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Espace pédagogique d'établissement

Travaux interdisciplinaires sur "la traite, l'esclavage et leurs abolitions" (2016)

Saint-Lambert, Ziméo: la séparation

Par Louise COLINEAU, publié le vendredi 29 avril 2016 15:54 - Mis à jour le vendredi 29 avril 2016 23:38

Ziméo : La séparation

 

I-Présentation Générale

 

Ziméo est un conte philosophique de Saint Lambert qui date de 1769 (du siècle des Lumières).

A travers ce texte, Saint Lambert dénonce l'esclavage.

 

II-Présentation de l'extrait

 

Ziméo est un esclave révolté qui raconte au narrateur son enlèvement au Bénin par des marins portugais et les conditions horribles de la traite négrière. Il évoque ici la manière dont on l'a séparé de sa fiancée Ellaroé.

 

« Oui, j'aurais pardonné peut-être aux monstres qui nous avaient trahis ; mais Ellaroé et son père furent vendus à un habitant de Porto-Bello, et je le fus à un homme de votre nation qui portait des esclaves dans les Antilles. Voilà le moment qui m’a changé, qui m’a donné cette passion pour la vengeance, cette soif de sang qui me fait frémir moi-même, lorsque je reviens à m’occuper d’Ellaroé dont la seule image adoucit encore mes pensées.Dès que notre sort fut décidé, mon épouse et son père se jetèrent aux pieds des monstres qui nous séparaient, je m’y précipitai moi-même ; honte inutile ! On ne daigna pas nous entendre. Au moment où on voulut m’entraîner, mon épouse les yeux égarés, les bras étendus et jetant des cris affreux, je les entends encore, mon épouse s’élança vers moi : je me dérobai à mes bourreaux, je reçus Ellaroé dans mes bras qui l’entourèrent ; elle m’entoura des siens, et sans raisonner, par un mouvement machinal, chacun de nous entrelaçant ses doigts et serrant ses mains, formait une chaîne autour de l’autre ; plusieurs mains cruelles firent de vains efforts pour nous détacher. Je sentis que ces efforts ne seraient pas longtemps inutiles : j'étais déterminé à m'ôter la vie, mais comment laisser dans cet horrible monde, ma chère Ellaroé ? J’allais la perdre, je craignais tout, je n’espérais rien, toutes mes pensées étaient barbares : les larmes inondaient mon visage ; il ne sortait de ma bouche que des hurlements sourds, semblables au rugissement d’un lion fatigué du combat ; mes mains se détachant du corps d’Ellaroé se portèrent à son col..... Ô grand Orissa !.... les Blancs enlevèrent mon épouse à mes mains furieuses ; elle jeta un cri de douleur au moment où l’on nous désunit ; je la vis porter ses mains à son col pour achever mon dessein funeste ; on l’arrêta : elle me regardait : les yeux, tout son visage, son attitude, les sons inarticulés qui sortaient de sa bouche, exprimaient les regrets et l'amour.

On m’emporta dans le vaisseau de votre nation ; j’y fus garrotté et placé de manière que je ne pus attenter à ma vie ; mais on ne pouvait me forcer à prendre de la nourriture. Mes nouveaux tyrans employèrent d'abord les menaces ; bientôt ils me firent souffrir des tourments que des Blancs seuls peuvent inventer ; je résistais à tout. »

Page 83-84

.Edition Flammarion, collection Etonnants Classiques.

 

Comment Saint Lambert fait il appel à la sensibilité de son lecteur pour dénoncer l'abomination de la traite négrière ?


Comment Saint Lambert fait il appel à la sensibilité de son lecteur pour dénoncer l'abomination de la traite négrière ?

Cette séparation est une scène très émouvante et poignante, cette émotion nous est transmise par l'utilisation de nombreuses hyperboles telles que «les larmes inondaient» ou encore «cris affreux» qui accentuent la douleur et la souffrance.
-Le narrateur fait aussi des gros plans sur les mains des personnages, ce mot revient à trois reprises: «en serrant ses mains», «mains cruelles» et «mes mains furieuses». Cette description de la scène sert à frapper le lecteur.
-Il utilise aussi le champ lexical de l'union: «mes bras l'entourèrent», «elle m'entoura», ou encore «formait une chaîne». Ce dernier exemple fait référence aux chaînes des esclaves car les négriers emploient la force pour les séparer, et ce champ lexical insiste sur la volonté des deux amants de rester unis.
-Le champ lexical de la séparation brutale est aussi utilisé : «les blancs enlevèrent», «on nous désunit», «des monstres qui nous séparaient» ou encore «pour nous détacher». Il y a une tension entre le désir de Ziméo et Ellaroé de rester unis et la volonté des négriers de les séparer.


C'est aussi une scène de mouvements et de bruits qui mettent en valeur la souffrance des personnages.
-Elle s'exprime tout d'abord à travers leurs cris: «hurlements sourds», «un cri de douleur», «des cris affreux».
- Il y a du mouvement: on voit les personnages se battre: «je m'y précipitai», «je me dérobai», «on m'emporta»….. La succession des verbes de mouvement insiste sur la précipitation et l’élan des 2 amants.
-D'autre verbes soulignent la lutte entre Ziméo et ses bourreaux: « on voulut m'entraîner», «on m'emporta». Dans cette scène, il y a un paroxysme de la souffrance, Ziméo et Ellaroé sont prêts à tout parce qu'ils souffrent: «j'étais déterminé à m'ôter la vie», Ziméo veut se suicider en s'étranglant et Ellaroé est prête à l'aider à se tuer pour qu'ils meurent ensemble: « Je la vis porter ses mains à son col».
-Ziméo revit la scène en la racontant, nous le remarquons grâce à ses interventions au présent, «Je les entends encore», il est tellement traumatisé que sa souffrance refait surface. Quand Ziméo raconte, il invoque son dieu: «Ô grand Orissa! », ces appels traduisent son désespoir et son incompréhension. Il prend ensuite conscience qu'il s'est humilié aux pieds des blancs: «Honte inutile!».

Afin de dénoncer la traite negrière, Saint Lambert cherche donc à sensibiliser son lecteur à la condition des esclaves et à l'émouvoir. Ainsi, nous nous rendons compte de la cruauté des négriers envers les esclaves, et de la souffrance que ceux-ci éprouvaient. Les mouvements et les cris retranscrivent la violence exercée sur les esclaves tandis que l’émotion de la scène nous fait part de l’immense tristesse de Ziméo et Ellaroé d’être séparés, ce qui fait ressortir leur humanité.

 


Louise Colineau
Emma Debeauvais
Camille Cherel

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