En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies à des fins statistiques anonymes.
En savoir plus sur la gestion des cookies

Espace pédagogique d'établissement

"S'engager pour libérer la France (2018)

Raphaël Elizé, le 1er maire noir de France, résistant et mort en déportation

Par Camille VARETTO, publié le lundi 19 février 2018 09:56 - Mis à jour le lundi 19 mars 2018 13:15
ELIZE Raphael3.jpg

Arrière-petit fils d’esclave, Raphaël Élizé est né le 4 février 1891 au Lamentin en Martinique. Il est alors âgé de 11 ans lorsqu‘il est contraint de fuir avec sa famille l’éruption de la montagne Pelée. Le 19 mai 1929, Raphaël Elizé devient le premier maire noir de France à Sablé-sur-Sarthe, une petite commune des Pays de la Loire, à une époque, où dans le pays des Droits de l’Homme persistent des courants politiques racistes et ségrégationnistes. Raphaël Élizé est mobilisé comme vétérinaire au 36è régiment d’infanterie coloniale. Membre de la SFIO (Section Française de l'Internationale Ouvrière), il s’engage avec de fortes idées sociales dans la politique locale et, en 1929, il est élu maire de sa commune puis réélu en 1935. En 1939, il est à nouveau mobilisé comme vétérinaire. De retour à Sablé-sur-Sarthe en 1940, il est destitué de son mandat sous la pression raciste des Allemands. Il entre alors dans un réseau de résistance. Il parle allemand et est consulté en tant que vétérinaire par la Wehrmacht. Il en profite pour fournir des renseignements sur l’Occupant. Dénoncé, il est arrêté le 13 Septembre 1943. Il passe quelques mois à la prison d’Angers, puis est transféré au camp de Compiègne où il est finalement déporté à Buchenwald, dans le convoi I.171, parti le 17 janvier. Il arrive à Buchenwald le 19 janvier 1944. En quoi Raphaël Élizé a-t-il à la fois un destin exceptionnel et terriblement banal ?

Nous verrons dans un premier temps qui est le premier maire noir de Sablé-sur-Sarthe et son parcours exceptionnel. Puis dans un second temps, nous nous attacherons à sa déportation dans le camp de Buchenwald.

I) Le parcours exceptionnel du premier maire noir de métropole, chassé de son poste par les Nazis en raisons de sa couleur de peau

Arrière-petit fils d’esclave, Raphaël Élizé est né le 4 février 1891 au Lamentin en Martinique. Il est alors âgé de 11 ans lorsqu‘il est contraint de fuir avec sa famille l’éruption de la montagne Pelée. Raphaël Elizé suivra les cours des lycées Montaigne, Saint-Louis et Buffon à Paris, avant d'intégrer en 1910 l'école vétérinaire de Lyon. Il obtient son diplôme en juillet 1914, un mois avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale. Affecté au 36è régiment d'infanterie coloniale, il sert comme soldat puis comme vétérinaire, son courage lui valant la croix de guerre.

Après guerre, il choisit de s'installer à Sablé-sur-Sarthe, région d'élevage de chevaux et de bovins qui n'a pas encore de vétérinaire, où il arrive en octobre 1919. Son épouse et lui sont alors les seuls noirs de la ville sarthoise.  Martiniquais d'origine, il s’intègre parfaitement dans cette France rurale grâce à ses compétences professionnelles, sa grande culture générale et ses qualités humaines. Raphaël Élizé débute son ascension politique en tant que membre de la SFIO (« le parti socialiste de l’époque ») en 1924.

En 1929, il est élu maire. Son élection est moquée (« le roi-nègre ») dans le quotidien satirique d'extrême-droite. De 1932 et 1934 Raphaël Élizé lance plusieurs projets qui resteront inaboutis. Il est réélu en 1935. Au moment de l’Occupation, Il est inconcevable pour les Nazis qu’un homme noir soit maire ou occupe des fonctions d’importance. Les Nazis lui retirent ses fonctions politiques à cause de sa couleur de peau puis l’arrête en 1940 avant de le relâcher. Raphaël Élizé reprend finalement ses fonctions politiques, en mars en1941.

II) Un résistant, mort en déportation

Au cours du conflit, il fut résistant au sein du réseau «Buckmaster». Il démonte un poste émetteur de l’armée allemande, l’empêchant de fonctionner. Ce réseau fut démantelé par la Gestapo en septembre 1943. Le 17 janvier 1944, Raphaël Elizé est déporté dans le convoi l.171. Il est emmené au camp de Buchenwald, un sinistre camp de concentration. Il porte le matricule 40490. Un quotidien insupportable de douze d’heures de travail forcé et une faim permanente insoutenable. La ration quotidienne d’un déporté est de seulement 1 litre de soupe, 200 grammes de pain, parfois une tranche de saucisson, une petite cuillère de margarine, un ersatz de café, et parfois un minuscule supplément. Dans la soupe nageaient quelques morceaux de pommes de terre, de navets ou de rutabagas souvent à moitié pourris. La viande provenait également très souvent, d’animaux malades, pratiquement en état de décomposition. Leurs gamelles étaient telles que même les 150 chiens des SS mangeaient mieux.

Le 9 février 1945, alors que le camp était sur le point d’être libéré, Raphaël Élizé meurt à Buchenwald après avoir été blessé lors du bombardement américain de l’usine d’armement allemande.

 

 

 

 

 

Le camps de Buchenwald et son célèbre chêne au centre de la place d'appel.

Conclusion

Raphaël Élizé a eu un destin hors du commun en raison de son élection à Sablé sur Sarthe, alors qu’il était noir chose inédite à l’époque. Il est depuis entré dans la légende comme le premier maire noir élu dans l’Hexagone sous la IIIe République. Raphaël Élizé a apporté par son engagement dans la Résistance, un message d’espoir envers tous les peuples opprimés.

Contrairement à ce que nous pourrions penser, Raphaël Élizé n’est pas le premier maire noir de France. Mais le deuxième, après Severiano de Heredia en 1879. Severiano de Heredia, personnalité moins connue était le premier maire noir de Paris. Le destin de Raphaël Elizé et son courage n’en restent pas moins exceptionnels et dignes de passer à la postérité.

Le lycée polyvalent  de Sablé sur Sarthe porte ainsi son nom.

 

 

 

 

 

 


 

 

 


 

 


 

 

Pièces jointes