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Espace pédagogique d'établissement

"Résister par l 'art et la littérature" (2016)

Les publications clandestines

Publié le lundi 29 février 2016 17:34 - Mis à jour le mardi 22 mars 2016 09:20

           Suite à l'instauration du  régime de Vichy en France en 1940 ,les Français sont confrontés à  une double propagande avec celle de l’Allemagne nazie en zone Nord jusqu'en novembre 1942 puis dans toute la France occupée. Un véritable système de censure est  mis en place. L’État français créé alors l'Office Français d'Information (O.F.I), pour un contrôle plus poussé de la presse. Celui-ci proclame des règles : par exemple « la propagande ne doit pas être remise en cause par la presse », mais aussi avec une mise en page très stricte : faire attention aux titres, au choix du sujet. Tout ceci était contrôlé avant l'impression, et en cas de faute à ces règles, l'article était supprimé pour laisser place à une ligne blanche. De nombreux citoyens vont alors s'opposer à ces propagandes vichystes et allemandes. La résistance s'installe progressivement, et une contre-propagande clandestine s'installe dans l'ombre. Ces publications clandestines sont interdites par les Allemands et les autorités vichystes, afin de  contrôler la presse et l'opinion dans la France entière. Nous pouvons donc nous centrer sur la question de ces publications clandestines, c'est-à-dire l'Art et la Littérature pour résister.

          Nous pouvons alors nous demander, comment la publication de journaux, d'affiches,... par la résistance  était possible sous un régime où la censure a été mise en place pour empêcher  un espoir de paix et de liberté des Français ?

          Dans une première partie, nous examinerons comment était effectuée la création de ces publications clandestines, et dans une seconde partie, nous montrerons l'importance de ces publications pour les Français.

 

I/ La création des publications clandestines en France.

 

A- Le début des publications clandestines

a-Les journaux clandestins

         Raymond Deiss, imprimeur et rédacteur de l'époque rédige et imprime le premier journal clandestin sur son journal qui s'intitulait Pantagruel, feuille d'informations dès octobre 1940. Par la suite, seulement seize numéros de son journal vont être publiés car Raymond Deiss va être arrêté en octobre 1941 pour être décapité le 24 août 1943 à Cologne. Par la suite, malgré les difficultés et avec des systèmes de plus en plus organisés, de nombreux journaux vont se multiplier jusqu'à la libération de la France. En zone nord, apparaissent Défense de la France et Libération, et en zone sud on peut voir la publication de Combat et Le FrancTireur. Cependant, la survie et la continuité de ces journaux sont mises à rude épreuve : la pénurie de papier est bien présente, celui-ci étant utilisé pour les administrations, il faut trouver de l'encre et une imprimerie, sachant qu’une loi du 17 octobre 1940 « interdira aux fabricants, marchands grossistes de vendre sans autorisations délivrées par les commissaires de police, les appareils duplicateurs et les papiers susceptibles d’être employés à la confection de circulaires ou de tracts ronéotypés", il faudra alors se procurer le matériel sur le marché noir, volé celui-ci, le commander sous couvert de fausses sociétés ou encore en effectuant des détournements auprès de l'Office de répartition de Vichy. Ces feuilles clandestines sont donc l’œuvre d'un réseau entier, où de plus en plus de personnes s'engageront pour pouvoir organiser la rédaction et la diffusion de celles-ci. Mais parmi tous ces résistants, nombreux vont être arrêtés et déportés.

 

b-Les tracs clandestins

          Edmond Michelet est le premier auteur à avoir rédigé un tract clandestin sous l'occupation allemande. Le 17 juin 1940, ce militant catholique rédige à Brive un premier tract de contre-propagande. Ce tract ci-dessus est un texte de Charles Peguy, ancien écrivain mort lors de la grande guerre.

          Les écrivains jouent avec les mots pour faire passer leur message implicitement. Les écrivains utilisent beaucoup l'humour pour se moquer et s'opposer aux propagandes allemandes et vichystes. Ceux-ci réutilisent également des chansons allemandes , ou encore des textes connus de la religion chrétienne pour livrer leur idées démocratiques et républicaines. S'ajoute à cela des tracts ou poème qui s'écrivent sous forme de « SMS » (exemple : L’espoir R.S.T), ou encore des acrostiches, une technique d'écriture où il faut retenir la lettre du début de chaque phrase, ce qui forme un mot ou une phrase à la fin. La technique du poème à double lecture est également utilisé par les résistants.    

        

 

 

                                                               

 

 

 

 

 

Il existe une autre forme de tract : Les papillons parachutés. Il montrait la présence de la résistance, et sont simplement des dessins ou des formes géométriques.

B-Le processus d'impression

          Les journaux clandestins ayant été tirés à près de 100 milliers d'exemplaires pendant les quatre années d'occupation, sans compter les centaines de milliers  de tracts, les brochures, les affichettes, les papillons, les simples inscriptions qui relevaient aussi de l'impression ont été difficilement imprimables. En effet, le processus d'impression de ces publications était très complexe. Avec l’oppression allemande et la constante peur de se faire attraper par ceux-ci, les impressions ne pouvaient s'effectuer que de nuit, en cachette.

           Il existait plusieurs types d'impression (La polycopie, L'imprimerie ronéo, La typographie)

         Cependant, la machine à écrire, la ronéo montrent vite ses limites car seul une machine à imprimer est performante pour imprimer de gros tirages. C'est alors que certains journaux comme Combat ou Défense de la France vont lancer leur propre imprimerie clandestine et d'autres journaux vont avoir recours aux imprimeries. Mais, contrôlées par la police, les impressions sont difficiles à être faites dans ces imprimeries. Le travail se fait donc de nuit, avec le moins de personnes et avec la peur constante de se faire prendre par la police, qui est amplifié avec le bruit des machines qui accroît encore plus les risques.

 

C-La diffusion des publications clandestines

           Une fois ces journaux fabriqués, le problème du transport des tirages était souvent abordé. C'était souvent des femmes qui s'occupaient de cette partie dans la création des publications clandestines. L'une de ces femmes, Madame Gonnet, a été très célèbre car elle dissimulait plus de 2000 journaux dans une petite mallette, le tout dissimulé sous des pièces de lingerie. De plus, les publications pouvaient être acheminées de ville en ville par la complicité des cheminots, des étudiants qui les portaient à la main ou encore sous des petits paquets envoyés par la poste avec des fausses étiquettes. Le processus de distribution est bien organisé mais complexe, certains journaux sont distribués dans le métro, dans les vestiaires des usines ou encore dans les boîtes aux lettres. Mais parfois, les journaux étaient mis sous les portes des maisons, jetés à la volée dans la rue ou encore distribué de mains en mains.

 

 

II/ L'importance des publications clandestines pour les Français.

A-Une presse régulière qui remotive le peuple

Les publications clandestines sont au départ créées pour redresser le moral du peuple Français et pour réagir face à la presse allemande. Le peuple garde espoir et malgré les arrestations massives de lecteurs ou de résistants,  des journaux réussissent quand même à être distribués. Ceux-ci sont signes d'espoir et de liberté pour le peuple. Par la suite, certaines publications vont avoir un double objectif : montrer au peuple français qu'ils ne sont pas seuls face à l'ennemi, mais également d'inciter des Français à s'engager.

 

B-La résistance des écrivains

a-Les romanciers

          Avec l'arrivée de la guerre et la défaite de la France en mai 1940, de nombreux écrivains veulent montrer leur engagement pour le retour de la France Libre. Il y a un véritable changement pour l'écriture dans cette période: en effet, les Français doivent pratiquer l'auto-censure, déléguée par les Allemands. C'est seulement en avril 1942 que ceux-ci se chargeront de contrôler eux même les productions françaises.

De nombreux résistants connus tel que Jean Prévost ou encore André Malraux s'engagent dans la résistance. Ils continuent à publier leurs œuvres, mais à côté de ça, ils entreprennent des actions clandestines sous différentes formes  (activités paramilitaires, presse clandestine politique, littérature clandestine)

          Jacques Decour était un homme communiste. Grâce à l'aide du philosophe Georges Politzer et du physicien Jacques Solomon, il fondera le journal L'Université Libre en octobre 1940, puis en février 1941, une revue s'intitulant La pensée libre. En juin 1941, le comité national des écrivains (CNE) est créé et dirigé par Jacques Decour, où beaucoup d'écrivains vont s'y rassembler. Cet organisme écrira un journal appelé Les lettres françaises. Une quarantaine d'auteurs environ auront contribué à sa réalisation. Cependant, il sera arrêté puis fusillé le 30 mai 1942, ce qui empêchera la publication de celui-ci. C'est alors que l'écrivain Claude Morgan reprendra ce journal dans lequel se trouvera le texte de Jacques Decour s'intitulant Manifeste des écrivains de zone occupée, qui appellera à la résistance des écrivains.

 

b-Les poètes

Certains poètes veulent aussi montrer leur implication pour une France libérée. Louis Aragon et Paul Eluard par exemple montrent leur engagement en publiant des poèmes clandestin. Paul Eluard, publiera en 1942, tout un recueil clandestin s'intitulant Poésie et Vérité. Dans celui-ci, on y retrouve le poème très connu Liberté.

 

 

 

 

 

 

C-Un exemple notable: Les Éditions de minuit

           Les Éditions de Minuit est une maison d'édition clandestine créée en 1942. Elle a été fondée par le romancier Pierre de Lescure et par Jean Bruller. La première publication de cette entreprise d'édition s'intitule Le silence de la mer et imprimée en 300 exemplaires en février 1942. Il à pour sujet le « pacte du silence ».

De nombreux acteurs participent à la création de ce premier ouvrage (Ernest Aulard et Claude Oudevillle, deux imprimeurs  ,Yvonne Paraf-Desvignes, plie et coud les cahiers du livre, Jean Bruller, colle ces derniers sur la table de sa cuisine, Pierre de Lescure, finance la production de ce premier ouvrage)

 

          Cette maison d'édition ne s'arrête pas à une seule publication. 24 ouvrages supplémentaires s’ajouteront à celui déjà paru. Ils seront imprimés entre 500 et 1000 exemplaires. Yvonne Paraf-Desvignes prouvera d'autant plus son engagement envers cette entreprise, en récupérant les manuscrits dans toute la France, en transportant les plombs (pour l'imprimante) à vélo et en établissant des liaisons entre plusieurs soutiens aux Éditions de Minuit. Les éditeurs ne peuvent pas signer par leur véritable prénom. Ils utilisent alors des pseudonymes pour mettre un nom à leurs écrits: Jean Bruller prendra celui de Vercors.

Ces écrits clandestins devaient vite être vendus pour éviter d'avoir du stock et donc d'éviter de se faire repérer. Les acheteurs étaient des personnes s'opposant à l'ennemi Allemand et au maréchal Pétain. En deux ans et demi, les bénéfices s'élèveront à 300 000 francs, qui seront reversés au CNE ainsi qu'aux familles des imprimeurs et ouvriers typographes, tués par les ennemis

 

          Cependant, l'impact des Éditions de Minuit fut plus grand que prévu. Celle-ci sera connue dans la France entière. Le silence de la mer sera perçu comme un texte puissant avec une vitalité littéraire française pour diffuser un message résistant. Celui-ci connaîtra d'ailleurs un succès mondial, car il sera ré-édité à Londres et à New York.

 

                                                                                    

 

 

          Pour conclure, nous pouvons donc dire que la création et la publication de ces nombreux journaux et de ces nombreux tracts clandestins ont été difficiles et compliquées. Elles devaient être faîtes sous la plus haute surveillance. L'impression, que se soit en polycopie, en typographie ou à l'aide d'une imprimerie ronéo ainsi que la diffusion de celles-ci, devaient être bien organisées sous peine de se faire arrêtés par les autorités allemandes ou vichystes. Une fois ces publications transmises , le peuple français garde espoir et de nombreux écrivains tels que Édith Thomas et Paul Eluard participe à cette résistance; ce dernier, fut particulièrement impliqué dans la plus importante entreprise d'édition clandestine : Les Éditions de Minuit. Mais ces groupes n'étaient pas les seuls à participer activement à la résistance. Les forces françaises libres (FFL) à Londres, dirigées par le Général De Gaulle suite à son appel à la résistance du 18 juin 1940, s'impliquent également pour le retour d'une France libre tout comme les mouvements et les réseaux de Résistance en France .

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Aude, Lou, Maxence, Elliot, Pierre, Adrien

Réalisé par des élèves de 1ère ESb, 2015-2016.

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