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Espace pédagogique d'établissement

Travaux interdisciplinaires sur "la traite, l'esclavage et leurs abolitions" (2016)

Chevalier de Jaucourt - L'Encyclopedie

Par Marion BOUVIER, publié le vendredi 29 avril 2016 15:52 - Mis à jour le dimanche 1 mai 2016 18:00

Chevalier de Jaucourt, Encyclopédie, article «Traite des Nègres» (1766)

 

 

L'Encyclopédie est un ouvrage du XVIIIème siècle réalisé par les philosophes Diderot et d'Alembert. Elle contient la synthèse des connaissances portées sur les sciences, les arts et les métiers. Dix-sept volumes ont été publiés en vingt ans (1751 → 1772) de rédaction et de réflexion, ce qui présente un travail considérable pour l'époque.

 

Page de titre du premier tome, 1751Page de titre du premier tome, 1751

 

 

"On dira peut-être qu’elles seraient bientôt ruinées, si l’on y abolissait l’esclavage des nègres. Mais quand cela serait, faut-il conclure de-là que le genre humain doit être horriblement lésé, pour nous enrichir ou fournir à notre luxe ? Il est vrai que les bourses des voleurs de grand chemin seraient vides, si le vol était absolument supprimé ; mais les hommes ont-ils le droit de s’enrichir par des voies cruelles et criminelles ? Quel droit a un brigand de dévaliser les passants ? A qui est-il permis de devenir opulent, en rendant malheureux ses semblables ? Peut-il être légitime de dépouiller l’espère humaine de ses droits les plus sacrés, uniquement pour satisfaire son avarice, sa vanité, ou ses passions particulières ? Non… Que les colonies européennes soient donc plutôt détruites, que de faire tant de malheureux.

Mais je crois qu’il est faux que la suppression de l’esclavage entrainerait leur ruine. Le commerce en souffrirait pendant quelque temps : je le veux, c’est là l’effet de tous les nouveaux arrangements, parce qu’en ce cas on ne pourrait trouver sur le champ les moyens de suivre un autre système ; mais il résulterait de cette suppression beaucoup d’autres avantages.

C’est cette traite des nègres, c’est l’usage de la servitude qui a empêché l’Amérique de se peupler aussi promptement qu’elle l’aurait fait sans cela. Que l’on mette les nègres en liberté, et dans peu de générations ce pays vaste et fertile comptera des habitants sans nombre. Les arts, les talents y fleuriront ; et au lieu qu’il n’est presque peuplé que de sauvages et de bêtes féroces, il ne le sera bientôt que par des hommes industrieux. C’est la liberté, c’est l’industrie qui sont les sources réelles de l’abondance. Tant qu’un peuple conservera cette industrie et cette liberté, il ne doit rien redouter. L’industrie, ainsi que le besoin, est ingénieuse et inventive ; elle trouve mille moyens différents de se procurer des richesses ; et si l’un des canaux de l’opulence se bouche, cent autres s’ouvrent à l’instant.

Les âmes sensibles et généreuses applaudiront sans doute à ces raisons en faveur de l’humanité ; mais l’avarice et la cupidité qui dominent la terre, ne voudront jamais les entendre."Chevalier de Jaucourt, article                                                             « Traite des nègres » extrait de l’Encyclopédie

                                                                                                                                    Jaucourt ( 1704-1779 )

 

Dans l'article «Traite des Nègres» présent dans l’Encyclopédie, Jaucourt exprime son opinion en réfutant le point de vue de ceux qui disent que l'abolition de l'esclavage ruinera les colonies. Il présente donc trois arguments.

 

Son premier argument est d’ordre moral. En effet, il établit une comparaison entre les négriers qui privent d'autres hommes de leur liberté et les bandits de grand chemin qui volent leurs semblables pour faire fortune. Va-t-on les plaindre s'ils ne s'enrichissent plus parce que le vol est aboli ? Pas plus qu'on ne plaindrait les négriers de ne plus s'enrichir sur le dos des esclaves.
 

Ensuite vient un argument démographique. Selon Jaucourt, l’esclavage a empêché l’accroissement rapide de la population sur le continent américain.

 

Enfin, il utilise un argument économique. Si l’on venait à abolir l’esclavage, les hommes auraient besoin d’une nouvelle source de revenus : ils devraient par conséquent faire preuve d’inventivité afin de créer des industries. Dans ce dernier argument, Jaucourt confirme son idée principale et explique que les colonies ne seraient en aucun cas ruinées puisqu’il prétend que l’industrie est une source d’abondance.

 

Marion Bouvier – Ludivine Phelippeau – Charly Dupuy de 2nde 8