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"S'engager pour libérer la France (2018)

La 2e Division Blindée ou l'engagement militaire pour libérer la France

Par Thomas ARLERI, publié le vendredi 9 février 2018 18:31 - Mis à jour le lundi 16 avril 2018 21:05
2e DB.jpg
Au travers des témoignages ou des histoires de 4 engagés, on découvre comment des français de métropole ont pu s'exiler dans les colonies pour rejoindre les Forces Françaises Libres puis revenir pour libérer la France métropolitaine

 

 

Les origines d'une résistance extérieure

En 1940, la France est vaincue, le maréchal Pétain demande à Hitler l’armistice, dès lors, la France est occupée et soumise au joug du nazi. Les libertés sont bafouées, par les nazis comme par le gouvernement de Vichy. Mais ce fait ne fut pas du goût de tous. Il est indéniable que des français ont collaboré plus ou moins, mais de nombreux sont restés opposés à l’Occupation, n’ont pas collaboré et ont espéré un jour revoir une France Libre. Parmi eux, quelques-uns ont pris les armes, d’autres ont réalisé des tracts, d’autres encore ont pris une plume, d’autres enfin, ont survécu à la persécution et aux arrestations. Dans le cas qui nous concerne, nous étudierons des français partis, hors de France métropolitaine, pour prendre les armes. Ils ont rejoint les colonies, afin de s’engager auprès des armées libres, intégrées aux armées alliées.

 

La diversité des combattants de   la France Libre 

  Au sein même de ces derniers, on trouve par exemple des juifs qui ne se sont pas , contrairement à ce qu’un mythe raconte, « laissés conduire à l’abattoir ». Il faut indiquer qu’ils se sont d’abord engagés en temps que français, mais s’engager en temps que français, c’était aussi s’engager pour pouvoir de nouveau vivre sa religion librement sans connaître une quelconque forme de discrimination. Mais tous au sein de la 2e Division Blindée, se sont engagés dans une idée précise, libérer la France de l’oppresseur. Ils se sont, pour se faire, engagés dans des batailles, qui même en dehors du territoire métropolitain, sur les terres coloniales, n’avaient pour but que  de libérer la France  métropolitaine, en mettant leur vie en jeu ; pour cette cause à laquelle ils ont prêtés serment à Koufra dans le désert libyen, de ne pas déposer les armes avant de revoir le drapeau français flotter sur la ville de Strasbourg. Pour répondre à cette question, de l’engagement militaire pour libérer la France, et plus particulièrement de Juifs qui ont lutté, nous verrons des témoignages, ceux de Roger Simon, conducteur et de Lucien Matron, soldat de la 2e DB. Les résumés de l’histoire de Pierre Cahen et Léon Tsevery, en plus du témoignage de Roger Simon, qui représentent des preuves en opposition au mythe de Juifs réduits à l’état de brebis qui partent à l’abattoir. Même si il est certain qu’après avoir été persécutés, traqués puis déportés, nombre d’entre eux n’ont ni eu la force, ni l’occasion de pouvoir lutter à l'arrivée dans les camps. Enfin , il faut remarquer,qu' une partie non négligeable des Juifs recensés au sein de la 2e DB provenaient des colonies.

 

Pour en revenir à la 2e DB, il nous faut dire de qui elle est composée. La 2e DB est une division de l’Armée française de Libération, elle est aux ordres du célèbre général Leclerc, elle tire d’ailleurs ses surnoms d’Armée Leclerc, ou division Leclerc de ce dernier. Il s’agissait à l’origine d’une colonne de blindés qui remporta de nombreuses victoires en Afrique du Nord. Les hommes de la 2e DB proviennent de tous les horizons, juifs, chrétiens, musulmans mais aussi communistes, gaullistes, giraudistes,... des gens aux convictions parfois opposées, mais comme le récit de Roger Simon (voir suite) en témoigne, ont su mettre à part leurs différences au profit de leur engagement.

 

« Enfin communistes et réactionnaires, socialistes et radicaux, libres-penseurs et chrétiens militants, quakers, fraternisaient sinon par passion sentimentale réciproque, mais en tout cas pour des raisons communes ; la haine du Boche, l'amour de la Patrie, le sacrifice de la vie consentie d'avance pour sa libération, la confiance dans l'étoile du chef » - Roger Simon

 

Son histoire remonte au début des combats en Afrique de Nord après l’armistice, il s’agit d’une simple colonne de chars ayant choisi de se rallier aux Alliés plutôt que d’obéir à Vichy. Elle combat en Libye en 1941, où ils attaquent les italiens et remportent une bataille, la bataille de Koufra, dont suivra le fameux serment. La colonne mène plusieurs raids avant de faire la jonction avec l’armée britannique pour finalement passer sous son commandement sous la dénomination de force L en 43. Elle intègre en mai de la même année les FFL, Forces Françaises Libres, sous la supervision du général De Gaulle. Elle ne deviendra réellement la 2e DB qu’en août. Au départ simple colonne de 56 véhicules et de 400 hommes, sa renommée se fait au fil des batailles, jusqu’à Paris même, où on retrouve une part de l’histoire de Léon Tsevery, et nombreux sont les gens qui la rejoignent pour atteindre 20 000 hommes et 4 000 véhicules.

 

« Depuis le début de la campagne de Tunisie, la "Force L" voit arriver de nouvelles recrues toujours plus nombreuses attirées par ce général Leclerc qui, le premier, a apporté un peu de lumière dans la nuit sombre et confuse que traverse la France. Ils arrivent de l'Afrique française libre, de France via l'Espagne, de Norvège, d'Allemagne où ils ont réussi à s'évader de trains ou de colonnes de prisonniers, du Mexique, du Chili, de l'Argentine, de Colombie, d'Amérique du Nord, de Suisse, d'Espagne, d'Afrique du Nord. Tous sont animés de la même foi, portés par la même soif de revanche et le même désir d'en découdre avec le Boche » - d’après la page du récit de Roger Simon

 

Ils viennent bel et bien de tous les horizons, des forces africaines passées sous le commandement des FFL au jeune français volontaire qui s’est démené pour rejoindre les colonies, comme Roger Simon ou Lucien Matron, la 2e DB présentait un grand nombre d’individus différents. On trouve aussi des gens très connus, comme l’acteur Jean Gabin ou son confrère Jean Marais, ainsi que Claude Dauphin ou Jean Nohain ainsi que de futurs généraux de l’Armée française d’après-guerre.

 

  • L’histoire de Roger Simon, des colonies à Strasbourg

 

Roger Simon était membre de la 2e DB, lors du conflit de 39-45. Il était encore jeune et n’avait qu’une vingtaine d’années lorsque la guerre éclata et que le gouvernement décida de demander l’armistice. Il était un simple civil et résidait alors en zone libre. Il s’est d’abord conformé à ce fait, avant de rencontrer des problèmes du fait de sa religion, en effet, il était juif. Et dans la société française, même « libre » du gouvernement de Vichy, ouvertement antisémite, c’était un problème. En effet, les juifs sont d’abord recensés dès septembre 1940, puis un décret supprime la nationalité française d' environ 8000 juifs en juillet, le mois suivant, en octobre 1940 est mis en place le premier statut des juifs, ils sont exclus des fonctions administratives commerciales et industrielles,  en 1941, un second statut est mis en place, immatriculant des entreprises juives et excluant ces derniers des professions commerciales ou industrielles. Pour reprendre sur le récit de Roger Simon, une citation de celui-ci résume la situation. Pour préciser le contexte, il a rejoint ce qui remplaçait le service militaire, des sortes de scouts sous la supervision d’officiers. Ils reçoivent à la fin de leur « service » un certificat. 

 

« Le commandant du lieu me regarde dans les yeux : "Vous êtes juif ?" Je dis oui. Il prit le certificat en question et il le déchira »

 

Du fait de sa religion, il n’arrive pas à trouver d’emploi, ou est rapidement licencié quand il en trouve un. Tout cela le conduit à prendre le risque de passer en Espagne afin de rejoindre les FFL. Ce qu’il fit en étant en liaison sur place avec le consulat américain qui le fit rejoindre les FFL au Maroc. Sur place, une fois les FFL rejointes, il rejoignit la 2e DB. Il suit alors une formation au matériel américain et suit le reste de la division en Angleterre. Plus tard, il débarquera avec la 2e DB 2 mois après le Débarquement sur les plages de Normandie. Par la suite il rejoint avec ses camarades le front vers Paris. Il décrit les allemands comme se repliant à grande vitesse sur le moment. Il est avec la division au Mans le 9 août 1944. La seule résistance réelle qui leur fut opposé fut une division de Panzer allemands.  Par la suite, il témoigne des débats autour de qui libèrera Paris. Le général Eisenhower, commandant des forces alliées, cède aux demandes du général De Gaulle et du général Leclerc. Il raconte que les premières forces à entrer dans Paris de la 2eDB parviennent  le 24 août à entrer dans l’Hôtel de ville. Par la suite, c’est un peu l’histoire, celle de « Paris ! Paris outragé ! Paris brisé ! Paris brisée ! Mais Paris libérée ! » D’après Roger Simon, et d’après le serment, la 2eDB n’a pas fini le combat. Ils rejoignent à nouveau le front, écrasant les quelques poches de résistance. Le tout avant d’arriver en Alsace, où, le 23 novembre est hissé sur la cathédrale de Strasbourg le drapeau tricolore, avant que les allemands ne se rendent deux jours plus tard. La suite, c’est une résistance farouche des allemands deux mois durant, ou « la poche de Colmar » ; la 2eDB rejoint ensuite les forces progressant en Allemagne, d’après Roger Simon, elle ne se battra presque pas.

Ceci est le témoignage de Roger Simon, de son histoire au sein de la 2eDB, en tant qu’engagé volontaire, en tant que soldat de l’armée française, en tant que libérateur. En quoi cela répond à la problématique ? C’est le témoignage d’un engagement, un engagement pour libérer la France. Le mot engagement n’a pas de limite à être répété dans un cadre comme celui-ci. Avec la volonté de milliers d’hommes de libérer la France. C’est aussi le témoignage d’un homme qui a subi une discrimination affichée, en tant que juif, et ce, bien qu’il fut dans la "zone libre", le gouvernement de Vichy ayant mis en place diverses lois antisémites. C’est d’abord en tant que français qu’il s’engage, mais aussi parce qu’alors, en tant que juif, il n’avait qu’un triste avenir devant lui, et il  a choisi de rejoindre un avenir certes incertain,risqué,  mais qui fut plus glorieux que ce qu’il aurait pu avoir en restant en France au cours de cette période.

 

http://judaisme.sdv.fr/perso/daltroff/r-simon/jeep.jpg

Roger Simon aux commandes de sa Jeep - Collection Roger Simon

  • Le récit de Lucien Matron : partir rejoindre les Alliés pour revenir libérer la France

 

Lucien Matron était un jeune français de 17 ans originaire de Chalon sur Saône. En 1940, année où il a décidé de s’engager dans la lutte contre l’occupant allemand, il passe secrètement alors la ligne de démarcation, il témoigne de la volonté de nombreux jeunes de l’époque de s’engager tout comme lui :

 

« Beaucoup de jeunes de mon époque n’acceptaient pas bien leur présence. On n’avait jamais été occupés. On ne connaissait pas la guerre de 1914. Il n’était pas du tout question de collaborer avec les Allemands, raconte-t-il. Tout le monde parlait de rejoindre De Gaulle mais il fallait encore pouvoir le faire. J’avais de la famille de l’autre côté de la ligne de démarcation. Mon père m’a fait traverser la Saône de nuit et je suis parti jusqu’à Mâcon. »

 

Il s’engage dans les forces armées françaises qui étaient alors sous l’autorité de Vichy dans l’idée de rejoindre les colonies

 

«  C’était dans l’idée de revenir en France pour libérer notre pays. Cela s’est finalement réalisé, mais pas du tout comme on le pensait »

 

Plus tard, suite au débarquement anglo-américain en Afrique du Nord en novembre 1942, il passe sous le contrôle des Forces Françaises Libres pour former le 12e RCA, il est intégré un peu plus tard en 1943 comme groupe de chars au sein de la 2eDB après avoir rejoint la Tunisie. Il est alors pilote du char « Le Corse ». Comme dans le récit de Roger Simon, avec le reste de la 2eDB, il débarque après le 6 juin 44. Sur place il dit être touché par l’accueil et l’ovation des villages libérés. La 2eDB, toujours comme dans le récit de Roger Simon, n’a qu’un  objectif, libérer Paris. "Le Corse" et son équipage arrive le 25 août dans la capitale. Il raconte que les rares soldats allemands résistants étaient fous, et savaient pertinemment que c’était une cause perdue. Malgré les combats, la foule les acclamait. On peut le voir aussi dans les images de l’INA. Par la suite, il reprend avec la 2eDB la marche vers l’Est, jusque dans l’antre d’Hitler. C’est une autre preuve d’engagement.  A l’instar de Roger Simon, il témoigne de l’engagement dont font preuve les hommes de la 2e DB pour libérer la France.

Insigne attribué a la marine mais porté dans diverses unités de la France Libre ,

également adopté par des engagé après Août 1943 , notamment à la 2ième DB

  • Pierre Cahen et Leon Tsevery, des français, de confession juive, au combat

 

Pierre Cahen habitait Paris, il était membre des Eclaireurs de France et aidait à accueillir les réfugiés allemands fuyant le régime nazi. Lors de la débâcle de 1940, il fuit avec sa famille Paris à l’approche des allemands, avant de s’installer à Tarbes chez un oncle. A l’instar de Roger Simon, il est un temps aux Chantiers de Jeunesse. En 1941, il part à Toulouse avec son père tandis que sa sœur et sa mère partent s’installer à Aurillac où elles passeront la guerre sans encombre. A Toulouse, il travaille à l’Office national industriel de l’azote. Travaillant dans l’administratif, il fabrique de nombreuses fausses cartes de travail. Après plusieurs alertes, il décide de rejoindre l’Angleterre. En novembre 1943 il est arrêté en Espagne avec d’autres fugitifs. Il s’évade du camp de concentration espagnol de Miranda puis rejoint le Maroc en mars 1944 avant d’être affecté en Algérie. Plus tard, il rejoint avec des camarades les côtes britanniques. Par la suite, il est intégré en tant que brigadier à la 2e DB. Il fera parti d’un groupe précurseur de celle-ci en Normandie. Il participe ainsi à la bataille du même nom et à la libération de Paris. Il continuera jusqu’en Allemagne où il sera blessé à la tête par un tir allié. Il passe par ailleurs par le camp de Dachau libéré.

On retrouve aussi le nom de Leon Tsevery, 16 ans  qui a pu échapper aux rafles grâce à l’aide d’un policier qui l’a aidé à s’enfuir. Il ne s’est pas laissé abattre et a rejoint la Résistance, comme colleur d’affiches, avant de rejoindre la 2e DB de en 1944 lors de la Libération de Paris notamment. Il est reconnu pour ses travaux sur les fusillés du Mont Valérien et pour avoir mis en lumière la Résistance portée par des Juifs.

 

http://www.juifs-en-resistance.memorialdelashoah.org/images/resistants/mjp26_77_p.jpg

(Pierre Cahen - juifsenresistance)

Conclusion

Tout ceci met en lumière l’engagement porté par les hommes de la 2e DB et donc à la problématique de s’engager pour libérer la France et comment ces gens l’ont fait. Il s’agit d’un engagement militaire pour les forces « libres » de son pays, exilées, avec la pensée unique de revenir pour mettre en déroute l’Occupant. Il y est montré aussi la discrimination qu’ont pu subir les juifs, en zone occupée comme « libre » (et ce avant l'occupation de celle-ci en novembre 1942 en représailles de l'opération Torch), dans le récit de Roger Simon notamment. On met aussi en lumière sur un autre plan que la communauté juive n’a pas toujours été simple  victime dans le conflit où les nazis  cherchaient à l’exterminer, elle a aussi été combattante.

 

Au sein de la 2e DB ont combattu de nombreuses communautés religieuses et politiques de tous bords, qui ont fait front commun. Juifs, musulmans, chrétiens, athées, mais aussi communistes, giraudistes et gaullistes ont ainsi combattu avec la conviction d’une nation française libre, sans discrimination pour une quelconque communauté. Leur engagement ne doit pas être oublié, le sacrifice réalisé par certains ne doit pas être vain, pour que tous puissent vivre en harmonie dans le futur. 

 

Sources

 

Juifs en résistance – La Libération de Paris – Liste de noms

http://www.juifs-en-resistance.memorialdelashoah.org/liberation-du-territoire/liberation-de-paris.htm

 

JudaismeBlog – Récit

http://judaisme.sdv.fr/perso/daltroff/r-simon/r-simon.htm

 

Le Point – Article

http://www.lepoint.fr/actualites-sciences-sante/2009-05-26/deces-du-resistant-leon-tsevery/919/0/346696

 

PDF USC Shoah Foundation

https://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=8&ved=0ahUKEwj309DIppnZAhUGJMAKHbpOC_4QFgg_MAc&url=https%3A%2F%2Fsfi.usc.edu%2Fsites%2Fdefault%2Ffiles%2Fvideos%2Fdocs%2FBiographie%2520du%2520t%25C3%25A9moin_Pierre%2520Cahen.pdf&usg=AOvVaw1j5OfZMLymmQIV_qpq0gIs

 

Wikipédia – Page de la 2e DB

https://fr.wikipedia.org/wiki/2e_division_blind%C3%A9e_(France)

 

 

 

 

Pièces jointes

À télécharger

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