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Travaux interdisciplinaires sur "la traite, l'esclavage et leurs abolitions" (2016)

Le Brookes et la Marie-Séraphique, deux navires négriers célèbres pour leur représentation sous forme d'affiches.

Par LOIC COCHENNEC, publié le vendredi 29 avril 2016 15:29 - Mis à jour le vendredi 29 avril 2016 23:14

 

  La Marie-Séraphique et le Brookes étaient deux navires négriers. La représentation cartographique du Brookes fut réalisée en 1789 par Thomas Clarkson, un abolitionniste Anglais. Tandis que la représentation cartographique de la Marie-Séraphique fut réalisée en 1770 par René Lhermite et commanditée par Mr. Gruel, un armateur Nantais. Aujourd'hui, l'aquarelle de la Marie-Séraphique est conservée au musée de l'esclavage à Nantes et la gravure du Brookes est conservée au musée d'Aquitaine à Bordeaux. Nous allons voir quelles places tiennent ces affiches dans la mémoire de la traite et quels rôles elles ont joué dans l'abolition de l'esclavage.      

                                                                                 

Deux navires de même fonction mais  différents.

 

   Les cartes des deux navires sont effectivement très ressemblantes, elles représentent toutes les deux différentes coupes des navires.

Représentation en vue de coupe du Brookes (1789)

de Thomas CLARKSON

 

   La Marie-Séraphique est représentée au large du Loango en Afrique de l'Ouest lors de sa campagne de traite en 1769. La coque de ce navire a une forme ovale alors que celle du Brookes a une forme plutôt rectangulaire.

                           

  Représentation   en vue de coupe

 de la Marie-Séraphique (1770)  de René LHERMITE .

@Musée Histoire de Nantes

   La Marie-Séraphique peut contenir jusqu'à environ 300 esclaves ; le Brookes quant à lui peut en contenir 454 , mais il a transporté jusqu'à 609 esclaves en les entreposant dans les arrondis du navire, lors d'un de ses voyages ; le navire était donc en surcharge. La hauteur du pont inférieur de ce navire ne dépasse pas 70 cm ( 2 pieds et 7 pouces), cette hauteur est trop petite pour se tenir debout, les esclaves devaient encore plus avoir le sentiment d'être oppressés. Ils sont en effet «entassés», indifférenciés, parqués comme des animaux, à même le bois du navire, de la manière la plus froide et relationnelle possible, en dehors de toute humanité. Ils sont considérés comme une simple marchandise.

Représentation  de l'entrepont 

 de la Marie-Séraphique (1770)  de René LHERMITE .

@Musée Histoire de Nantes

Sur la Marie-Séraphique, les esclaves sont tous repliés sur eux-même, on peut aussi apercevoir que les esclaves sont séparés, les femmes sont à droite et les hommes à gauche. Entre les deux rangées d'hommes, dans un petit coin, ce sont les esclaves morts puisqu'on peut apercevoir au moins trois corps superposés et enveloppés dans des draps.

   Contrairement à René Lhermite, Thomas Clarkson n'a reproduit que la coupe de l'entre-pont, lieu où les esclaves étaient enfermés. En dessous de la représentation de la Marie Séraphique, il y a un tableau de compte du navire, que nous ne retrouvons pas sur les plans du Brookes, exposant toutes les marchandises transportées et vendues lors d'un voyage vers l'Afrique puis les Antilles. Ce tableau cherche à montrer la rentabilité  de ce navire. L'une des scènes les plus intéressante portée sur cette aquarelle est celle désignant les différentes parties du navire : la cale, le pont et l'entre-pont.

   Les plans et coupes du Brookes rendent compte de l'entassement, de l'espace minimum individuel infligé aux captifs ; ce qui était d'ailleurs le seul but de Clarkson sur ce dessin. La diversité des angles de vue sous lesquels le navire est présenté et la précision des relevés reflètent parfaitement l'une des tactiques adoptées par les abolitionnistes anglais : celle de la preuve par les faits.

   Tandis que le plan de la Marie-Séraphique sert à rendre compte de l'espace de ce navire de sa capacité à transporter beaucoup de marchandises : il est indiqué le nombre exacte d'esclaves représentés ainsi que le nombre de barriques entreposées.

   Contrairement à Clarkson, le but de Gruel est d'exposer la puissance et la rentabilité  de son navire. Bien que ces deux cartes n'aient pas le même but, elles représentent de façon précise l’extrême entassement des captifs. Ces dessins constituent en ce jour des témoignages iconographiques précieux sur la disposition des captifs à bord d'un navire.

Comme il est écrit dans "La Marie-Séraphique navire négrier" de Bertrand Guillet "Ces entassements s'accompagnent donc ici d'une certitude d'authenticité : rien ne permet en effet de soupçonner que les auteurs aient pu ici exagérer l'atrocité des conditions de transport car on a souvent estimé qu'une exagération avait été possible dans les dessins utilisés par les abolitionnistes. Le témoignage venant de la Marie-Séraphique vient alors clore le débat".

 

Des affiches illustrant l'atrocité des voyages.

   Comme annoncé précédemment, Thomas Clarkson, un abolitionniste Anglais, et Mr. Gruel, un armateur Nantais, n'ont en effet pas le même avis sur la traite négrière. Leurs intérêts se reflètent alors sur leurs représentations cartographiques du Brookes et de la Marie-Séraphique. Thomas Clarkson, célèbre abolitionniste anglais, se mit à chercher des preuves de la barbarie de la traite. Après de nombreuses recherches, il revint en 1788 avec les plans du Brookes. A travers cette affiche, il dénonce donc la manière dont les esclaves venus d'Afrique traversaient l'Atlantique, elle sert alors à sensibiliser le public sur l'esclavage et à lui montrer que les captifs étaient traités comme des marchandises. Cette représentation dénonce alors le trafic d'esclaves.

De son coté, Gruel cherchait à se faire de l'argent avec son navire, pour cela il fit appel aux actionnaires. Pour attirer ceux qui allaient l'aider à financer les départs de son navire, Mr. Gruel commanda à René Lhermite une carte des différentes coupes de son navire négrier: La Marie-Séraphique. Cette carte lui servait alors de faire-valoir. En Angleterre, Clarkson a représenté pour la première fois des esclaves sur le plan d'un navire. Ces plans du Brookes connurent un immense succès, y compris en France et ils furent utilisés dans différents livres et documents tel que notre manuel d'Histoire de 2nde publié par les éditions Nathan. Les plans de la Marie-Séraphique connurent aussi le succès escompté par l'armateur :  le tableau de compte de ces affiches nous prouve sa rentabilité.

L'affiche de la Marie-Séraphique n'a pas toujours eu la même utilité: ici, un faire-valoir exposant la puissance du navire.

 

   Nous pouvons donc comparer la carte de la Marie-Séraphique que nous avons étudiée à une autre représentation de ce navire négrier, crée entre 1772 et 1773 par le capitaine Gaugy. Cela représente la Marie-Séraphique le jour de l'ouverture de sa vente. Elle reprend sensiblement le motif de la représentation précédente. Au bas de ce plan, nous pouvons voir un tableau de compte, cette seconde affiche devait alors aussi  être un autre faire-valoir pour Mr. Gruel. Par ailleurs, sur cette cartographie, nul esclave n'y apparaît, le but de ce faire-valoir n'était alors pas d'y montrer le nombre d'esclaves transportable mais la splendeur de son navire.

 

               

           Représentation de la Marie-Séraphique

          (1772-1773) fait par le capitaine Gaugy.

@Musée Histoire de Nantes

 

Deux affiches d'intérêts opposés face à l'esclavage mais ayant le même enjeu.

   Nous pouvons maintenant constater que malgré la ressemblance de ces représentations, la Marie-Séraphique apporte une preuve que la représentation du Brookes n'est pas inventée ou exagérée. L'une est un argumentaire abolitionniste (Brookes) et l'autre un argumentaire d'un armateur et esclavagiste (Marie-Séraphique). Effectivement, Thomas Clarkson a utilisé les plans et coupes du Brookes pour faire réagir la population et rendre compte de la barbarie de la traite tandis que Mr.Gruel cherchait à représenter le bon coté de la traite négrière et ce qu'elle pouvait apporter aux propriétaires des navires, ici la richesse. Un décryptage minutieux de cette image permet de rendre sensible la réalité de la traite, en même temps que cela révèle les mécanismes d'une campagne de traite.

   Finalement, c'est grâce aux plans du Brookes dévoilés et à d'autres documents de ce type, et en insistant sur la dimension pathétique de la traite, que les abolitionnistes l'ont emporté sur le terrain de la morale. Effectivement, ces plans du Brookes publiés dans les journaux de l'époque répugnèrent la population Anglaise.

   D'autres dessins connus représentant une telle scène sont plus tardifs et tous réalisés par des abolitionnistes. En 1807 eut lieu l'abolition de la traite par le  Royaume Uni et en 1815 eut lieu l'abolition de la traite par les autres pays en Europe.

   Enfin, la représentation de la "Marie-Séraphique" occupa une place de choix à la première grande exposition sur la traite des Noirs à Nantes en 1992 et dans de nombreux livres, manuels scolaires à partir de la fin du XX siècle.Elle servit de modèle pour le navire "Marie Caroline" dans "Les passagers du vent " de François Bourgeon.

"Les passagers du vent " de François Bourgeon.

Sources:

- "La Marie-Séraphique navire négrier" de Bertrand Guillet aux éditions MeMo.

-  Le manuel d'histoire de seconde édité chez Nathan,....

- Google image

- site internet: www.histoire-image.org

- "Les passagers du vent " de François Bourgeon.

réalisé par Camille CHEREL, Louise COLINEAUet Emma DEBEAUVAIS.2nde8.2015-2016

Lien vers l'article suivant sur les armateurs de la "Marie Séraphique" et du " Brookes"

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