours au sein de la Résistance Intérieure Française.

C’est en juin 1940 que Jean Moulin commence à se forger un nom, alors Préfet de l’Eure-et-Loir, il refuse de signer une déclaration accusant des tirailleurs sénégalais de l’armée française de crime graves. C’est là son premier acte de courage en défendant des innocents qui lui vaudra d’être torturé par les nazis. Moulin tentera alors de se suicider en se tranchant la gorge, mais il sera sauvé de justesse par les nazis. Il portera ensuite une écharpe pour cacher sa plaie au cou et celle-ci deviendra le symbole de son courage. Révoqué par Vichy, il rencontre le général de Gaulle en 1941 qui le charge d’unifier le sud de la France à la Résistance. C’est deux ans plus tard qu’il crée et prend la présidence du Conseil National de la Résistance. A ses côtés, des hommes et des femmes,mouvements , réseaux, partis clandestins , syndicats clandestins,... hostiles au gouvernement de Vichy, qui effectuent des mouvements et des actes significatifs en faveur de la France libre. C’est lors d’une réunion de ce conseil que la Gestapo allemande viendra l’arrêter, ainsi que tous les participants présents.

Torturé à mort, Jean Moulin ne révèlera jamais rien des plans de la Résistance et restera fidèle aux idéologies de la Résistance française. Ses « cendres présumées » reposent aujourd’hui au Panthéon depuis 1964, symboliquement, et témoigne d’un homme engagé, courageux et fidèle.

 

IV ) Le monument du Pont de Bouchemaine

         

Ce pont, qui mesure 150 mètres de long pour 7 mètres de haut, est fait de pierres taillées et d'acier. est situé entre Bouchemaine à rive droite et St Gemmes à rive gauche, à l'ouest d'Angers.

Il a été construit en 1908 pour permettre le franchissement de la Maine par la ligne de chemin de fer reliant Angers à Candé.

Les troupes américaine ont débarqué en Normandie le 6 juin 1944 et ont mis deux mois pour atteindre le Maine et Loire.

Le 7 août 1944, les troupes américaines arrivent à St Jean de Linière, faisant face aux allemands.

Ces derniers ont bombardé ou miné tous les ponts permettant d'accéder à Angers, ce qui fut un problème pour les américains qui ne connaissent pas l'existence du pont de Bouchemaine.

Seulement deux français : Louis Bordier et Pierre-Yves Labbé sont allés à la rencontre des américains pour leurs signaler l'existence de ce pont.

Il est fort à penser que si ces français n'avaient pas informé les américains que ce pont existait, la ville d'Angers aurait subi un bombardement qui aurait engendré une importante perte aussi bien humaine que matérielle.

Le 8 août 1944, le lieutenant américain Dilwith arrive sur les lieux avec une cinquantaine d'hommes et trois chars. Un soldat allemand était placé au niveau du pont et tenait un détonateur qui était censé déclencher une explosion grâce à un wagon chargé d'explosifs.

Dans la nuit du 8 au 9 août 1944 les américains résistent à deux contres attaques des allemands. Des pièces d'artilleries américaines sont placées à Prunier et bombardent la rive gauche afin de crée le plus de dégâts possible du côté des troupes Allemandes. Les allemands, placés eux à Chateaubriand, font feu sur les américains.

Le 9 août, est une journée très marquée par la violence : les américains s'emparent du Fresne dans la matinée ; les combats étaient très intenses, se faisant parfois à l'arme blanche. Dans l'après-midi, après les combats, les américains s'emparent de Chateaubriand et de la butte de la Baumette.

Dans ces combats, deux habitants de St Gemmes périrent et les pertes matérielles dans les environs étaient considérables. On compte environs une cinquantaine de bâtiments détruits.

L'action principale de la résistance en Anjou est liée au pont de Bouchemaine grâce à Bordier et à Labbé.

Labbé est un réel héros de la résistance avec sa section en 1940, sous le nom de Jean Castor : c'est notamment eux qui ont réussi à repérer que la marine allemande avaient établi des services de radio à Angers.

Il a également participé à une autre action, qui a été de conduire les pilotes d'avions alliés abattus et blessé sur une petite île sur la Loire où ils étaient récupérés par des avions légers.

A partir du 11 août, quand les lieux sont totalement pacifiés, des photos sont prises avec les américains. On pose sur les chars en leur compagnie, devant des maisons libérées, avec des enfants…

On voit encore aujourd'hui la trace du passage des américains  car certains ont gravé leurs noms ou leurs matricules dans les murs de certains bâtiments.

Le Pont de Bouchemaine est composé de deux plaques commémoratives, faites en 1944, qui se trouvent juste en face du pont de Bouchemaine

Sur ces plaques, placées sur la rive gauche de la Maine, on rend hommage aux soldats américains qui ont contribué à la libération de notre pays

Il y a également sur le pont une inscription qui rappelle les combats qui ont eu lieu à cet endroit en 1944.

Enfin, des Stèles placées sur la rive droite de la Maine rendent hommage à la Résistance.

Aujourd’hui encore, des commémorations ont lieu sur le pont afin de rendre hommage aux hommes qui se sont battus pour notre liberté.

 

          C’est ainsi que les oeuvres liées à la Résistance  marque notre ville d’Angers. Aujourd’hui encore, nous pouvons voir que ces œuvres  sont d'actualité, puisque par exemple le poème Liberté a été repris par les Enfoirés en 2016 :

 

"Sur mes cahiers d'écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J'écris ton nom

Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J'écris ton nom

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J'écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l'écho de mon enfance
J'écris ton nom

Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J'écris ton nom

Sur tous mes chiffons d'azur
Sur l'étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J'écris ton nom

Sur les champs sur l'horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J'écris ton nom

Sur chaque bouffée d'aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J'écris ton nom

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l'orage
Sur la pluie épaisse et fade
J'écris ton nom...

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attentives
Bien au-dessus du silence
J'écris ton nom

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J'écris ton nom

Sur l'absence sans désirs
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J'écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l'espoir sans souvenir
J'écris ton nom

Et par le pouvoir d'un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté "
 

Paul Eluard, Poésie et Vérité, 1942

Article réalisé par Hebert Alexis,Richard Léa,Roissé Camille,Vallejo Séverine,Passedroit Nicolas. 1ère ESb 2015-2016.

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