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"Résister par l 'art et la littérature" (2016)

La Bête est morte ! ... La Guerre mondiale chez les animaux

Publié le mercredi 9 mars 2016 10:24 - Mis à jour le samedi 19 mars 2016 22:47

La Bête est morte !


Après des débuts difficiles sous la répression allemande et celle du gouvernement de Vichy, la résistance monte en puissance à l'aube de la Libération en 1944. Parmi ces formes, l'art et la littérature ont elles aussi joué un rôle important . La bande dessinée de Calvo, destinée aux enfants, illustre un univers animalier reproduisant la Seconde Guerre mondiale. Le déroulement de la guerre à travers cette BD  à pour objectif de montrer un courage et une résistance héroïque des français face à l'oppresseur nazi, tout comme Calvo a fait preuve de courage et d'héroisme en commençant cette oeuvre sous l'Occupation allemande.

Dans un premier temps nous présenterons le portrait d'un dessinateur hors la loi.

Puis dans un deuxième temps nous aborderons la création et la publication dans la clandestinité.

Ensuite nous analyserons l’œuvre La Bête est morte !, ainsi que les vignettes symboliques de la bande dessinée.

 

 

La Bête est morte ! édition Gallimard

Hors Série,Gallimard Jeunesse
Parution : 14-11-1995

1 - Le portrait d'un dessinateur hors la loi :


Edmond Francois Calvo, né en 1892 et mort en 1957, est le grand dessinateur de la bande dessinée La Bête est morte ! sous- titré "La Guerre mondiale chez les animaux". Calvo accompagné de Victor Dancette et Jacques Zimmermann pour le scénario, dessina la BD clandestinement en 1944 pendant les deux derniers mois de l'Occupation Allemande à ces risques et périls. Beaucoup des albums de ce dessinateur étaient parus durant l'Occupation qui n'est pas une période creuse pour la production de bandes dessinées en France ; bien au contraire, les dessinateurs français profitent de l'interdiction d'importation de bandes dessinées américaines pour affirmer leur originalité. Alors que la censure est à son maximum à cette période et que le papier est très cher, Calvo réussira tant bien que mal à obtenir du papier et les outils nécessaires pour laisser place à son art. Cette BD a été publiée au moment de Libération en 1944,  après quatre années noires subies par la population. Cette bande dessinée témoignede la deuxième Guerre Mondiale à travers un univers animalier et une histoire  adressés aux enfants d'hier et d'aujourd'hui.


 Calvo .Gallimard Jeunesse
 

2 – Une création et une publication dans la clandestinité


Dans un contexte d'occupation, de censure, de surveillance et de répression, d'autres contraintes existent.

Tout d'abord, le financement est un problème majeur. Le papier, l'encre, l'impression coûtent très chers ; les résistants doivent compter sur leurs fonds personnels et sur la générosité d'autres personnes pour se fournir.            

Ensuite la pénurie de papier. Le papier est contingenté, donc limité dans sa distribution. Le recours au marché noir est donc indispensable. Il coûte également très cher.                                                                                      

Enfin, imprimer dans la clandestinité est une contrainte évidente. Si un imprimeur décide de faire tourner ses presses la nuit, il prend un risque important car il peut être dénoncé.


 

3-1 – La Bête est morte ! : Une résistance par le dessin

                                                  

   

 Calvo .Gallimard Jeunesse
 


Dans cette oeuvre de Calvo, on n' étudie pas l'Histoire par la BD mais une représentation de l'Histoire. Le projet de publication de La Bête est morte ! est de présenter aux enfants les étapes et les enjeux politiques du conflit. Le dessinateur s'adresse clairement aux enfants : univers animalier et anthropomorphique, ouverture du récit par une scène de veillée entre un grand-père raconteur d'histoire à ses petits enfants. De plus, il illustre les différents pays, peuples et personnages par des animaux ayant participé à la Seconde Guerre Mondiale: les Allemands en loups avec Hitler qui est « le Grand Loup », les Italiens en hyènes, les Japonais en singes jaunes, les Anglais en chiens (les dogs) avec Winston Churchill qui est le « le Premier des Dogs », les Américains en bisons avec Franklin Roosevelt qui est « l’Élu des Bisons », les Soviétiques en ours avec Staline qui est « le Grand Ours », les Français en lapins, en écureuils, en grenouilles ou encore en cigognes avec Charles De Gaulle qui est « la Cigogne nationale ».

   Calvo .Gallimard Jeunesse
 

De telles identifications correspondent souvent à une typologie morale des peuples ; il ne fait pas de doute que pour Calvo les Allemands sont cruels comme des loups.

La Bête est morte ! édition Gallimard

 Calvo .Gallimard Jeunesse 

D'ailleurs la couverture de la bande dessinée met en scène Hitler, l'acteur principal de l’œuvre et de la Seconde Guerre Mondiale. Chaque dessin rend les animaux extrêmement vivants, ils ont même des expressions humaines comme la peur qui donne un aspect très réaliste aux scénettes et aussi dans les grandes vignettes avec de nombreux détails. Calvo raconte a travers cette bande dessinée une guerre d'une manière totalement manichéenne où s'illustre le patriotisme des français dans la résistance : "tous les Français sont sublimes et courageux". L'oeuvre La Bête est morte ! trouve tout à fait sa place dans une littérature de contre-propagande à la fois patriotique et résistantialiste. Le but de la BD est de réunir la nation française divisée par l'Occupation ; en effet celle-ci ne mentionne à aucun moment le régime de collaboration du gouvernement de Vichy. Cette BD fait de la résistance un mouvement national. Il a fallu attendre les années 1970 afin de se rendre compte que tous les Français n'étaient tous unis face à l'oppression allemande.

 

3-2 - Des vignettes symboliques

 

  

 Calvo .Gallimard Jeunesse 

- La Bête est morte ! est historiquement la première bande dessinée à évoquer le sort des Juifs européens, déportés dans les camps de la mort. Comme on peut le voir sur une des vignettes, les femmes et les enfants sont séparés, ce qui renforce l'abomination. Comme l'explique la BD, ce sont "des centaines de milliers d'animaux inoffensifs et pacifiques" qui sont envoyés à la mort. Lors de la création de La Bête est morte !, on ne connait pas encore toutes  les atrocités faites aux 3 millions de juifs déportés dans ces camps ni le nombre exact de déportés.

       

 Calvo .Gallimard Jeunesse 

- Ces deux pages d'illustrations sont mises volontairement en liaison. Celle de gauche est une représentation de "La Liberté guidant le peuple" de Eugène Delacroix, inspirée de la révolution des Trois Glorieuses en 1830. Cette oeuvre est un symbole de la République Française et de la démocratie. Le dessin de droite représente l'arrivée des Alliés et la Libération de Paris en 1944.

Par cette comparaison entre les deux dessins, Calvo met en relation ces deux grands évènements de l'histoire de la France pour mettre en valeur l'union du peuple Français dans la victoire ainsi que son courage et sa solidarité. Cette liaison veut nous démontrer que les sentiments des Français est tout aussi important lors de la révolution de 1830 que pendant la Libération de Paris.

 

 

 

 

 

 

 

 

Conclusion

L'oeuvre La Bête est morte !, est une oeuvre de résistance car elle a su s'opposer dans un contexte autoritaire où les libertés étaient minimes. Elle fait passer un message d'espoir et de paix opposé à un régime de répression et tout ceci dans la clandestinité. Pour finir, en tant qu'artiste engagé, Calvo, apporte son jugement, ses conseils aux générations futures qu'il appelle "mes petits enfants". Il met en garde sur le fait que n'importe qui peut devenir "Loups","même les plus doux...". Il finit son oeuvre par une morale que voici : "Tant que la terre ne sera pas purgée des Loups et des Hyènes, il faudra toujours être vigilants et unis".

Source :

"La Bête est morte !.... La guerre mondiale chez les animaux".Illustrations de Calvo.Hors Série, Gallimard Jeunesse.Parution : 14-11-1995 Lien

 Réalisé par Juliette Jugiau, Gaétan Parage, Alex Balliau - 1ère ESa 2015- 2016.

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