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"S'engager pour libérer la France (2018)

Les Justes en Anjou, leur combat solidaire pour sauver des Juifs

Par Cylian HARROUET, publié le mardi 13 mars 2018 21:01 - Mis à jour le lundi 19 mars 2018 22:23
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Des personnes, les Justes, ont eu le courage d'assurer la protection et la sécurité des juifs, menacés par le régime hitlérien et le gouvernement de Vichy . Il s'agit d'une résistance solidaire empêchant un génocide, un crime contre l'humanité

Durant la Secondaire Guerre Mondiale, la Shoah est l'extermination de plus de 6 millions de Juifs sur 11 millions en Europe. En France, 77 000 déportés raciaux sont envoyés en camp de concentration ou en centre de mises à mort, soit 25% des juifs vivant en France. Le 20 juillet 1941, 879 juifs dont 201 de nationalité française sont déportés par le convoi numéro 8, d'Angers au centre de mise à mort d'Auschwitz, 136 des ces déportés raciaux avaient  été arrêtés en Maine-et-Loire . Toutefois   220 000  juifs sur 300 000 ,soit 75% ,  ont été sauvés, plus de 85% d'enfants juifs ont échappé à la déportation en France grâce à des actes individuels. nous verrons la définition des Justes dans la partie suivante.  En quoi les Justes se sont engagés pour libérer la France ?  Quelle est leur forme d'engagement ?

A) Les justes : des personne protégeant les juifs persécutés durant la Seconde Guerre Mondiale

Tout d'abord le titre de Juste de la Nation fut créé par la Knesset (parlement de l'état d'Israël) en 1953 pendant la création du mémorial de Yad Vashem à Jérusalem. Il reconnait les actions des personnes ayant sauvé des personnes juives au péril de leur vie et celle de leurs proches. 3995 ont reçu le titre de Juste de la Nation en France dont 29 en Maine-et-Loire. 46 pays sont honorés dont la France et la Pologne. Certes, ces Justes n'ont pas transmis des informations aux alliés, ou attaqué l'occupant nazi en réalisant des sabotages, des attentats, des embuscades... mais ils ont réalisé une vraie forme de résistance. Ils ont sauvé la vie de juifs sans rechercher d'avantages d'aucune sorte, ni matériel, ni honorifique. En France, dès 1940 et jusqu'en 1944, des rafles (arrestations de masse organisées par les autorités) et des déportations dans des camps de concentration (Dachau)  ou centres de mises à mort (principalement Auschwitz) sont réalisées. C'est à partir de l'été 1942 (« la solution finale » est alors en marche) que des actes solidaires dans toutes les couches sociales, indépendamment des opinions et de la religion se multiplient au moment où les rafles s'intensifient. Apporter son aide à la population juive est alors un délit majeur au regard des nazis et est passable d'une arrestation, voire d'une exécution. Par conséquent cet acte peut très clairement être considéré comme de la résistance. Nombre de personnes ( maire, gendarmes...) ont profité de leur position pour prévenir des arrestations et fournir de faux papiers (identité, carte de rationnement...). On trouve une majorité d'habitants de la campagne parmi les Justes de la Nation : leur situation géographique isolée facilite la dissimulation des gens contraints de fuir. Les régions montagneuses (Alpes, Cévennes...) et celles du sud-est occupées par les italiens sont des endroits privilégiés pour leur accueil et leur sécurité.

B) Des juifs soumis à une persécution de plus en plus intense mais aidés par un grand nombre de personnes

Dès 1940, le gouvernement de Vichy vote des lois modifiant le droit à la nationalité française ce qui va facilite la persécution puis plus tard la déportation. Dès le mois de septembre de cette année, les fichiers de recensement des juifs sont mis en place. Dès octobre ils sont exclus des postes de la fonction publique, de la presse, du cinéma puis des professions libérales. En juin 1942, le port de l'étoile jaune est rendue obligatoire en France (que les juifs devaient acheter). Pour aboutir à l'extermination de cette population tout un processus de d'exclusion, d'affaiblissement, d'humiliations est mis en place. Tout a été minutieusement préparé. Angers est un poste de haut commandement de l'armée allemande qui a autorité dur 17 départements dès 1941.

Plaque du grand séminaire, rue Barra à Angers

Entre le 15 et le 17 juillet 1942, des arrestations sont organisées et les juifs sont regroupés dans le bâtiment du grand séminaire à Angers. 879 personnes sont embarquées dans le convoi numéro 8 le 20 juillet en direction d'Auschwitz. Seuls 16 sont revenus. La résistance en Anjou est très faible mais certains sont restés fidèles à leurs principes, à leur sens moral en apportant leur protection aux personnes recherchées, persécutées. Ils ont été à l'encontre des ordres visant à briser physiquement et moralement les juifs et ont fait preuve de courage. Ils les ont cachés pendant les rafles, les ont prévenus des arrestations lancées, les ont aidés à subvenir à leur besoins (nourriture, vêtements, argent), leur ont procuré de fausses identités, les ont aider à fuir vers des lieux leur assurant la sécurité, les ont hébergés chez eux ou dans des institutions de façon invisible pour le public, ont adopté temporairement un enfant.

C) Le courage d'Odette Blanchet, Juste et résistante : "Et si c'était à refaire, je repartirais sans la moindre hésitation !".

Odette Blanchet, Liliane et Jean-Claude Moscovici

 

Odette Blanchet a été reconnue Juste de la Nation. Elle a sauvé trois membres de la famille Moscovici à Vernoil près de Saumur. Dans la nuit du premier septembre 1942, elle a permis à Louise Moscovici d'échapper à une arrestation puis  l'a aidée en s'enfuyant avec elle en vélo pour se réfugier en zone sud. Les enfants Liliane et Jean-Claude avaient été confiés à des voisins. Ils ont été arrêtés le 9 octobre 1942 et envoyés au camp de Drancy. Ils y ont retrouvé un oncle qui est parvenu à les faire sortir. Odette Blanchet est venue les chercher, les a emmenés à Tours chez ses parents. En janvier 1943, elle a réussi à ramener les enfants près de leur mère. Ils ont été hébergés chez une tante d'Odette Blanchet à Morannes jusqu'à la fin de la guerre. Elle leur a fourni de faux papiers, ils se nommaient alors la famille Moreau. Par mesure de sécurité ils sont restés cloîtrés, le curé et l'instituteur du village leur ont également apporté leur aide. Odette Blanchet était une enfant unique d'une famille d'agriculteurs. Elle n'avait pas fait d'études. Elle s'est aussi engagée à 17 ans comme agent de liaison du réseau Notre Dame de Castille.Elle était en contact avec Jean Meunier pour qui elle conservait des cachets, papiers et documents compromettants. Elle n'a pas hésité à porter secours à la famille Moscovici : elle dit que pour elle c'était une évidence et un devoir à accomplir. À la fin de la guerre, les Moscovici sont retournés vivre à Vernoil. 

Lazare et Liliane Moscovici devant la maison familiale de Vernoil en 1945

Seuls Lazare sur les trois frères déportés a survécu à Auschwitz. Les enfants n'ont jamais revu leur père. Odette Blanchet a épousé Léo Bergoffen, juif déporté par le convoi 27, en 1946.

D) La mobilisation du village de St Lambert du Lattay pour sauver une famille

Henri Borlant est le fils d'immigrés juifs venus de Russie en 1912. Avec ses neuf frères et sœurs, il a déménagé de Paris avec ses parents dès le début de la guerre pour s'installer à Saint Lambert-du-Lattay une petite commune du Maine-et-Loire. Les enfants fréquentaient l'école catholique et parlaient tous français à la maison. Trois des enfants dont Henri ont même été baptisés pour montrer leur intégration. Le 15 juillet 1942, des soldats allemands en possession d'une liste contenant tous les noms juifs ayant entre 15 et 50 ans ont procédé à l'arrestation d'Henri, de son père, d'un frère et d'une sœur. Ils sont évacués par camion à Angers et enfermés au grand séminaire à Angers. Ils sont embarqués dans le convoi numéro 8 en direction d'Auschwitz. Pendant le voyage, qui a duré trois jours, les conditions sont abominables et inhumaines. Henri a réussi à écrire un mot à destination de sa mère afin de la rassurer. Il l'a lancé par les interstices du wagon. Un cheminot a trouvé ce mot et l’a apporté à sa mère qui l'a conservé avec elle jusqu’à son retour. À son arrivée au camp, il est séparé de sa sœur qu'il n'a jamais revu. Il est resté interné jusqu'à la fin de la guerre et a subi de nombreuses souffrances, dont la faim qu'il décrit comme particulièrement insupportable ainsi que le fait d'être rabaissé au rang d'animal. Il fait partie des 20 miraculés sur les 800 juifs du grand Ouest déportés par le convoi numéro 8.

Henri Borlant en 1945

Il a retrouvé sa mère et ses cinq frères et sœurs qui ont réussi à échapper à une nouvelle arrestation en novembre 1943. Le gendarme de Saint Lambert-du-Lattay les avaient prévenus la veille, le maire et sa secrétaire leur ont fourni de faux papiers, l'épicier leur a donné de la nourriture, la guérisseuse leur a fait don de toutes ses économies. Grâce à cette solidarité, qui est une forme de résistance car la protection de certaines personnes pourchassées et recherchées est interdite par le régime. Ces Hommes prennent un risque considérable en cachant, en dissimulant ces personnes. Ils ont pu atteindre se cacher en Anjou puis retourner à  Paris et rester cacher jusqu'à la fin de la guerre malgré une grande pauvreté. Henri Borlant a repris ses études et est devenu médecin.Il a écrit un livre, "Merci d'avoir survécu" racontant sa vie et celle de sa famille.

Conclusion : Le résultat d'une résistance solidaire empêchant un crime contre l'humanité

Les familles Borlant et Moscovici étaient des immigrés roumains et russes installés en France et fiers d'être français. Ils étaient complètement intégrés au sein de leur village. Malgré une résistance difficile  en Anjou, certains ont, par leur courage et leurs actes, apporté aide et protection aux juifs comme cela a été le cas pour ces deux familles. Toutes ces actions sont des formes d'opposition face à l'occupant et à la folie de cette extermination. Ces personnes n'agissent pas seule, c'est toute une organisation d'entraide qui est mise en place entre plusieurs personnes. Ce sont de véritables actes de résistance et de refus de soumission qui ont permis à la libération de la France, que 75% des juifs soient sauvés. A travers ces exemples, ces personnes se sont battues pour libérer la France sans forcément allé au front en intégrant les combats de la résistance. Ils ont démontré une forme de résistance autre, en aidant ces juifs dans le besoin, en leur donnant un abri, à manger, la possibilité d'échapper aux autorités donc aux rafles. Ainsi ces personnes ont contribué à la libération de la France en empêchant les allemands d'arriver totalement à leur fin.

Sources :

- http://www.ajpn.org/juste-Odette-Blanchet-Bergoffen-221.html

- http://www.ajpn.org/juste-1431.html

- https://fr.wikipedia.org/wiki/Shoah

- travail aux archives départementales

HARROUËT Cylian

MORIN Justine

SAUVAGE Fiona

1ESA