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"Résister par l 'art et la littérature" (2016)

"Maus" : 40 ans plus tard , résister est toujours possible

Publié le vendredi 4 mars 2016 10:16 - Mis à jour le samedi 19 mars 2016 22:54

 

              L'oeuvre Maus est un roman graphique de Art Spiegelman en deux tomes : Mon père saigne l'Histoire et C'est là que mes ennuis ont commencé, parus respectivement en 1986 et 1991. Des 'strips' de trois pages étaient déjà parus dans Funny Animals en 1972, puis, en 1977, rassemblés dans un recueil : Breakdowns. Entre 1987 et 1993, Maus a reçu onze prix dont le Pulitzer en 1992. L'auteur, Art Spiegelman, est l'enfant de juifs polonais déportés lors de la Seconde Guerre mondiale. Maus relate l'histoire du père de l'auteur, Vladek, et a été écrit à partir de ses témoignages, associés à des recherches historiques poussées réalisées par l'auteur. L'oeuvre porte aussi sur les relations conflictuelles entre un père et son fils. Pour montrer ces deux pans, l'oeuvre alterne entre les années 1940 en Pologne et le "'présent" dans les années 1970 à New York. Nous allons donc nous demander en quoi Maus est une forme de résistance bien qu'il soit paru 40 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, d'abord d'un point de vue plastique, puis d'un point de vue psychologique.

 

 

 

 

I- L'oeuvre plastique : une autre manière de résister

A) Le choix de la forme : la bande dessinée

    Le choix de la forme, la bande dessinée, rend l'oeuvre accessible à tous, même à un jeune public,grâce aux illustrations. De plus, elle a d'abord été publiée dans un magazine, ce qui l'a fait connaître et a augmenté sa popularité.

B) Le choix du noir et du blanc

   Ce que nous remarquons d'emblée, l'oeuvre en main, est l'absence de couleurs. En effet, l'oeuvre est réalisée uniquement en noir et blanc. Cela, pour certains, atténue la violence et diminue la confrontation avec la douleur et la mort, pour d'autres, cette bichromie met l'accent sur le caractère grave du récit, et peut oppresser. Le noir et blanc, couleurs diamétralement opposées, ne permettent pas de nuances. Dans le camp tout est sombre, seuls les personnages sont plus clairs, ils sont totalement entourés de noir, accentuant le désespoir. Cela est bien sûr voulu par l'auteur.

C) Le choix du zoomorphisme

    La seconde caractéristique concerne la zoomorphie. Les différentes populations sont représentées par une race animale, ces animalisations n'ont pas été choisies au hasard, en effet, elles illustrent des stéréotypes. Les Juifs sont des souris, en référence à la propagande nazie qui les considéraient comme des nuisibles, ils sont traqués, par les chats, les Allemands nazis, eux-même chassés par les chiens, les Américains. Les Polonais sont des cochons, les Français, des grenouilles, référence aux "froggies", les Anglais, des poissons, pour leur "fish and chips", et les gens du voyage des papillons, libres mais fragiles. Malgré la tête d'animal, le corps et le comportement restent humains. En effet, ils marchent sur deux jambes, font du vélo, portent des vêtements. D'ailleurs, la notion de taille n'est pas respectée, les souris sont aussi grandes que les chats même si elles sont plus chétives. L'illustration en animaux rend l'oeuvre encore plus compréhensible car cela illustre l'idéologie raciste nazie. Le zoomorphisme accentue la déshumanisation car ce ne sont pas des hommes qui tuent d'autres hommes mais des chats qui tuent des souris, un comportement animal parfaitement normal.

 

 

 

D) L'introduction de vraies photographies et le travail d'historien

    Au milieu des dessins de Art, de réelles photos personnelles ont été insérées, par exemple une photo de Richieu jeune frère de Art, décédé pendant la Guerre, ou une photo de Vladek en habits de camp. Cela nous rappelle que les victimes étaient des êtres humains et que l'histoire dessinée s'est réellement déroulée. Leur histoire personnelle s'inscrit dans l'Histoire mondiale. De plus, Art a effectué un réel travail d'historien, la ressemblance entre ces dessins et les camps est vraiment frappante, des plans en prouvent la véracité.

 

 

 

 

II- L'oeuvre psychologique : plusieurs manières de résister

A) La résistance à l'oubli

    La parution de l'oeuvre permet, quarante ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, d'entretenir le devoir de mémoire à travers la parole d'un ancien déporté, Vladek, qui raconte l'horreur des camps et la "Shoah". Cependant, l'oubli est voulu par l'ancien déporté Vladek mais sa descendance, Art insiste pour recueillir son témoignage, afin de conserver et transmettre leur histoire à travers les générations, non sans créer des tensions entre le père et le fils. Par exemple nous pouvons remarquer dans la mise en abyme, la BD dans la BD, que Art se représente en tenue de prisonniers d'Auschwitz. Ce témoignage va s'inscrire dans l'Histoire et va permettre aux générations futures de se souvenir et comprendre de l'intérieur cette terrible période.

B) La résistance à l'angoisse

   Maus est également une résistance à l'angoisse , on peut constater tout au long de l'oeuvre l'impact psychologique quotidien, notamment le caractère de Vladek, lui qui était épicurien et serviable, devient avare et acariâtre : par exemple il est incapable de jeter de la nourriture tant il a souffert de la faim. Cet impact a été plus violent chez sa femme, Anja, qui s'est suicidée vingt ans après sa libération, les souvenirs étaient trop difficiles à supporter dans la vie quotidienne et l'ont conduit à la dépression.

                                                               Traumatisme lié à la faim

Maus © Flammarion - 1998

C) La résistance à la culpabilité

    Très peu de personnes sont revenues des camps d'extermination, la vie des survivants reste extrêmement difficile. En effet, en plus de devoir vivre avec les souvenirs omniprésents, ils doivent aussi faire face à la culpabilité d'avoir survécu. Une question les obsède : pourquoi ont-ils survécu et pas d'autres ? C'est certainement une des raisons du suicide d'Anja. Pour les enfants des déportés qui n'ont pas vécu cette période, la vie est difficile, Art se sent coupable de ne pas avoir vécu, et donc de ne pas pouvoir comprendre totalement, l'histoire de ses parents, notamment à cause de son frère, Richieu, mort pendant la guerre. La culpabilité de Art est aussi en raison du succès de Maus, basé sur la mort de plus de six millions d'êtres humains.

                                                

Maus © Flammarion - 1998

D) Une forme de thérapie pour l'auteur

   L'oeuvre est également une forme de thérapie pour l'auteur, d'une part nous le voyons avec son psychologue, lors de séances. En se rendant chez son thérapeute il se représente en tant qu'humain mais porte un masque de souris comme si l'Histoire juive prenait le dessus sur sa personnalité. D'autre part, le dessin lui permet d'absorber le lourd héritage de la déportation de ses parents.

 

 

Maus © Flammarion - 1998

E) La commémoration

    Même si Maus est basé sur l'histoire de la famille Spiegelman, il témoigne de toutes les familles juives durant la Seconde Guerre. En somme, la commémoration est aussi bien personnelle que collective.

 

 

    Malgré sa parution 40 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'oeuvre, Maus, est et reste une oeuvre majeure aussi bien grâce à son aspect plastique que grâce à son aspect psychologique. Elle présente des caractéristiques (zoomorphie, bande dessinée) qui rendent la compréhension facile de l'oeuvre. L'œuvre s'adapte à son lecteur, à ce qu'il est capable de comprendre, voire de supporter. Malgré les dessins qui peuvent paraître enfantins, ils montrent bien l'horreur des camps.

   Lorsque tous les témoins auront disparu, il ne restera plus que l'art et la littérature comme marques, pour commémorer et se souvenir de cette terrible face de l'Histoire.

   

 

 

Source : Maus de Art Speigleman © Flammarion - 1998

Par Louis Juge, Yannah Truong, Jeanne Lallinec et Alice Pichereau.Première ES-A.2015-2016

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