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"Résister par l 'art et la littérature" (2016)

Les objets dans les camps

Publié le vendredi 11 mars 2016 14:06 - Mis à jour le mardi 26 avril 2016 18:33

 

30 janvier 1933, Hitler arrive au pouvoir démocratiquement. Dès son arrivée, il crée des camps de concentration pour les opposants allemands, puis à partir de 1939 les résistants européens. Au total 1 million de résistants européens seront déportés en Allemagne. En 1942, des camps d'extermination seront créés dans le cadre de la "solution finale" qui aboutit à la mort de 6 millions de juifs dont 3 millions dans les camps d'exterminations. Nous allons étudier plus précisément, les objets fabriqués dans les camps et le processus de déshumanisation qui est mis en place. On peut séparer la vie d'un déporté en trois parties, puisqu'il y a la vie avant les camps, dans les camps et après les camps.

 

 

 

 

 

 

Les camps, un centre de déshumanisation

A leurs arrivée dans les camps, les déportés étaient démunis de leurs objets personnels et de leurs vêtements ce qui les privaient d'identité. C'est à ce moment là que les déportés changeaient de vie et ils commençaient leur nouvelle vie dans les camps; Ils n'avaient plus de vêtements personnels mais un pyjama rayé, plus de prénom mais un numéro de matricule à la place, les hommes et les femmes étaient tondus ; ces dernières perdaient leur féminité. Ils ne dormaient plus dans un lit mais à plusieurs dans des châlits sur 3 niveaux et avaient des toilettes communes (latrines) ce qui les privaient de toute intimité ; ces latrines comportaient un avantage du fait de la prolifération des maladies, les nazis ne rentraient pas et donc la résistance se déroulait principalement dans ce lieu.

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Châlits dans les camps de Auschwitz-Birkenau

Pour faire face à cette déshumanisation constante, les détenus fabriquaient des objets comme des cuillères à partir de matériaux volés dans les usines ou récupérés, nous sommes là dans un système de "débrouille". Fabriquer un objet est une forme de résistance, les déportés montrent qu'ils n'adhèrent pas aux idées nazies et qu'ils sont capables de se débrouiller même avec toutes les restrictions qu'ils ont ; même sans armes, ils arrivent à résister. Ces objets permettaient de montrer qu'ils sont humains et qu'ils gardent une certaine dignité et une "allure". Tout ce que ne voulaient pas les nazis car ils faisaient tout pour les réduire à des "objets" qu'on utilise pour faire des tâches ingrates et que l'on cherche à briser moralement et physiquement. La formule en allemand "Le travail rend libre" inscrite sur les portes des camps montre que les nazis voulaient briser et rééduquer par le travail les déportés. Ils leurs résistent en montrant tout simplement qu'ils sont capables de vivre malgré les contraintes qui leurs étaient infligées. Les nazis procédaient à cette déshumanisation pour ne pas leur donner d'identité propre et qu'ils perdent espoir, donc fabriquer un objet permettait de contrer les nazis mais ils comportaient aussi le risque d'avoir des sanctions et même d'être tué. Ainsi fabriquer des objets était un des moyens pour rester quelque part humain.

Porte du camp de concentration d'Auschwitz I en mai 1945

http://www.crdp-strasbourg.fr/?attachment_id=1607

La création d'objets, un acte de résistance contre la déshumanisation

"Parfois, nous parvenons à distraire un bout de fer ou de plastique. Ils feront une croix catholique, une croix de Lorraine ou une étoile soviétique que nous offrirons en cadeau à l'une d'entre nous. Les boutons de galalithe des interrupteurs que nous montons chez Siemens, les manches de brosse à dent font également l'affaire."

A travers cette citation de Madame Chombart de Lauwe, résistante et déportée au camp pour femmes de Ravensbruck, que nous avons rencontré le lundi 14 mars 2016
, nous pouvons constater que des déportés se débrouillaient pour créer, faire marcher leur imagination avec le peu d'objets qu'ils volaient dans les usines. Certains déportés font parler leurs talents artistiques. La création de ces objets sont destinés à d'autres êtres chers dans les camps.

Madame Chombart de Lauwe que nous avons rencontré le lundi 14 mars 2016

et tenant des objets fabriqués clandestinement dans les camps

"Ne pas se faire prendre, bien sûr. Ces présents sont infimes mais ils nous procurent un immense plaisir dans notre détresse. J'ai encore aujourd'hui certains d'entre eux, comme ce minuscule carré de tissu blanc où ont été brodés mon matricule et le triangle rouge des détenues politiques, offert pour mon anniversaire. Je fabrique une croix de Lorraine et une hermine bretonne, plus petites qu'un ongle, sculptées dans des interrupteurs. Une amie offrira à ma mère un chapelet fait avec des gaines électriques..."

Citations de Madame Chombart de Lauwe dans Résister toujours

 

Les détenus étaient soudés, ils fabriquaient des objets qui pouvaient être utile à tout le monde, tels des pelles pour les travaux dans le sable, ce qui rendait la tache plus facile. Pour ne pas oublier les traditions, ils s'offraient des cadeaux pour Noël et les anniversaires, ils offraient des jouets dans les camps où ils y avait des enfants pour qu'ils s'amusent comme les autres. Ils donnaient des objets bien qu'ils soient démunis, ce qui permettait de former une communauté car ils savaient que ensemble ils seraient plus fort que les nazis. Ils fabriquaient aussi des objets personnels pour rendre la survie moins difficile dans les camps, comme par exemple Yona Dickmann qui a fabriqué un couteau avec des morceaux de fer pour couper son pain en deux pour s'assurer d'avoir toujours quelques choses à manger car la nourriture n'était pas assurée tous les jours. De plus, il pouvait se procurer des objets pour leur survie dans les camps comme des ceintures car les pyjamas n'étaient par forcément à leur taille, un blason, un porte monnaie ou une cuillère pour éviter de laper la soupe ce qui leur procurait une certaine dignité. Certains même fabriquaient des objets aux couleurs de leur pays, cela permettait de montrer leur attachement à leur patrie et aux valeurs associés et du nationalisme ou même région comme l'hermine dont parle Madame Chombart de Lauwe qui est bretonne, cela permettait de se reconnaître et de se distinguer. Un baraquement regroupait une même nationalité. De surcroit les personnes les plus courageuses construisaient une croix de Lorraine symbole de la résistance française et du Général de Gaulle ce qui démontrait que les détenus se battraient jusqu'à la fin. Puis d'autres marquaient encore plus leur identité en fabriquant des objets religieux tels que le chapelet offert à la mère de Madame Chombart de Lauwe, croix , ... ; tous cela était interdit car les détenus ne devaient pas croire en leur dieu, car cela pourrait leur procurer de l'espoir et même de s'évader spirituellement de toutes ces horreurs. Ces objets leurs permettaient de montrer qu'ils sont toujours une tête pensante qui n'adhère pas aux lois nazies, bien que les détenus ne pensaient plus beaucoup car ils étaient épuisés,affamés, écrasés par les journées de travail puis aussi par les tortures affligés. Ces objets furent très peu répandus avant la libération mais a contrario avec l'arrivée des Alliées, les détenus se mettent à fabriquer de plus en plus d'objet pour eux ou pour ceux qu'ils vont retrouver. Ce laps de temps a permis à de nombreux déportés d'assouvir leur soif d'identité après tant de déshumanisation. 

https://www.ushmm.org/lcmedia/artifact/wlc/image/1998n7qc.jpg

Le couteau fabriqué par Yona Dickmann

De plus ,plusieurs détenus prirent le risque de dessiner les scènes de la survie quotidienne dans les camps tels que les appels qui pouvaient se dérouler dans le froid pendant des heures, les nouveaux arrivages, les travaux forcés, les " hôpitaux " ou plutôt les blocks d'exterminations, les tortures exercées par les nazis ou  même par les détenus eux-même, le "sport" c'est-à-dire des exercices qui sont très durs et qui permettent aux nazis de voir les plus faibles, mais aussi le processus d'extermination dans toutes ces formes, etc. Ces détenus prenaient des risques immenses à dessiner ceci car les nazis ne voulait pas garder de traces de ces abominations, ils le cachaient à la population. Mais malgré tous ces risques, ces courageux détenus avaient conscience de faire quelque chose d'important car ils vivaient des heures sombres et tristes de l'histoire. Ils savaient qu'ils ne faudrait pas oublier et montrer ceci. Par exemple après la libération des camps, a été retrouvé un carnet à spirale d'un détenu inconnu qui a dessiné plein de scènes quotidienne dans les camps, ce qui a permis de savoir mais aussi de découvrir comment les déportés vivaient ou plutôt survivaient. En faisant cela, ils ne faisait que renforcer leur espoir d'être un jour libre ou alors ils souhaitaient  que ces objets soient montrés et vus par les populations. Ces objets ou dessins permettaient aussi d' essayer de retrouver sa vie d'avant les camps ou du moins d'en retrouver un souvenir. Ces objets ne sont pas que de l'art ce sont des objets d'histoires, ils permettent le devoir d'histoire et de mémoire car ils voyagent et voyageront dans le temps avec leur histoire.

 

Le refus d'adopter l'idéologie et les règles nazies était un acte de résistance et montraient qu'ils pouvaient encore réfléchir et continuer à se battre contre ces lois et ces atrocités. Ils se battaient sans relâche pour leurs droits, l'égalité, pour la paix, et surtout pour montrer qu'ils vivaient . Ils montraient que à chaque contrainte il y avait une solution pour rester plus fort et rester un être humain. 

Certains déportés quand ils sont revenus ne pouvaient pas parler et les gens aussi n'étaient pas prêts à entendre ces atrocités. Ils ne le savaient pas forcément mais ils viennent de marquer l'histoire par le courage qu'ils ont eu à ce moment qui peut s'expliquer par le fait qu'ils ne perdaient jamais espoir d'une fin à cette barbarie car ils suivaient attentivement les informations par rapport à l'avancée des troupes Alliés.

Dans ces camps le proverbe "l'espoir fait vivre" est une réalité car grâce à cela, plusieurs personnes encore aujourd'hui peuvent témoigner de ce qu'ils ont vécu et même s'ils ne sont plus là pour en parler, leurs objets parlent pour eux. Mais surtout pour ne pas oublier ils partagent leur expérience avec la jeunesse, pour ne pas recommencer et empêcher. Aujourd'hui Madame Chombart de Lauwe portent encore des cadeaux qu'elle a reçu dans le camp de Ravensbrück et son matricule 21 706 restera à jamais gravé dans sa mémoire. Puis lorsqu'on lui demande mais est-ce que nous, nous serions capable de reproduire cela, elle nous répond évidemment que oui nous aurions fait la même chose.

 

 

Sources.

 

http://www.lyc-fourcade.ac-aix-marseille.fr/spip/spip.php?article336

https://www.ushmm.org/wlc/fr/media_da.php?MediaId=225

 

 

Réalisé par Cerisier Jonas, Fourny Dimitri, Gualbert Léna, élèves de 1ère ESa.2015-2016.

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