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Espace pédagogique d'établissement

Travaux interdisciplinaires sur "la traite, l'esclavage et leurs abolitions" (2016)

L'histoire des armateurs et des navires la Marie-Séraphique et le Brooks

Par Laura GILLET, publié le vendredi 29 avril 2016 15:33 - Mis à jour le vendredi 29 avril 2016 23:15

 

 

      Du XVIe au XIXe siècle, environ 15 millions de captifs africains ont été déportés vers les colonies européennes d'Amérique et de l'Océan Indien dans le cadre de l'une des trois traites : la traite Atlantique.

Au XVIIIe siècle, des centaines de milliers d'esclaves travaillent dans des plantations dont les productions sont destinées aux marchés européens.

Les pays européens qui organisent et profitent pleinement de ce commerce pour s’enrichir sont l'Angleterre et la France. Plus précisément en Angleterre, la ville de  Liverpool et en France , la ville de Nantes, ils sont tout deux ouverts sur la façade Atlantique.

De plus,le port de Nantes est en relation par la Loire jusqu'au centre de la France et indirectement Paris ; il concentre un nombre important d'armateurs et de négociants français et étrangers.

La Marie-Séraphique et le Brooks sont des navire négriers qui ont été représentés sous formes d'affiches étudiées dans un autre article de ce blog. Ce  sont des symboles de la traite négrière, nous allons  comparer  leurs armateurs.

 

 

 

 

 

 

I .Deux navires construits ou aménagés pour la traite négrière mais de capacité différente.

a) La Marie-Séraphique, un navire pouvant transporter plus de 300 esclaves.

@Musée histoire de Nantes

       La Marie Séraphique a été construite en 1760 chez Jacques Prébois, un important constructeur de navires Nantais. Le navires est baptisé, Le Dannecourt par le premier propriétaire,Charles d'Havelooze, le 9 octobre 1764. Le bateau est fabriqué pour transporter une cargaison de traite ("indiennes",armes, alcool,...), puis humaine avec les esclaves  et enfin coloniale (sucre, coton, café,...). Le reste du temps, il n'est qu'un ordinaire vaisseau de commerce : coque ronde et tendue pour avoir un navire porteur et rapide. Il comporte 4 à 6 canons pour se protéger de la pirateries. Le navire a une longueur de 20,41 m et a une largeur de 7,45 m donc c'est un navire de petite taille. Le navire sera acheté par M. Gruel le 12 janvier 1769, le nom du bateau deviendra le prénom de sa femme : «  La Marie-Séraphique ». Il fera 12 campagnes de traite dont 4 voyages. Il a en tout eu a bord 1344 esclaves. Le navire a une capacité de 312 esclaves (192 hommes, 60 femmes, 51 garçons, 9 filles et 5 port-permis). Ces esclaves étaient entassés dans l'entrepont d' une hauteur de 78 cm. Les conditions de transport des captifs étaient atroces.

      Les salaires sur la Marie-Séraphique étaient très inégaux. En effet, un ouvrier gagnait 25 livres environ par mois, un marin gagnait 30 livres par mois et le capitaine du navire gagnait plus de 150 livres par mois.Le coût du voyage est de 194 845 livres, un esclave est de 348 livres à l'achat et de 1140 livres à la vente. C'est l'armateur qui choisit le capitaine, c'est donc Gruel qui l'a choisit,puis ce fut Jean-Baptiste Fautrel-Gaugy, un marin expérimenté, qui a choisi son équipage (en total 40 hommes).

Musée de l'histoire de Nantes

Le navire fait 14 mois de navigation; de l' Europe en Afrique, de l' Afrique en Amérique et de l' Amérique en Europe. Il reste 116 jours à Loango et au Cap Français en Afrique. Les marins échangèrent des esclaves contre 88 753 kg de sucre, 26 724 kg de café soit 115 000 kg de cargaison.

Le navire est muni d'une clôture de 2 mètres en cas de révolte pour se protéger mais cela est très rare car à bord, les captifs sont ferrés durant la traversée. En 1775, la Marie-Séraphique est en vente et c'est le 25 janvier 1776 que le navire est vendu à Jean-Batiste Legrand puis 4 jours plus tard à Joseph-Yves Da Costa. La Marie-Séraphique devient le Sartine qui transportera 421 esclaves. Le 18 juin 1779, le navire est saisi par le gouvernement des Etats-Unis d'Amérique lors de la guerre d' Indépendance américiane.

b) Le Brooks, un navire pouvant transporter plus de 600 esclaves.

     Le Brooks a été construit en 1781 à Liverpool, son propriétaire fut Joseph-Brooks, il a donné son nom à son navire. Le navire a effectué la traite d'esclave entre la Côte d'Or et les Antilles. Sa capacité maximale est de 482 esclaves mais le Brooks est connu pour avoir convoyé plus de 609 personnes par traversée (351 hommes, 127 femmes, 90 garçons et 41 filles) qui étaient situés dans un entre-pont de 76 cm. Il a en tout transporté 5163 esclaves mais seul 4559 sont arrivés vivant ; Le taux de mortalité était de 30 %.

Le capitaine du navire fut Clément Warle. Celui-ci fut 9 voyages avec le chirurgien docteur Thomas Trotter et 45 marins.

Représentation en vue de coupe du Brookes (1789)

de Thomas CLARKSON

Le Brooks fut pris comme référence pour d'énoncer l'horreur et l'inhumain de la traite. Le Brooks a été la cible de Thomas Clarkson, militant contre l'esclavage avec son célèbre plan du Brooks de 1785 à 1792. Le Brooks fit finalement son dernier voyage en 1805.

c) Un entassement beaucoup plus inhumain sur le Brooks que sur la Marie-Séraphique.

    On peut constater qu'en moins de temps que la Marie-Séraphique, le Brooks a convoyé plus d'esclaves. Le Brooks est plus grand que la Marie-Séraphique, une capacité plus grande que celle-ci mais il sur-entasse les esclaves. Bien qu''ils n'ont pas navigué simultanément, les navires sont des références que ce soit en France ou en Angleterre contre l'esclavage grâce à leur plans de navire (la Marie-Séraphique depuis 1992 principalement et le Brooks depuis  1789). Ils montrent la barbarie de la traite, les esclaves indifférenciés, presque comme des animaux, à même le bois du navire, en dehors de toutes idées d'humanité. Tous ont les mains attachées, de plus les hommes sont ferrés aux chevilles, deux par deux afin d'éviter les évasions, les émeutes et les suicides ; le manque d'hygiène  pouvait aussi les faire mourir. Nantes et Liverpool ont été des ports qui se sont enrichis grâce au commerce en général et à la traite en particulier ; ils ont eux le même but au XVIII, ils ont été des ports négriers.

II. Des Armateurs négriers qui donnent leur nom ou bien celui de leur épouse.

a) La Marie-Séraphique

    Elle a eu de nombreux armateurs, 4 en tout. Le premier fut Charles d'Havelooze, c'est lui même qui l'a fait construire en 1760. c'est un négociant Nantais, né a Angers et mort à Nantes en 1839. Ensuite il y eu le négociant, armateur Nantais Jaques Barthélémy Gruel, natif de St Domingue, né en 1731. Il commença sa carrière d'armateur en 1763 en affrétant les « Trois-Amis »qui fait deux campagnes négrières . Il acheta un deuxième navire, le « Sophie » en 1764. Gruel acheta le 12 janvier 1769, la Marie-Séraphique, c'est l'unique navire négrier resté aussi longtemps dans l'armement de Gruel. Il a fait 12 campagnes de traite négrière à Loango et au Cap Français en Afrique de l'Ouest. Lors de l'achat de la Marie-Séraphique, Gruel a à son actif l' armement de cinq navires : 4 négriers et un de droiture (commerce direct avec les Antilles). Gruel monta une société d'assurance pour les risques encourus par le commerce.

    Après la vente de la Marie-Séraphique en 1775, Gruel s'établit dans l'île Feydeau, sur les bords de la Loire ; dans un hôtel particulier édifié par Joseph Raimbaud cédé en 1756 par les frères Bossinot du Motay doté de la même façade et d'une cour commune appelée aujourd'hui « la cour ovale".

 

"la cour ovale"

    Gruel y vivait avec sa femme, Marie-Anne Séraphique et leurs trois enfants au premier étage, le plus couteux. Il a réussi sa fortune à la fin des années 1770, il est digne des négociants millionnaires Nantais. Il a reçu suite à un héritage trois maisons au Cap Français, une plantation et il a investi dans une sucrière; suite à l'incendie de celle-ci à cause d'une révolte d'esclave, il devient ruiné. Il meurt en 1856.

Suite à la vente de la Marie-Séraphique, le 25 janvier 1776, soit six ans exactement après son achat ; le navire passe à Jean-Baptiste Legrand puis 4 jours plus tard à Joseph Ives Da Costa. Les Da Costa habitent au premier étage de l'un des plus prestigieux hôtel particulier de l'île Feydeau, celui de la famille de La Villestreux.

b) Le Brooks

Le Brooks a eu comme unique armateur Joseph Brooks en 1781.

c) Deux représentations des navires, aujourd'hui symboles de la traite négrière

    Pour comparer ces deux navires, nous pouvons constater que la Marie-Séraphique a eu énormément d’armateurs/propriétaires contrairement au Brooks qui en a eu qu'un seul. On peut l'expliquer par l'époque où ils ont existé. Le plan du Brooks a servi de débat pour l'abolition de l' esclavage, il a fait son dernier voyage en 1805 , 2 ans avant l'abolition de la traite par le  Royaume-Uni. Tandis que la Marie-Séraphique fut armée en pleine époque de l'expansion de la traite négrière . Même après l'interdiction de la traite en 1815, Nantes a continué clandestinement à la pratiquer jusqu'en 1830 .

     Ces deux navires négriers, sont des symboles de la traite négrière. Ils venaient de deux ports différents: Nantes en France et Liverpool au Royaume-Uni ; c'étaient les deux ports les plus importants de leur pays respectif lors de la traite négrière et ils se sont enrichis en partie  grâce à celle-ci, en utilisant des principes moraux éloignés de toute humanité.

 

Emma Jemet, Mathilde Jackowski et Laura Gillet

Lien vers l'article suivant sur "Moi Joseph Mosneron , armateur négrier nantais, 1804 "

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