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Espace pédagogique d'établissement

"S'engager pour libérer la France (2018)

La résistance à travers "L'Affiche rouge" et "Strophes pour se souvenir"

Par Juliette ROY, publié le vendredi 9 février 2018 12:04 - Mis à jour le lundi 16 avril 2018 17:11
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A travers deux œuvres : "L'Affiche rouge" et "Strophes pour se souvenir" de L.Aragon, nous verrons le travail de mémoire et de résistance, surtout quand l'interprétation d'une affiche a eu l'effet inverse de celui espéré par les nazis.

        Nous allons vous présenter comment la mémoire de la seconde Guerre Mondiale a été conservée, à travers deux œuvres qui ont marqué la France : « L'affiche rouge » ainsi que « Strophes pour se souvenir » de Louis Aragon. Cette guerre reste la guerre la plus meurtrière, mais c’est aussi une guerre idéologique comme nous le montre « L’Affiche rouge »

Nous mettrons en relation les œuvres qui ont montré un engagement pour libérer la France. Dans un 1er temps, nous étudierons « L'affiche rouge » ainsi que « Strophes pour se souvenirs », puis nous verrons les valeurs que défendaient ces groupes de résistance, et pour finir nous verrons les mémoires conservées de « L'affiche rouge » et « Strophes pour se souvenir » avec la reprise du poème de Louis Aragon en chanson par Léo Ferré.

 

      1-  "L'Affiche rouge" et " Strophes pour se souvenir", des œuvres de résistance et de Mémoire.

 

 Dans un premier temps, nous allons analyser ces deux œuvres mémorables pour la France, et qui resteront dans l'histoire avec des sens violents mais touchants.

 

            a) L'Affiche rouge : une affiche de propagande à la signification détournée par les français.

 

         

          Pour commencer, l'affiche présentée sur un fond rouge comme le sang, montre un groupe de dix portraits d'hommes, tous étrangers et/ou juifs. En dessous de chacun de leur portrait, il y a une description plutôt simple d'eux : Nom, origine, religion, parti politique, actes commis, nombres d'actes commis et le nombre de mort qu'ils ont causés lors de la Seconde Guerre Mondiale dans la Résistance, mais surtout contre les Allemands. Ces dix portraits sont disposés de sorte, qu'ils représentent un triangle renversé avec à la pointe (au sommet du triangle), désigné par une flèche, leur chef : MANOUCHIAN.

En dessous de ce triangle, il y a six photos qui montrent les actes qu'ils ont commis, et à la pointe du triangle une photo qui montre des armes (pistolets, fusils, grenades).

Sur cette affiche, il y a aussi 2 phrases annoncées : une tout en haut en blanc au dessus des portraits « Des libérateurs ? » et l'autre tout en dessous en rouge en dessous des six photos « La libération par l'armée du crime ».

Puis, on peut voir que MANOUCHIAN est celui qui a commis le plus de « crimes ». Cette affiche désigne les responsables d'attentats et de nombreux crimes, qui d'ailleurs ont fait beaucoup de morts. La question posée au dessus de l'affiche pose directement la question avec la  réponse en bas de l'affiche. Cette réponse a plutôt un sens ironique. C'est une affiche de propagande contre la Résistance et anti-sémite.

Enfin, cette affiche possède une deuxième partie, sur cette autre partie, un texte explicite qui visent les juifs et les étrangers.

Durant cette guerre, l’occupant nazi s'est décidé de publier une affiche : « L'affiche rouge », il voulait montrer l'agressivité dont il était victime afin de provoquer une crainte et une haine chez les français. Il voulait convaincre les passants français que ces résistants étaient des terroristes, non des libérateurs, et qu'ils faisaient régner la terreur, le désordre et la mort. Il fallait donc dissuader ceux qui avaient envie de rentrer dans la résistance. Il s'agissait soit disant de protéger le régime en place et de montrer que le véritable ennemi était « les juifs » et « ses amis ». L’affiche était destinée à influencer l’opinion, marquer les esprits, lui faire adopter un point de vue au moyen de montage de photos, d’images, et de textes évocateurs.

En France, cette affiche a provoqué l'effet inverse, des fleurs ont été déposées, des bandeaux, collés sur l'affiche avec écrit « Oui, l'armée de Résistance » ou encore « Mort pour la France ». Elle a été placardée sur les murs le 22 février 1944 en France en 15 000 exemplaires.

 

            b) " Strophes pour se souvenir", un poème pour ne pas oublier. 

 

Strophes pour se souvenir

 

Vous n'avez réclamé la gloire ni les larmes
Ni l'orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servi simplement de vos armes
La mort n'éblouit pas les yeux des Partisans

Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L'affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu'à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants

Nul ne semblait vous voir français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l'heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE
Et les mornes matins en étaient différents

Tout avait la couleur uniforme du givre
À la fin février pour vos derniers moments
Et c'est alors que l'un de vous dit calmement
Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre
Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand

Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses
Adieu la vie adieu la lumière et le vent
Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent
Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erivan

Un grand soleil d'hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le coeur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d'avoir un enfant

Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient leur coeur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s'abattant.


Louis Aragon, Le Roman Inachevé

 

 

          Par la suite, le poème « Strophes pour se souvenir » est un poème de Louis Aragon , écrit en 1955. Ce texte est composé de sept quintils et il est écrit en alexandrin.

Louis ARAGON est un poète romancier français, connu pour avoir participé avec Paul ELUARD et André BRETON au mouvement du dadaïsme et du surréalisme. Il reste aussi l'un des poètes les plus connus, en montrant son engagement lors de la seconde guerre mondiale, en publiant des poèmes dans la presse de la résistance.

Ce poème a une valeur informative, comme avec la strophe 2 qui rappelle ce qui s’est passé lors de l’affichage de l'Affiche Rouge. A la strophe 3, on montre l'effet qu'a eu l'affichage, c'est à dire l'effet inverse de la propagande.

Le passage écrit en italique correspond à une partie de la dernière lettre de MANOUCHIAN écrite à sa femme. Dans ce passage, il lui demande de se remarier et d'avoir un enfant (= continuer à vivre), malgré le fait qu'il va mourir.

Il y a aussi une anaphore de « vingt et trois », ce qui montre à quel un point l'effectif est important, on n'en oublie pas un, qu'il soit juif ou étrangers. L.Aragon montre des résistants comme des hommes simples. Il appelle par leur description physique, leurs portraits et leurs noms ; il rend leur véritable identité à chacun. D’ailleurs, il réutilise les symboles de couleurs (le rouge pour couleurs du sang ….), les termes (menaçant, agonisant) afin de dénoncer ces martyrs de la guerre ; il rend hommage à tous les résistants même ceux l'ombre.

 

      2- Des valeurs républicaines défendues par des immigrés ou étrangers.

 

                    Dans un deuxième temps, nous allons voir les valeurs que défendaient ces résistants pour sauver une France martyrisée par une guerre violente.

 
            a) FTP-MOI, une organisation de résistance composée d' étrangers ou d'immigrés.

          La Résistance pendant la guerre était composée de plusieurs groupes aux identités différentes. La Résistance armée fait son apparition en France lors de l'attentat du 21 août 1941 (= attentat du métro Barbès : premier attentat meurtrier en France), qui est commandée par l'Organisation spéciale (OS). Cette Résistance communique avec des campagnes de propagande, affichages et tracts, et elle est menée dans le but d'un renversement de la terreur et de démoralisation de l'ennemi. Ces résistants ont conscience de partager une idéologie commune, un mouvement commun, un but commun pour obtenir une France libre. Durant ce combat ils partagent une fraternité, malgré leurs différences religieuses, politiques, et leur nationalité diverses. Ensemble ils essayent d’obtenir une égalité et une liberté pour tous.
Il existe un autre type de résistance,  le réseau des FTP-MOI (Les Francs-Tireurs et Partisans - Main-d' Oeuvre Immigrée). Il a été fondé en mars 1942 par Boris Holban. Ces unités de Résistance communiste ont, à partir d'avril 1942, conduit la guérilla (forme de guerre dont le but est harceler et de faire des embuscades aux ennemis) dans les grandes villes de France contre l'occupant nazi. De juin 1942 à leur démantèlement en novembre 1943 par les Allemands, les FTP-MOI commettent à Paris 229 actions contre les Allemands. La plus marquante et importante est l'assassinat, le 28 septembre 1943, du général SS Julius Ritter, responsable du STO, Service du Travail Obligatoire,  en France. En août 1942, la direction nationale des FTP retire le pouvoir des FTP-MOI à Boris Holban car celui-ci refuse d'intensifier le rythme de ses actions. Il est remplacé à la tête du groupe par l’arménien Missak MANOUCHIAN. Les FTP-MOI seront considérés comme les groupes de résistance les plus actifs et les plus déterminés, notamment parce qu'ils comptent un grand nombre de résistants étrangers, ainsi que pour beaucoup juifs. Ces groupes de résistance sont directement visés par les lois sur le statut des Juifs du régime de Vichy, qui ne leur laisse le choix que de la clandestinité ou de l'internement, suivi de la déportation. Le gouvernement de Vichy ou aussi appelé l’État Français a débuté le 10 juillet 1940 avec la prise des pleins pouvoirs par PETAIN. Il met en place une nouvelle devise : « travail, famille, patrie ». Cette devise, selon PETAIN indique pour : « travail » signifie aucun syndicat ni de grève, « famille » signifie femme au foyer et l'homme travaille, « patrie » signifie une obéissance au régime de Vichy. Contrairement au jugement de MANOUCHIAN, qui lui a une tout autre vision de ces valeurs : « travail » signifie un travail libre avec des syndicats défendant les travailleurs, « famille » signifie l'égalité des sexes et pour finir « patrie »  signifie la liberté.  Le régime de Vichy, c’est en définitive  la mise en place d’une dictature en France qui collaborera avec l’Allemagne Nazie. 

 

            b) Les résistants FTP-MOI sous la direction de MANOUCHIAN, un résistant engagé.

          Par la suite, MANOUCHIAN continue ces actions dans la Résistance avec son groupe d'hommes et de femmes qui se battent et qui s'engagent dans la libération de la France. Il a alors sous ses ordre trois patrouilles, chacune possédant une cinquantaine de militants. Son premier rôle est de fixer des cibles, comme des hauts gradés, de façon à ce que leurs actions aient une valeur militaire et politique. Les groupes de MANOUCHIAN accomplissent près de trente opérations dans Paris du mois d'août à la mi-novembre 1943. Suite à ces grands nombres d'actes commis pour une France meurtrie, le peu de survivants de cette résistance était pratiquement mort de l'intérieur : « Nous ne sommes pas des héros. Il ne faut pas croire que nous n'avions pas peur. Nous avons résisté parce que nous en avions la possibilité : pas de famille, pas de travail. Et parce que nous aimions la France. Elle nous avait adopté. Mais il faut imaginer dans quel état nous étions. Pour ma part, je ne mangeais pas. Je n'arrivais pas à avaler, j'avais comme une boule dans la gorge. Je ne dormais pas non plus et si, par épuisement, je finissais par sombrer, je ne faisais que des cauchemars. A la fin de la guerre, je faisais quarante kilos. » (Témoignage d’Arsène TCHAKARIAN, un des jeunes « terroristes » de MANOUCHIAN).

 

      3 Des œuvres devenues des symboles dans la mémoire collective.

                    En dernière partie, nous allons voir comment ces mémoires de cette période ont été conservées à travers les deux œuvre : « L'affiche rouge » et « Strophes pour se souvenir ».

 

       

          En France, « L'affiche rouge » est considérée comme une œuvre très explicite de cette seconde Guerre Mondiale. Suite à cette affiche, les gens ont su faire la différences entre la propagande et la réalité ; ils n'ont pas cédé à cette propagande afin d'obtenir une France soit  libre. Les résistants se sont battus jusqu'au bout pour la liberté et la paix. Ils voulaient lutter contre les tortures, les massacres et les exécutions dus à l'oppression, ils luttaient contre les déportations « raciales » et ne voulaient plus subir la terreur, ils souhaitaient une France Libre et qui ne devait pas se conformer à des lois imposées comme, le rationnement, la censure, le couvre-feu.

C'est aussi grâce au poème de L.Aragon, que cette mémoire est conservée, d'ailleurs en 1955, lors de l'inauguration d'une rue au nom du groupe MANOUCHIAN, L.Aragon se permet de rappeler le tragique événement de l’arrestation des membres de la FTP-MOI pour conserver et entretenir la mémoire. Dans son poème, il souhaite leur rendre hommage et annonce directement le sujet dès le titre : « Strophes pour se souvenir. ». Ce texte mettra en avant la notion de fraternité et de courage de ces hommes. Puis, on peut lire à travers ce poème un rappel de la date de l’événement « février 1944 » afin de nous rappeler l’engagement de ces hommes morts « pour la France ». En se rappelant le sacrifice de ces hommes sans qui « la Liberté » n'aurait pas été possible, le poète retransmet un message d'espoir. Le fait de retransmettre la lettre de MANOUCHIAN destinée à sa femme et réécrite telle qu'elle était, cela permet de redonner la parole à ces hommes. Il précise que nous ne devons pas avoir peur de ce qui est différent (juif ou de l'étranger) car se sont simplement des hommes identiques à nous même. L.Aragon ne se contente pas de décrire l'affiche rouge mais en offre une interprétation qui est la dénonciation des idées propagandistes ; la lettre de MANOUCHIAN, martyre de guerre constitue une réponse à l'affiche rouge ; elle donne la parole à l'accusé.
Aussi, les inscriptions ou encore bandeaux (« Mort pour la France ») déposés en dessous de l'affiche démontrent les accusations de l'affiche rouge et fait acte de reconnaissance.

Par la suite, toutes les plaques commémoratives au nom de chaque personne « Mort pour la France » les remémorent comme des personnes simples mais courageuses qu'elles soient juives ou encore étrangères.
Le souvenir est indispensable afin que la guerre ne se reproduise plus. Il ne faut pas oublier que c’est par l’engagement des résistants, de ces hommes courageux que nous connaissons la France d’aujourd’hui.
Aragon appuie l'injustice de la guerre qui cause la mort, l'injustice de la mort des résistants et leur jeunesse ; leur actes sont des modèles de courage tous associés dans la même célébration, tous anonymes, les 23 membres du groupe sont enfin donnés en exemple enfin reconnus et enfin remerciés à leur juste mesure.

Enfin, Léo Ferré, grand chanteur de la musique française, reprend en 1961 le poème de L.Aragon : « Strophes pour se souvenir », afin de rendre aussi en chanson, hommage aux résistants. C’est par lui que le poème connaîtra un franc succès et sera reconnu et chanté sous le nom de « l’Affiche Rouge ». Par la suite, il consacrera son album musical « Léo Ferré chante Aragon » exclusivement au recueil de poèmes de celui-ci. Ces deux artistes engagés nous invitent au devoir de mémoire.

Conclusion

                    Léo Ferré et Aragon par leur poème et chanson souhaitent que l’on n’oublie jamais les résistants qui sont morts pour la France. Il refuse que les membres de l'affiche, mais aussi les résistants de l'ombre deviennent des oubliés de l'histoire d’où l'importance de les réhabiliter de dire la vérité sur ce qu’ils étaient. Il ne veut pas qu’on oublie ce qu'ils ont fait. Il est donc impératif de lutter contre l'oubli pour ne plus que ces horreurs se reproduisent.

Il est donc de notre devoir de citoyen d'aujourd'hui de ne pas oublier que c'est par l’engagement d'hommes courageux de différents horizons, ayant le même idéal que nous connaissons la France d’aujourd’hui. Au péril de leur vie et parfois leur sacrifice, les résistants se sont battus et ont permis la « France libre »dans laquelle nous vivons. Ils sont à l’initiative de la valeur de notre république Française actuelle fondée sur la constitution et dont la finalité est « la Liberté, l'Egalité et la Fraternité » .

 

 

Sources :

●Strophes pour se souvenir : dossier personnel
● L’affiche rouge : dossier personnel
● https://www.réseau-canope/poètes-en-résistance//louis-aragon/strophes-pour-se-souvenir/pistes-pédagogiques
● https://commentairecomposé.fr/strophes-pour-se-souvenir
● https://letudier.com/dissertation-commentaire-du-poème-strophes -daragon-7301
● imsi.net/Ma-chere-melineee

● http://www.histoire-immigration.fr/dossiers-thematiques/les-etrangers-dans-les-guerres-en-france/l-affiche-rouge

 

 

 

ROY Juliette

FORGERON Matthieu

ARNAUD Emilie

Pièces jointes