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"S'engager pour libérer la France (2018)

Yvette Lévy et les Eclaireurs Israélites de France ou comment sauver des juifs ?

Par Marina DAGORNE, publié le vendredi 9 février 2018 12:17 - Mis à jour le lundi 19 mars 2018 22:17
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Un mouvement se disant : « scout, juif et français » a eu comme objectif pendant la guerre d'aider les enfants, femmes et hommes juifs à passer la zone libre ou à échapper aux arrestations
Instaurée en 1940, la ligne de démarcation, incarne, pendant près de deux ans, un espoir de survie : le refuge est en "zone libre", en Suisse, en Espagne ou encore se cacher à la campagne. Mais il est interdit aux Juifs de franchir la ligne et les frontières. Il faut donc les franchir clandestinement. C'est ainsi qu'un mouvement de jeunesse juif qui a vu le jour en 1923 a mise en place  une forme de résistance pendant la guerre. Celui-ci se nomme les Eclaireurs Israélites de France. Nous allons donc vous montrer comment une organisation juive a aidé les personnes persécutés à fuir pendant la seconde guerre mondiale. Le terme de persécutées désigne des mesures violentes et arbitraires prises à l'égard d'une communauté ethnique ou religieuse, dans ce cas ci nous nous adressons donc à la communauté juive, soit 300 000 personnes durant la guerre. Nous ferons ainsi le lien avec notre problématique générale : « S'engager pour libérer la France » et nous verrons donc que cette organisation a marqué l'histoire en mettant en œuvre des actions pour sauver des juifs.
Dans un premier temps nous verrons la création de cette organisation et ces débuts avant que la guerre éclate puis avant que les rafles soient instaurées. Puis, nous découvrirons ce qu'ils ont mis en œuvre pendant les rafles en faisant le lien avec une résistante nommée Yvette Lévy qui faisait partie des Éclaireurs Israélite de France. Pour finir, nous verrons leurs actes après la guerre jusqu’à aujourd'hui.

 

Les Éclaireurs Israélites de France, un mouvement de jeunesse s'opposant aux Allemands et qui restera ancré dans l'histoire .

 

Les Éclaireurs Israélites de France (EIF) ont été fondés en 1923 par Robert Gamzon, comme mouvement qui se disait "scout, juif et français". Edmond Fleg, puis Léo Cohn apportèrent chacun une contribution décisive à ce qui allait devenir le premier mouvement de jeunesse juive en France. Répondant aux aspirations de la jeunesse juive, ils connaissent une rapide extension dans l’Est de la France, puis dans le Sud et en Afrique du Nord (Algérie Française ou pays sous protectorat français à l'époque), accueillant filles et garçons de toutes origines et de tous milieux. Robert Gamzon amène le Comité directeur du mouvement à se préoccuper dès la crise de Munich en 1938, de l’évacuation des enfants EIF hors des centres urbains. Ainsi, la ferme Ecole de Saumur est ouverte accueillant dans un premier temps, des réfugiés juifs allemands fuyant l’antisémitisme. En septembre 1939, les cadres des EIF sont mobilisés sous les drapeaux. Parallèlement, comme les autres mouvements de scoutisme, ils travaillent aux moissons ou à l’accueil des réfugiés juifs allemands fuyant l’antisémitisme.

 

 

Le difficile combat des EIF pour sauver les juifs des arrestations durant la seconde guerre mondiale.

Quand la Seconde Guerre Mondiale éclate, les chefs d'Alsace et de Lorraine ont été rapatriés en 1939 vers le Sud dans ce qui deviendra de 1940 à 1942, la zone libre où ils ont participé à la création et au maintien de nombreux centres d'accueils pour enfants juifs comme dans le Rouergue, ceux qui furent animés par Raymond Winther, Marcel et Roger Gradwohl à Ville franche-de-Rouergue, Moissac, Saint-Affrique, Beaulieu-sur-Dordogne où les activités de scoutisme continuaient semi-clandestinement. Ainsi, grâce aussi « à l'aide bienveillante du préfet », pendant les hivers 1943 et 1944, les Éclaireurs Israélites qui avaient pris l'apparence d'éclaireurs unionistes protestants, purent organiser leur camp à Florac avec leur rabbin. Les problèmes que posaient le ravitaillement et la clandestinité rendue nécessaire par les exigences allemandes furent facilités par la solidarité des mouvements scouts catholiques et protestants locaux. Eux-mêmes participèrent au sauvetage des enfants par d'autres mouvements comme l'OSE (Œuvre de Secours aux Enfants) et s'impliquèrent dans les passages clandestins vers l'Espagne et la Suisse.
Ceux-ci parcourent la France afin de relancer l’activité des EIF, organisant des stages de formation pour les animateurs. Vingt-six groupes sont ainsi créés dans des villes de la zone sud.
A Paris, les EIF créent un patronage regroupant près de trois cents jeunes qui se réunissent, une fois par semaine, rue Vauquelin, avenue Secrétan et rue Claude Bernard. Lors de la rafle de l’été 1942, les animateurs tentent de porter secours aux enfants et familles juives menacées."Il y avait aussi des demi juifs qui ne portait l'étoile et qui nous aidaient, ce n'est pas nous qui avons tout fait c'est grâce aux aides de l’extérieur" Yvette Lévy.

Enfin, sont créés des chantiers ruraux, Lautrec, près de Castres, Charry (Tarn) et Taluyers (Rhône) axés sur le travail de la terre, toujours dans l’optique EIF.
Les EIF jouent dans un premier temps, la carte de la légalité entretenant des relations avec les représentants des ministères de Vichy et intégrant l’UGIF en décembre 1941. En zone sud, les EIF poursuivent leur action sous l’appellation de « quatrième direction jeunesse ».
Les EIF participent avec l’OSE aux équipes d’internés volontaires dans les camps. A Rivesaltes, sont créées des unités scoutes, à Gurs, l’équipe d’interné tente d’arracher des libérations d’enfants. Yvette Lévy a dit : "On a pu faire partir tout ces enfants qui étaient recherchés ou certains enfants dont les parents étaient planqués et ne pouvait plus s'occuper non plus, dans des fermes, dans des institutions religieuse mais cela s'est fait petit à petit ; on en a envoyé beaucoup à Moissac, à la ferme école et puis souvent les grands de Moissac rentraient aux maquis."

Dès les rafles de l’été 1942, les EIF évacuent les enfants étrangers dans des maisons d’enfants. Ils participent également à l’évacuation des 108 enfants de Vénissieux libérés par l’OSE, avec l’aide de l’abbé Glasberg et de la Cimade. Dans cette organisation, il était important de venir en aide aux personnes persécutées. C'est pour cela qu'Yvette Lévy a dit :
"Certaine n'ont rien fait pendant la guerre et moi j'étais sur le terrain donc je suis resté dans l'esprit d'éclaireuse.",  "On ne m'a pas tendu la main, ce n'est pas parce que on l'a pas fait que je ne devait  pas le faire. J'ai gardé mon esprit scout comme ça."

 

A l’été 1942, le service social des jeunes (SSJ) est mis en place. Il a pour nom de code clandestin, la Sixième, du nom de la 6e division de la 1re direction de l’UGIF.
Fabrication de faux papiers, placement des enfants, passages de frontières (Suisse principalement, et Pyrénées) pour les familles et ceux qui veulent rejoindre la Suisse, l'Espagne, Londres ou la Palestine. La sixième travaille en totale collaboration avec le réseau du MJS, éducation physique, le réseau de l’OSE, le réseau Garel et le réseau de Joseph Bass.
Après la dissolution de la 4e direction jeunesse occupée par les EIF en zone sud, le mouvement bascule dans la clandestinité, intensifiant le sauvetage et bientôt la lutte armée.
En 1938, les EIF comptent plus de 2 500 membres répartis dans la région parisienne, l’Alsace- Lorraine et l’Afrique du Nord.

 

Une jeune femme faisant partie des EIF a été reconnue aujourd'hui comme Résistante pour sa participation aux sauvetages de nombreux persécutés.

 

Parmi tous ces scouts autrement appelés EIF, il existe une femme qui a beaucoup fait dans cette organisation juive :. Celle ci se nomme Yvette Lévy, elle est éclaireuse dans un mouvement juif. À partir de juin 1942, le droit de vivre et d’exister pour les juifs est désormais remis en cause : les Éclaireurs Israélites se mobilisent et passent dans la clandestinité après la grande rafle du « Vél’ d’Hiv’ » des 16 et 17 juillet 1942. Une Sixième section est rajoutée au mouvement : c’est le Service Social des Jeunes dont le nom clandestin est la « Sixième ». A 16 ans, Yvette, avec les responsables de la « Sixième », va participer au sauvetage d’enfants dont les parents ont été raflés. Son frère aîné, aux responsabilités importantes dans le scoutisme, lui demande en effet de s’investir davantage.
Elle s’occupe d’enfants du XIème arrondissement (de Bastille à la place Voltaire) dont les parents avaient été arrêtés (ces enfants de nationalité française n’avaient pas été arrêtés avec leurs parents). A ce titre elle bénéficie d’une « carte de légitimation », sorte de laisser-passer donné par l’UGIF ( l'Union Générale des Israélite de France); il s’agit dans un premier temps de récupérer les enfants nés français non arrêtés lors de la rafle du Vél’ d’hiv’, terrés dans leurs appartements depuis 3 jours, terrorisés en les voyant entrer car ils pensent qu’on vient les arrêter, Yvette Lévy à dit : « quand vous avez 14-15 ans je peux vous dire que ça vous marque à vie ». La rafle a eu lieu un jeudi et les recherches méthodiques sur listes ont commencé le mardi suivant. Beaucoup d’enfants étaient nés de parents étrangers (polonais, allemands, autrichiens) et ne parlaient pas le français. Yvette et son groupe les conduisent à l’ « orpho », rue Lamarck dans le 18ème, ancien hospice financé précédemment par les Rothschild pour les SDF qui venaient y passer une nuit. Yvette a dit dans une interview « c'est devenu un centre pour les juifs qui n'avait pas de toit, ils venaient dormir à l'hospice de nuit et c'est devenu un centre pour les jeunes qu 'est devenu l'orpho ».
Afin de mettre en sécurité ces enfants, il faut leur fabriquer des actes de baptême, des faux papiers d’identité afin d’obtenir des cartes d’alimentation et les soigner : « quand il fallait nourrir tous ces gamins, on avait pas de carte d'alimentation , c'est là qu'on a commencé à les fabriquer », « il fallait leur changer leurs identités et selon leurs accents puisque il y en avait qui venaient de Pologne, ça n'a pas été chose facile. ». Il faut aussi trouver des lieux d’accueil avant de les cacher en zone sud.
• L’organisation des homes d’enfants s’améliore et les nourrissons sont regroupés à Neuilly, les petits (de moins de 5 ans) à Louveciennes ; il y a aussi un « home d’enfants » rue des Rosiers etc.
Certains sont des « enfants bloqués » c’est à dire sous le contrôle de la Gestapo. Il faut nourrir ces enfants (sans cartes d’alimentation) : la mairie leur fournit quelques tickets de ravitaillement mais très vite elles font de fausses cartes avec des tampons de la mairie récupérés grâce à des
complicités ou fabriqués par leur soin (en les taillant dans du linoléum) ; il faut aussi organiser leur départ (en priorité des garçons) et leur faire rejoindre la ferme-école de Moissac sans carte d’identité ni papiers officiels. Une assistante sociale « Topo » (éclaireuse « neutre » c’est à dire laïque) travaillant à la préfecture de police leur fournissait d’une part des informations en annonçant les rafles (par ses filles) et d’autre part passait la ligne de démarcation et confiait les enfants à d’autres scouts. Elle utilisait des cartes d’identité prêtées par des garçons non juifs du même âge à peu près, empêchait les enfants de parler en prétextant qu’ils étaient convalescents (opération des amygdales par exemple). 500 enfants ont ainsi pu passer la ligne de démarcation en un an. Certains ont ainsi pu rejoindre Londres, d’autres l’Espagne et l’Afrique du Nord.
• Yvette « travaille » dans la maison d’enfants de l’UGIF – Union Générale des Israélites de France créée par Vichy à la demande des Allemands - 60 rue Claude Bernard où on propose aux enfants des moments de détente, des activités (chorale, histoire sainte, botanique, théâtre, balle aux prisonniers, apprentissage des noeuds de marine). Bien évidemment les enfants n’avaient pas le droit de sortir dans la rue ; la cour intérieure était leur seul espace de jeu. Ces enfants rentraient chez eux le soir. Cette activité est arrêtée en 1944 car il n’y avait plus assez de participants du fait des arrestations massives.
En novembre 1941, le gouvernement de Vichy a imposé à toutes les organisations Juives d'entrer à l'UGIF (Union Générale des Israélites de France". Les EI, contraints, décident d'adhérer à l'UGIF, ce qui ne les empêche nullement d'avoir en même temps des activités clandestines qui se mettent alors en place et Robert Gamzon sera le représentant pour la zone Sud.
Il crée « la Sixième", la branche clandestine des EIF.
Son but : sauver le maximum de jeunes, leur trouver des planques sûres et leur fournir une bonne "couverture" c’est-à-dire de bons faux papiers.
Au cours de l’année 1944, les risques d’arrestation et de dénonciation augmentant pour Yvette Lévy, il n’est plus possible de se déplacer avec les enfants car les laissez-passer ont été supprimés. Les plus âgées du groupe s’installent rue Copernic dans le 16ème, à deux pas du siège de la Gestapo rue Lauriston
C'est ainsi que le 20 juillet 1944 au moment de l'attentat manqué contre Hitler. En représailles Aloïs Brunner (le commandant de Drancy) ordonne l’arrestation des Juifs dans toutes les maisons de l’UGIF.
Malheureusement, dans la nuit du 21 au 22 juillet 1944, 3-4 Allemands en traction noire et camionnette bâchée viennent chercher les jeunes filles (le groupe d'éclaireuse) dont Yvette Lévy. Elles seront internée à Drancy puis en 1944, déportée à Auschwitz.
Pour conclure, la femme exceptionnelle qu'est Yvette Lévy a survécu aux camps, à la misère, à la guerre, à l'oppression... Elle est à ce jour encore en vie. Nous retiendront qu'elle a reçu plusieurs médailles : médailles des Anciens Combattants, des Combattants Volontaires de la Résistance, de la Reconnaissance de la Nation, d’Officier du Mérite, et de la Légion d’Honneur.

Yvette Lévy au conseil régional à Nantes, printemps 2017

En quoi ces éléments précédents répondent à la problématique : « S'engager pour libérer la France. » Et pourquoi est ce considéré comme une forme de résistance ?

 
En conclusion, nous pouvons dire que ces informations trouvés sur internet répondent à la problématique générale qui est : s'engager pour libérer la France ». Rappelons que s'engager est le fait de faire une promesse, prendre publiquement position, contacter un engagement militaire. Puis la libération peut être définie comme un élargissement, une délivrance ou encore affranchissement.
En effet, nous constatons que les Eclaireurs Israélites de France sont une forme d’engagement résistant et ils s'engagent pour :« faire quelque chose en France ». Ici, leur but est de : « sauver le maximum de jeunes, leur trouver des planques sûres et leur fournir une bonne "couverture" c’est-à-dire de bons faux papiers. ». Les EIF font donc beaucoup pour la France : « Création des Maisons d'enfants et sauvetage de nombreux enfants » et donc s'opposent au destin qui leurs sont réservés.  Au total, 76 000 Juifs sur 330 000 ont été déportés de France vers les camps nazis, soit environ un quart de la population juive qui résidait dans notre pays en 1940.
Tout cela est donc une forme de résistance car que ce soit Yvette Lévy ou l'organisation juive (EIF), ils ont su poursuivre la lutte contre l'Axe et ses relais collaborationnistes et s'opposaient au régime de Vichy et à l'occupation allemande. Leurs résistances parmi tant d'autres, a donc permis à la France d'être un peu plus libre.
De plus, on peut aussi dire qu'ils « libèrent la France » en sauvant de nombreux enfants, femmes et hommes durant la guerre . Comme vu précédemment ils ont sauvé de nombreux enfants.
Puis même après la guerre, ils se sont engagés dans la « Création du Service Social des Jeunes (SSJ) pour l'aide à la recherche d'emplois. » et à la « Création de l'Association des Maisons d'Enfants (AME à Moissac/Laversine) ».
Pour finir, les éclaireurs israélites de France existe toujours et mettent en œuvre des projets pour conserver la mémoire. Comme par exemple, Les EIF proposent de participer à un voyage de la Mémoire réunissant animateurs et anciens du Mouvement (Générations EI), en partenariat avec le Mémorial de la Shoah.

 

Collecte d'informations d'après les sites:
- http://www.juifs-en-resistance.memorialdelashoah.org/la-resistance-juive/les-mouvements/les-eclaireurs-isra%C3%A9lites-de-france.htm
- https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89claireuses_et_%C3%A9claireurs_isra%C3%A9lites_de_France
- http://www.ajpn.org/sauvetage-eclaireurs-Israelites-de-France-368.html
- http://www.cercleshoah.org/spip.php?article155


 

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