En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies à des fins statistiques anonymes.
En savoir plus sur la gestion des cookies

Espace pédagogique d'établissement

"S'engager pour libérer la France (2018)

De la persécution à Tours à la Résistance à Paris

Par Kenza BOURGET, publié le dimanche 18 mars 2018 18:56 - Mis à jour le mardi 1 mai 2018 15:57
brassard Mme Lazarus.jpg
Nous allons voir le destin deux adolescents, qui comme 75% des juifs en France ont réussi à échapper aux rafles. L'un en se réfugiant en Argentine, l'autre en s'engageant dans la Résistance à Paris

 Comment les juifs en France et notamment dans les Pays de la Loire ont-ils résisté pour éviter les arrestations  durant la seconde guerre mondiale ? Comment une adolescente est passée de la persécution à Tours à la Résistance à Paris ?
 

I-Un antisémitisme présent depuis le Moyen-Age

L’antisémitisme a commencé bien avant le XXème siècle. En effet, certains  reprochent aux juifs d’être responsable de la mort du Christ. Cette accusation leur portera préjudice puisque rappelons le, l’Eglise avait une forte influence sur la population Française avant la séparation de l’Eglise et de l’Etat en 1905. Par ailleurs en 1230 suite à une croisade en Terre Sainte, ils font l’objet d’un massacre et doivent parfois porter un signe distinctif.

Suite à la 1ère guerre mondiale, les juifs sont montrés en Allemagne par certains groupes comme les nazis comme  des êtres malfaisants ayant entraîné la défaite allemande en 1918 et ayant abusé des difficultés subies par l’Allemagne pour s’enrichir. Le parti nazi au pouvoir en 1933 entend  appliquer des idées racistes et des théorise le mythe aryen.

En 1935, après la prise de pouvoir d'Adolf Hitler le 30 Janvier 1933, des lois antisémites sont mises en places avec notamment la création d'un nouveau drapeau , la protection du "sang allemand" et de "son honneur" mais aussi une nouvelle"citoyenneté" du Reich. Ainsi dès 1933, des enfants juifs doivent quitter l'école de leur quartier ou village pour des écoles juives. Cette logique conduit à une exclusion massive des êtres dits "nuisibles", principalement les Juifs.

II-Deux adolescents et leur famille qui font face à des discriminations qui s'intensifient.

Durant la seconde guerre mondiale, on assiste à la stigmatisation et la discrimination progressive des 300 000 juifs vivant en France

La IIIe République cesse d'exister le 10 juillet 1940 avec la démission du gouvernement de Paul Reynaud au profit de celui du maréchal Pétain qui remplace la démocratie par un régime autoritaire. Le régime de Vichy entend mettre en œuvre une « Révolution nationale ». Il applique d'emblée une politique d'exclusion à l'égard des individus jugés « nuisibles », avec en première cible, les juifs. L’Anjou, comme la partie Nord de la France et les littoraux devient une zone occupée.

 

 Le 22 juillet 1940, suite à un décret 15 000 personnes perdent la nationalité française, dont environ 8 000 Juifs, et deviennent apatrides. En effet dès les premiers mois d’occupation des autorités allemandes , les  juifs sont visés par les nazis et le Gouvernement de Vichy.

Cahier de recensement des juifs de l'arrondissement d'Angers

En octobre 1940 , une ordonnance oblige au recensement des juifs auprès de la préfecture sur un registre spécial. Le 3 novembre 1940 , les restrictions se multiplient par la Parution d’un «statut des juifs » leur interdisant l’accès à certaines professions ( journalistes ,enseignants, fonctionnaires,…) et l’obligation d’afficher sur leur commerce la mention « Entreprise Juive ». De plus tous leurs biens sont spoliés. En 1942 ils sont également limités dans leurs déplacements et activités ( interdiction de sortir de son domicile entre 20 h et  6 h ) . Il faut savoir que monsieur et madame Lazarus étaient très jeune au commencement de la guerre et n'avait donc pas une vision claire de ce qui se passait. Cependant, les deux familles avaient très bien compris qu'il était préférable de partir se cacher jusqu'à la fin de la guerre. La famille de Monsieur Lazarus est ainsi partie en 1942 d'abord en zone libre puis ils sont  partis  à l'aide de  visas officiels  rejoindre de la famille en Argentine via l'Espagne.

"Petit Courrier" juin 1942 ADML

 

À partir de juin 1942, Les juifs de la zone occupée sont soumis au port d’ une étoile jaune qu’ils devaient payer et porter des l’âge de 6 ans cousue de manière solide et identifiable sur leur vêtements au côté gauche afin de les surveiller. En sachant qu’à partir de cette même période, les lieux de vies ( cinémas , théâtres , cabines téléphoniques ) leur sont interdits.

D’après Alain Jacobzone, auteur de "les juifs en Anjou, l'éradication tranquille ",ancien professeur d’histoire au lycée Henri Bergson , « Le crime a précédé l’assassinat ».

 

II-Une multiplication des rafles à partir de l'été 1942

Cette année marquera un tournant pour les juifs en raison d’un renforcement de l’extermination et de la déportation sur le territoire français .  On le constate à partir du 17 juillet- 18  juillet par l’opération «  vent printanier » plus connu sous le nom « rafle du vel’d’hiv’ ».

En somme , cette opération appliquée par les forces de l’ordre parisienne , a provoquée la déportation  d’une multitude de juifs ( 9037 adultes , 5919 femmes et 4115 enfants ) et constitué une des  grandes vagues  d’arrestations des juifs étrangers. Cette rafle entraîne ainsi la déportation des juifs arrêtés ( au nombre de 13 000 )  . Ces derniers sont déportés dans les camps par le biais de trains dans des conditions sordides.

Cette persécution massive puis les 1ères rafles ont  ainsi fragilisé la population juive qui a décidé de réagir et de résister. La Plupart des départements Français sont des zones occupées en 1942  principalement au nord , le but des juifs est donc de fuir vers la zone Libre jusqu’en  novembre 1942(  délimitée suite à l’armistice de 1940 , elle représente une grande partie du sud de la France tandis que le Nord est intégralement occupés ou annexés .Cette étape relève d’un certain courage et d’une certaine chance .

L’Anjou a déploré de multiples victimes des suites des rafles( 2 a 3 fois plus que la moyenne nationale) . En l’occurrence , la première opération conduite à Angers , ordonnée par l’autorité allemande se déroule du 15 au 20 juillet 1942 où sont raflés 879 individus qui par la suite sont rassemblés et entassés dans des wagons à bestiaux en direction des camps par le convoi n°8 Angers – Auschwitz . 

Le 16 octobre, un autre convoi au départ de la Gare Saint – Laud est programmé en direction de Drancy, comportant cette fois – ci 116 juifs. Angers devient ainsi peu à peu la capitale de la déportation pour le grand Ouest , la ville étant une des 3 capitales provinciales des armées allemandes avec le contrôle de 17 départements.

Sur 330 000 juifs , 77 000 seront déportés, soit 25 % de ces derniers. Les enfants constitueront 11 000 d’entre eux.


 

III- Le soutien et l'aide aux personnes persécutées

Cependant les français se sont également mobilisés dans le sauvetage des juifs , en somme ces derniers les ont cachés , et mêmes certains étaient engagés afin de les acheminer en Espagne, en Suisse ou sur les territoires de la France Libre. Ces « justes » étaient  notamment bien représentés parmi les paysans qui ont accueilli davantage de juifs dans leurs campagnes du fait des fermes isolés qui fournissaient des abris plus sur pour les fugitifs qu’en ville . Les villages deviennent des refuges. . Différents mouvements ou réseaux de résistance les aidaient à falsifier leurs papiers afin de modifier les documents "juifs"  ( carte d’identité , passeport , … ) en papier officiel sans indication de la religion.

 Suite aux premières mesures antijuives, un certain nombre d’organisations se mobilisent  également dans l’aide aux juifs tel que l’ OSE ( Oeuvre de Secours aux Enfants), le comité de la rue Amelot, l’ EIF ( éclaireurs israélite de France ) qui apportent un soutien matériel, une aide aux individus démunis , des soins médicaux et de la nourriture par la création de cantines populaires. Ce secours , notamment destiné aux enfants permettront à plus de 85 % des enfants juifs d’éviter la déportation .  

Heureusement, 75 % des juifs vivant en France ont réussi à éviter les rafles comme par exemple Chantal Lazarus qui nous a raconté son histoire.

Mme Lazarus ,est une jeune fille juive âgé de 10 ans en 1939 , qui est parvenu à éviter les rafles avec sa famille. Cette dernière , juive du nom de Levy ( nom de jeune fille )  subit le décès de Mr Levy , son père des suites de la guerre 14 – 18. 

 En effet à l’aube de la seconde guerre mondiale, la jeune enfant accompagnée de sa sœur , sa mère et sa grand – mère résidant à Paris , dans le 16 eme arrondissement fuit la capitale et ses bombardements.

 En 1940 , ils se font recenser auprès de la préfecture de Tours en tant que juifs et reçoivent leur étoile (qu'il fallait payer de leur propre poche).

Cette même année ayant parvenu à se réfugier chez des « justes » , la maison reçoit la visite des allemands, les propriétaires sont ainsi questionnés et mentent en disant qu’ils n’accueillent aucun juif dans leur maison.

M.et Mme Lazarus, synagogue janvier 2018

 Le risque passé , Chantal , sa sœur , sa mère et sa grande– mère décident de fuir à nouveau, cette fois – ci en direction de la Charente. Ils sont ainsi hébergés dans une famille juive. Sa mère , la sœur et elle-même quittent rapidement cette région car elle constitue une zone très contrôlée. La mère inquiète décide donc de retourner à Paris avec ses filles en laissant la grande–mère qui souhaitait rester en Charente.

 Une fois arrivées, elles se cachent dans un appartement à Paris, où l’étage supérieur est occupé par des allemands , elles restent ainsi discrètes , inexistantes aux yeux de la société.

Sa sœur rencontre tout de même un jeune français, chrétien, qui deviendra son mari. Ce dernier ayant réussi à échapper au départ pour le Service du Travail Obligatoire s’engage dans la résistance F.T.P . (Francs Tireurs et Partisans) comme sa sœur, sa mère et elle-même.

En effet, dirigé par son beau – frère , elle réalise de nombreux actes de résistance. Sur sa bicyclette, elle tente tous les jours de ramener des provisions et a également la mission d’en transporter à son beau – frère installé dans un quartier voisin à Paris . Pour rester discrets , il réalise de faux papiers pour l’ensemble de la famille.

 Elle nous raconte à ce moment là une anecdote : Un jour tandis qu’elle transportait des bobines de films lors d’une course en bicyclette , elle du faire face à un barrage d’allemands où elle fut arrêtée et contrôlée. Ces derniers entament une série de questions et lui demandent notamment le contenu des ces boîtes , au cas où elle ne cacherait pas des provisions provenant du marché noir. Elle répond donc tous simplement que ce ne sont que des bobines de film et les allemands la laisse repartir sans vérifier . Elle poursuit ainsi sa course et dépose les bobines de films à son beau – frère . Ce dernier paraît étonné qu’elle est mis autant de temps , elle lui raconte donc l’ histoire . Ce dernier fut soulagé que les boîtes n’aient pas été ouvertes car elles comportaient des armes.

En 1942 , sa  grand – mère restée en Charente dans une famille juive , reçoit la visite de la Gestapo qui fouille la maison et découvre dans le placard de le grand – mère ,des bijoux et ses vrais papiers juifs ( carte d’identité surmonté du tampon juif et son étoile jaune ).  Ces derniers récupèrent les bijoux et informent qu’ils repasseront le lendemain.

 Par conséquent , cette dernière décide de  prendre le premier train en direction de Paris afin de rejoindre sa fille et ses petites – filles.

Une fois arrivée,  elle se rend compte qu’elle avait oublié l’adresse notée sur un papier qui était resté en Charente. La famille consciente du danger d’être retrouvée à cause de ce  papier , déménage en 24 h en plein Paris évitant de peu une arrestation et une déportation.

 Après cela , ces derniers poursuivent donc leur vie cachée parsemée de petits actes de résistance pour le réseau, comme elle nous le confie. A Paris, Chantal devait s’occuper de trouver à manger et de s’occuper d’une chambre de bonne au 6 eme étage servant à faire passer par la suite des personnes vers l’Angleterre.

 

Le jour de la libération de Paris fut l’un des plus important de sa vie et la résistance parisienne livra une grande bataille aux côté de la 2ème DB. Chantal était à la mairie du 16 ème arrondissement où elle devait s’occuper des victimes.Elle garde un moment inoubliable de cette journée où la résistance exulte enfin.

Elle nous a permis de photographier le brassard conservé de son réseau de résistance lors de la Libération.

 

Elle nous informe qu’après la guerre, elle a mis du temps à se reconstruire et a été forcée de travailler car ils avaient tout perdu … Dans sa famille, son père est mort des suites de la première guerre mondiale,et 14 membres de sa famille dont des tantes, des oncles, des cousins et des cousines ont succombé suite aux déportations.

Plaque des déportés angevins pour raisons raciales (photographie visite janvier 2017)

Conclusion

Nous pouvons donc dire, que les juifs ont résisté en évitant les rafles pendant la seconde guerre mondiale, en fuyant par exemple  en zone libre , occupée à partir de novembre 1942, et parfois en se réfugiant à l'étranger  comme M. Lazarus. Sur 330 000 juifs vivant en France , 77 000 seront déportés, soit 25 % de ces derniers.D'autres ont participé à la Résistance comme Mme Lazarus à Paris.

M.et Mme Lazarus ( à gauche), salle Chabrol, mai 2017

Nous souhaitions remercier M. et Mme Lazarus pour leur accueil et leur témoignage pour que la Mémoire persiste.

Bonnin Vincent, Bourget Kenza, Guémas Faustin,1ère ESA

 

Sources:

"L'éradication tranquille"  d'Alain Jacobzone . 2002

Témoignages de Monsieur et Madame Lazarus

Archives Départementale du Maine et Loire

https://www.ushmm.org/wlc/fr/article.php?ModuleId=217

 

 

Pièces jointes

À télécharger

 / 1